STATUE PLACEE DANS LA SALLE DE RHOI
va
des oreilles de Tautre statue, pendant que six trous pratiqués dans l'ourlet livrent passage à six pendeloques qui y sont suspendues. Bien que ces statues soient très détériorées, les indications qu'elles four-
bo
ANNEAUX DE CHEVEUX
nissent à ce sujet sont parfaitement saisissables. Elles aident à Tintelligence d'autres statues d'une facture moins nette, dont les oreilles sont
également chargées d'ornements nombreux autour de l'ourlet. Ces dernières, qui sont exposées dans les salons du premier étage, proviennent également de Chypre. Elles ont été trouvées à Idalium. On verra dans la même salle un masque en terre cuite rouge, trouvé à Carthage, et dont chacune des oreilles est percée de six trous, dont trois à l'ourlet et trois au lobe.
Cet usage devait donc être répandu à Chypre et dans d'autres contrées, tout au moins chez les reines et les princesses dont ces statues sont la représentation. Il est curieux de voir qu'il s'est conservé jusqu'à nos jours, en se vulgarisant, il est vrai, car les habitants de certaines parties de l'Inde le pratiquent encore.
Une autre statue semble avoir les oreilles couvertes par une sorte d'étui à pendeloques, qui se met par-dessus; mais l'indication n'en est pas assez précise pour fournir une certitude.
En face des deux statues placées au rez-de-chaussée, il en est une qui va nous servir à élucider un point resté obscur jusqu'à ce jour. On se rappelle avoir vu dans la collection Campana, au Louvre, des sortes de trompes en or (n«* 55
et 56), cataloguées sous la dénomination de boucles d'oreilles. Cette désignation a été adoptée certainement en désespoir de cause et après qu'on eut infructueusement fait toutes les suppositions imaginables pour en déterminer l'usage. On remarquera d'abord que l'anneau est beaucoup trop gros pour laisser croire qu'il a pu être passé dans le lobe, de l'oreille, ensuite qu'il n'est pourvu d'aucun moyen de fermeture.
Si l'état de délabrement dans lequel se trouvent les deux pièces que je viens d'indiquer pouvait donner à croire que la fermeture
ANNEAUX DE CHEVEUX
ANNEAUX DE CHEVEUX
ANNEAUX ET PENDANTS
en a disparu, je renverrais au numéro 60, qui, lui, est dans un parfait état de conservation et montre clairement que, tel quel, l'objet
est complet.
On pourrait supposer que l'ouverture
de Panneau d'or servait à pincer le lobe,
mais on s'apercevrait bien vite que le
bijou ainsi suspendu ne serait plus dans
le sens de son aplomb naturel. N'était cet
inconvénient, cette supposition n'aurait
rien d'invraisemblable, car il y a tout lieu
de croire que ce fut de cette manière que
les populations les plus anciennes de l'É-
trurie portaient les anneaux d'oreilles, bien
antérieurement à la venue des Asiatiques
chez elles, à une date qu'on peut évaluer
à dix siècles avant notre ère et peut-être
davantage. Seulement, chose singulière,
c'est sur le travers du lobe que la pression
avait lieu. On voit, au British Muséum,
deux figures de femmes en terre cuite,
dont l'origine est anté-historique. Elles
sont grossières, d'une exécution barbare
et primitive. A leurs oreilles sont suspendus des anneaux, maintenus
en place par la seule compression qu'ils exercent sur les deux côtés du lobe, compression clairement indiquée par les plis que forme la chair. Mais ils ne sont ornés d'aucun pendant et n'offrent, par conséquent, aucune analogie d'usage avec ceux que nous étudions.
On a encore supposé que les gens qui portaient ces grands anneaux se servaient d'une sorte de carcasse agencée de façon à les tenir suspendus près de l'oreille, ainsi, dit-on, que le pratiquent encore les Marocains et autres. Si tous ces objets étaient de grande dimension, cette explication serait admissible; mais
il en existe de tout petits, comme les numéros 58, 60 et 64 et même 67,
qu'il eût été plus simple et plus rationnel d'attacher à l'oreille par le
O RBILLE
d'ukB statuette ÊTRU9Q.UE
ANTé-HItTORIQ.UE.
ANNEAUX DE CHEVEUX
moyen ordinaire, et pour lesquels l'emploi d'une carcasse devient inadmissible.
11 n'y a pas davantage lieu de supposer qu'ils servaient à des
usages mortuaires. Le soin apporté à leur fabrication éloigne entièrement cette idée.
Je me suis beaucoup entretenu avec M. Augusto Castellani.de l'emploi que pouvait avoir ce bijou, et, sans être absolument affirmatif, il m'a dit qu'il croyait que ces sortes d'anneaux étaient destinées à être portées sur les tempes, de chaque côté du visage. Je trouvai cette supposition très vraisemblable et je me mis à faire des recherches dans ce sens. C'est alors que j'eus le bonheur de découvrir, au musée du Louvre, dans la partie du rezde-chaussée de la galerie asiatique réservée à la Phénicie, une statue de femme assise, avec l'inscription : Ile de Chypre, mission de M. le comte de Vogiié.
Cette femme porte de chaque côté du visage, et accroché dans la dernière boucle de ses cheveux, un pendant en forme d'anneau, fait de petites perles disposées sur trois rangs. Vus de face, ces bijogx peuvent être pris pour des boucles d'oreilles. J'ai moi-même été trompé par cette apparence, mais un examen plus attentif me donna la certitude que je me trouvais en face d'un de ces bijoux qui faisaient l'objet de mes recherches.
STATUE TROUVEE A CMVPRE.
ANNEAUX ET PENDANTS. 91
Il est suspendu très en avant de Toreille, il en est même séparé par un vide de trois ou quatre centimètres. Placé de la sorte, il vient encadrer avec une certaine élégance le visage de la femme, qu'il accompagne de chaque côté. Il faut convenir que cette coquetterie n'est dénuée ni de goût ni de raisonnement. Que de fois n'ai -je pas entendu, de nos Jours, regretter par celles qui les portaient, de ne pouvoir amener leurs boucles d'oreilles plus en avant; car elles-mêmes les voient à peine quand elles se regardent, et force leur est de tourner vers le miroir le côté qu'elles veulent examiner ! S'il fallait rechercher la raison d'être de ce bijou, on la trouverait rien que dans cet instinct de coquetterie.
Un mascaron gréco-phénicien, en terre cuite rouge, qui provient d'un sarcophage, est également of né de deux de ces anneaux de cheveux. On peut le voir au musée du Louvre, dans une des vitrines de la salle de Rhodes *.
On 'remarquera combien tous ces anneaux sont légers. L'or employé à leur fabrication est toujours très mince. On comprendra, en raison de leur destination, combien la légèreté devait constituer une de leurs qualités essentielles. L'ouverture était sans doute destinée à livrer passage à la mèche de cheveux qu'on pouvait y introduire, sans la dérouler et après l'avoir préalablement comprimée entre les doigts. Une fois entrée, son élasticité lui faisait retrouver son volume naturel; elle remplissait alors, plus ou moins, la circonférence intérieure du pendant, mais suffisamment, par rapport à la légèreté de celui-ci, pour le maintenir en place.
Les grands anneaux, reproduits à la page 90, sont probablement contemporains des vieilles bagues étrusques, qui sont décrites dans le chapitre précédent, de même que ceux dont J'emprunte le dessin à l'atlas de l'ouvrage intéressant de M. Noël des Vergers*.
Le volume de ceux-ci est tout à fait extraordinaire et fait comprendre combien la légèreté, dont Je parlais tout à l'heure, était indispensable pour qu'on pût en faire usage. Le peu d'épaisseur qu'il fallait laisser au métal pour obtenir ce résultat aurait eu l'inconvénient de donner à l'objet une apparence pauvre et chétive, si l'habileté
1. Depuis que |*ai écrit ces lignes, le beau livre du D' Schliemann, IlioSf a paru, et j'y vois qu'il a trouvé des anneaux d'or destinés à retenir et à orner les tresses ou les bouclés de la chevelure,