‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 6 sur 250 · I. Saint-Simon, Mémoires, t. XIII, p · texte numérisé non relu

I. Saint-Simon, Mémoires, t. XIII, p

xxfi PRÉFACE.

Le diamant ruisselait sur la tête et les épaules des femmes : la chevelure était décorée par des aigrettes ayant la forme de fusées, de bouquets de fleurs ou de nœuds de rubans; aux oreilles on portait des girandoles, c'est-à-dire une pierre montée en chaton à laquelle, par divers motifs, étaient attachés trois pendeloques également sur chaton; au cou, des colliers dont le milieu était généralement formé d'un grand nœud avec une ou plusieurs pendeloques; aux manches, à la ceinture, sur la robe, partout et toujours des diamants*. Jusqu'alors ceux-ci étaient montés à fond, avec des entourages grossiers d'émail. Pour qu'ils fournissent plus d'éclat encore, on les monta à jour. Mais ce qu'il faut dire aussi, c'est que ce^ nœuds de rubans, ces pendeloques, ces pierreries furent disposés avec un art, une grâce infinis, sur^des pièces de métal dont la ligne, singulièrement assouplie depuis Louis XIV, arriva aux plus spirituels, aux plus aimables contours. D'ailleurs, les bijoux d'or et d'argent, s'ils étaient moins employés pour la parure proprement dite qu'au temps de la Renaissance, prirent des formes nouvelles; ils apparurent sous les espèces de mille petits bibelots ingénieusement inventés, que la vogue d'un moment faisait naître et disparaître, tels que boîtes, bonbonnières, tabatières, pommes de canne, châtelaines, et que les orfèvres savaient ciseler, décorer avec un goût prestigieux, car ils étaient, comme dit

Voltaire :

Parfaits dans le petit, sublimes en bijoux, Grands inventeurs de riens.. ..

Ce fut, au XVIII* siècle, la dernière expression de l'art du

I . V. Germain Bapst, Inventaire de la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe,

J>KEFACE. xxiii

bijoutier, dont la Révolution acheva la décadence, et qui se relève à peine aujourd'hui, après des années d'efforts, d'une léthargie qui n'a eu que de bien courtes lueurs. Les orfèvres déroutés, n'ayant plus de logique ni de principes, n'obéirent qu'à la mode, et, selon les idées du jour, allèrent ahcrnativement à l'imitation égyptienne, étrusque, grecque ou romaine.

Je n'ai pas à raconter ici cette laborieuse renaissance du bijou au xix° siècle, ni la grande part qu'ont su y prendre des artistes comme Froment-Meurice, Marchand aîné, Robin, Dutreih, les Falèze, Eugène Fontenay, enfin l'auteur de cet ouvrage, qui a non seulement ressuscité avec une liberté de goût, une science et une habileté remarquables les plus admirables bijoux grecs, les filigranes délicats, mais qui a été en même temps l'inventeur le plus original et un créateur véritable. J'ai voulu seulement esquisser à grands traits l'odyssée étrange des bijoux qu'on va trouver, dans les pages qui suivent, étudiés en détail, séparément, par groupes et par genres. Ce livre aura été un dernier hommage à Tart que Fontenay a servi avec une passion constante, un legs précieux qu'il aura fait à la science, à son industrie, et dans lequel on peut puiser un précieux enseignement. Le sort inexorable n'a pas voulu qu'il pût du moins jouir du fruit de son labeur et entendre les louanges que son ouvrage mérite. Il en a écrit la dernière ligne, il a procédé au classement des gravures qu'il avait fait exécuter avec un soin jaloux sous sa direction, il a corrigé de sa main la dernière épreuve, et au moment même où le livre allait paraître, il est mort! Le Destin a de ces rigueurs implacables : il semble assigner à chaque homme sa tâche en cette vie, et quand la

xxfv PRÉFACE.

tâche est remplie, quels que soient les projets, rêves, intelligence, activité qui restent encore en nous, il faut partir, heureux encore lorsque, coname Eugène Fontenay, on laisse derrière soi une vie artistique si pleine et un livre qui la résume !

Victor CHAMPIER.

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