‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 90 sur 250 · COLLIER FAIT DE GRAINS DE GRENAT ET D O R · texte numérisé non relu

COLLIER FAIT DE GRAINS DE GRENAT ET D O R

duire cette exquise harmonie. Je n'entends pas dire que l'effet du mélange de l'or et du grenat ne soit pas joli dans nos bijoux modernes, mais j'affirme qu'il est inférieur à l'autre.

Nous rencontrons la même combinaison dans le collier numéro 221, formé de trente disques de grenats, alternant avec de petites boules d'or et orné par devant d'une pendeloque grenat en forme d'aveline. Le motif en est joli. On en retrouvera la répétition dans une pièce détachée numéro 218,. qui est voisihe. Un granulé.

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remarquablement fin, couvre les deux premières perles d'or, mais seulement celles-là; les autres sont unies, ce qui semblerait indiquer

que ce travail était rare et coûteux. Je n'en suis, pour mon compte, nullement étonné; tous les ouvriers ne devaient pas être à même de

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l'exécuter. Cette collection renferme aussi des pâtes de verre mêlées à Tor, entre autres le numéro 227, qui est ornée d'une tête de bélier en pâte de verre foncée, dont les yeux, les oreilles et les cornes sont en pâtes blanches. Quelques parties de ce bijou paraissent être fort anciennes.

Nous avons eu déjà, à maintes reprises, l'occasion de constater que les Italo-Grecs mélangeaient volontiers les verroteries avec l'or, afin d'en rompre la monotonie. Le curieux collier numéro 222, dans la composition duquel on a fait entrer, comme dans l'arche de Noé, un peu de tout ce qu'il y avait'au monde, nous en fournit un nouvel exemple.

Les chaînes qui relient entre eux les nombreux motifs dont il est formé sont faites de petites rondelles en verre bleuâtre, souvenir des Égyptiens ; la chaîne principale faisant le tour du cou était vraisemblablement tout en perles de verre; les fils dépouillés qui seuls sont restés l'indiquent suflBsamment. La symétrie avec laquelle sont disposés les éléments variés qui composent cet objet, coquilles, lézards, poissons, grenouilles, souris, têtes humaines à chapeaux coniques, sans aucun caractère, fleurs de lotus en or estampé, en fait quelque chose de curieux et d'hétéroclite dont il serait, je crois, imprudent de garantir l'authenticité. Les mailles en fils tournés sont absolument apocryphes. Le centre en est fait d'une tête égyptienne en pâte vene, dont la pareille existe, détachée sous le numéro yrS, dans la même collection.

Les pâtes vertes, qui imitaient les primes d'émeraudes, étaient souvent employées, bien que nous ayons déjà eu l'occasion de constater l'emploi de la matière fine. Un joli collier, numéro 212, composé de vingt-cinq émeraudes opaques, alternant avec des groupes de trois boules lisses, posées en trèfle, nous en fournit un nouvel exemple. Ce motif formé des trois boules réunies est fort heureux, l'arrangement en est franc et du meilleur effet. Le centre de cet objet est fait d'une tête de lionne en or repoussé qui ne manque pas de caractère, mais qui est rejetée bien loin par celle que possède le Cabinet des Antiques, sous le numéro 5o2 de la collection de Luynes et qui vient aussi de l'Étrurie.

Cet admirable spécimen de travail au repoussé est parfait de tous points. Le caractère vivant en est superbe, la forme en est étudiée avec autant de goût que de science; l'expression bestiale en est saisis-

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santé. La simplicité du faire est extraordinaire. La pièce est munie d'une béiière par derrière, ce qui indique qu'elle a dû être portée en devant de collier, ainsi que la première; elle est de plus garnie à la base, derrière les oreilles, d'un astragale en filigrane formant collier. On ne peut concevoir, de l'artisan ortèvre, une idée plus élevée que celle que vous donne ce chef-d'œuvre. Je dis orfèvre, parce que

COLLIER PRIMES d'ÉMERAUDES ET OR.

c'est ainsi qu'on les appelait alors; ce sont les ciseleurs qui font ces choses à présent. Je doute qu'il y eût eu alors beaucoup d'ouvriers capables d'exécuter rien d'aussi parfait; Je doute qu'il y en ait un seul maintenant; non pas que nous soyons aujourd'hui moins intelligents

TÊTE DE LIONNE- — TRAVAIL EN REPOUSsé.

ou moins habiles qu'ils n'étaient alors, mais parce que le milieu actuel ne dévetoppe, ne saurait développer les facultés qu'il est nécessaire de posséder pour enfanter d'aussi remarquables productions, dont l'éclosion est due au cerveau plus encore qu'à la main.

Un autre collier étrusque, portant le numéro 210, nous montre encore trente-deux émeraudes alternant avec des boules d'or. Il faut admirer, sans réserve, dans cet objet, les huit boules placées vers le milieu. Le travail de cordelé et de granulé en est tellement délicat qu'on doit les ranger dans les choses les plus parfaites de la collection.

Il existait alors, comme il a toujours existé sans doute, des ordres

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de fabrication inférieurs; mais, si. négligé que fût parfois la main-

d'œuvre, une sorte de grand goût imprimait à tous les ouvrages, je parle des bonnes époques, un }e ne sais quoi d'attrayant qu'on

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retrouve et qui vous charme. Je citerai à i^appui de mon dire le collier fort négligemment fabriqué , numéro 495 de la collection de Luynes, composé de pendants en avelines alternativement lisses et décorées, dont le centre est fait d'un mufle de lion. Il a été trouvé à Tarente. Le mufle de lion est mauvais, les avelines ne sont que des estampés grossièrement soudés sur un fond plat. L'ensemble pourtant en est séduisant et le petit cordon double qui forme le tour de cou n'y contribue pas peu.

Nous retrouvons encore dans la même collection l'effet décoratif si heureux, obtenu par le mélange du grenat et de l'or. C'est dans un objet charpiànt, numéro 497, formé de treize perles grenats, maintenues par des fleurons d'or, alternant avec quatorze perles d'or et terminé à chaque extrémité par une tête de jeune taureau en or qui forme fermoir. Les têtes ont -un bon caractère de nature, elles sont bien étudiées et rendues largement; la fabrication du collier est fine et bonne et nous permet d'admirer une fois de plus combien la note sombre du grenat, rehaussée par le point lumineux qui Téclaire, est d'un excellent effet auprès de l'or. Il a été trouvé à Canossa.

Je ne dirai qu'un mot d'un autre collier du même genre, le numéro 496, formé d'une chaîne d'or ronde tressée, terminé également par deux têtes qui, cette fois, sont en grenat. A ces têtes sont rattachées des espèces de cornes d'antilope, par des fils d'or si désobligeamment placés qu'on est en droit de croire que les grenats sont brisés et maintenus par ce procédé. Un pendant de forme ronde, dentelé à Textérieur, enrichi de six grenats sertis, à dents festonnées et dépourvu d'intérêt, est suspendu à cette chaîne. Le granulé en est bien fait, mais inutilement bien fait. C'est froid et sans accent, parce que l'artiste n'a rien su mettre de simple et d'uni en opposition avec son travail compliqué. Cette pièce provient de Nola.

La chaîne tresse en fil d'or s'employait assez fréquemment pour suspendre des motifs variés. J'ai vu, entre autres, un collier de cette sorte, dans la collection Poldi-Pezzoli à Milan. La chaîne en est ornée de cinq sujets suspendus par devant, à l'aide de bélières et distancés l'un de l'autre de 3 à 4 centimètres. Au centre il y a une tête de bélier, à gauche une tête de tigre semblable à celle qui est attachée au collier, numéro 212, du musée du Louvre, à droite une tête de génisse, et pour terminer, d'un côté, un gland à calotte filigranée, et de l'autre une amphore décorée d'un granulé très fin. A chaque extré-

mité de la tresse, une boîte se terminant en un fil d'or, qui forme crochet, sert de fermeture. Ce bijou a été trouvé en Sicile. Il est charmant de tous points.

La belle collection léguée par le duc de Luynes renferme encore un pendant de collier, numéro 5oi, fait d*une tête de femme diadémée et portant un collier et des pendants d'oreilles en or, qui provient de rÉtrurie. Cette belle pièce est obtenue au repoussé, le caractère en est un peu archaïque. Malheureusement les cheveux, couverts par l'ouvrier d'un travail rayé inintelligent, ôtent à ce morceau la largeur et l'élévation qu'on a coutume de rencontrer dans les œuvres de cette sorte. Le dessin du collier est simulé par des cordelettes, les boucles d'oreilles sont accrochées et pendent librement. Une fleur placée au sommet de l'objet sert à dissimuler la bélière qu'elle recouvre. Le fond sur lequel a été soudée la tête repoussée n'est pas ébarbé.

PENDANT DE COLLIER j'^j j^jà cltc quclques pièces, dont les assem-

blages n'étaient pas ébarbés, et ce n'étaient pas toujours les plus mauvaises. Faut-il considérer cette singularité comme une négligence ou comme une omission volontaire ? Je pencherais vers cette dernière supposition. L'or employé f)our le travail du repoussé était mince et mou, et peut-être la crainte d'ôter à la pièce de sa résistance sur les bords, ou bien d'en altérer la forme en la réparant de trop près, a-t-elle arrêté l'ouvrier. On peut croire que les limes et les scies étaient alors trop grossièrement taillées pour permettre d'entreprendre ce travail délicat, car il est certain que, pendant longtemps, les ouvriers ont taillé leurs limes eux-mêmes, et bien entendu, à la main. On ne peut, d'après nos limes perfectionnées, se faire une idée de la grossièreté de celles qu'on employait alors.

Les dames romaines étaient folles de ces bijoux d'or et s'en couvraient le corps lorsqu'elles se paraient pour sortir. Pline ajoute que, lorsqu'elles restaient dans leur chambre, elles portaient encore des perles passées à un fil d'or pour pouvoir, ajoute-t-il, y penser même pendant leur sommeil. Ces colliers de perles s'appelaient linea ou linum quand ils étaient composés d'un seul rang, et dilinum ou trilinum quand ils en avaient deux ou trois.

J'ai parlé plus haut, à propos des bélières, d'une buUa portant le

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numéro igS au musée du Louvre, qui est suspendue à un délicat petit collier formé d'un nœud d'or alternant avec une perletie de verre. Il en existe une autre au même musée, cataloguée sous le numéro 21 5, que je crois être très antique. Elle porte la marque des anciens Étrusques, d'abord dans la croix des Cabires qui y est dessinée sur la partie inférieure en granulations très fines, ensuite dans le chevron granulé qui en décore la partie haute. La forme est très originale. L'effet en est rendu plus saisissant encore par le travail cannelé qui en décore la panse et qui forme une heureuse opposition de tons avec les parties unies décorées de granulations.

Ces bullas semblent avoir été portées dans tous les temps en Italie. On en pourra voir au Cabinet des Antiques qui appartiennent à une époque moins reculée, une, entre autres, portant le numéro 2808, dont le sujet, exécuté au repoussé dans un cercle de filigrane, représente Vénus à demi nue assise sur un lion en course. Sur la croupe du lion, un petit

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génie agite des crotales et, sous le lion. Silène est agenouillé les mains au dos. Six imitations de grenats et d'émeraudes en pâte de verre et six rosaces en filigrane encadrent cette composition. Elle a été trouvée en Syrie.

On voit au musée du Louvre la statue en terre cuite d'une femme étrusque au cou de laquelle trois bullas sont suspendues, et dans la salle du bronze la statue d'enfant dont j'ai déjà parlé. Cette coutume a, du reste, subi quelques modifications successives. Il est certain que les Romains la tenaient des Étrusques. Pendant un temps, les enfants des sénateurs et des chevaliers avaient seuls, à Rome, le privilège de la bulla d'or.

La bulla n'est, à vrai dire, qu'une variante de l'amulette ou plutôt une variante dans la manière de la porter. Faite, la plupart du temps, de deux coquilles rondes ou lenticulaires assemblées, elle servait à renfermer des substances qui n'eussent pu être facilement portées en parure. On y mettait toutes sortes de produits minéraux, végétaux et même animaux. Les oreilles d'un rat enveloppées dans une étoffe de couleur rose, le foie d'un rat, étaient d'un grand secours contre les maléfices. La tête desséchée d'une chauve-souris donnait le sommeil. Les excréments des moineaux et des corbeaux, attachés au cou, guéris-

saient les maux de dents. L'œuf de serpent avait le privilège de faire gagner les procès. On raconte à ce sujet que l'empereur Claude se plut à démontrer d'une façon cruelle l'inanité de ce talisman en faisant mettre à mort un chevalier romain toujours en procès qui en portait un sur lui. Je ne pousserai point cet examen plus loin, mais je renverrai le lecteur curieux au bel ouvrage de MM. Daremberg et Saglio *.

On voit actuellement au musée du Louvre une bulla, numéro 264, renfermant une feuille d'argent sur laquelle sont gravées des conjurations contre les démons et les maléfices. Le British Muséum possède des buUas en verre, en cuir, en métal, qui sont d'une grosseur énorme et rondes comme des balles à jouer.

Nous avons vu que ces bullas n'excluaient pas le port d'autres amulettes, dont l'usage avait été importé d'Orient dans les premiers temps de l'empire romain. On portait ces dernières de toutes les façons, attachées au bracelet, en boucles d'oreilles, serties dans les bagues, en épingles de cheveux, en ceintures, en écharpe autour du corps ; on en cousait même sur les vêtements. Je citerai quelques-unes des vertus qu'on leur attribuait.

L'agate était un préservatif contre les piqûres d'araignée et de scorpion, elle détournait également les tempêtes et le tonnerre. Mais n'étaient efficaces que celles qui refroidissaient l'eau bouillante, encore fallait-il les attacher avec un crin de lion. Le diamant chassait la mélancohe et calmait les affections de l'àme. — Je penche à croire qu'il a, de nos jours, conservé les mêmes propriétés. — L'améthyste empêchait l'ivresse, et si l'on gravait sur ces pierres le nom du soleil ou de la lune et qu'on les portât comme amulettes, elles prévenaient les empoisonnements et procuraient un accès favorable auprès des princes. Enfin, elles détournaient la grêle et les sauterelles.

Je crois que ce petit nombre de citations, empruntées à Touvrage que je viens d'indiquer, suffiront à donner une idée de ce qu'étaient les amulettes. Nous voyons se manifester presqu'à toutes les époques cette infirmité particulière de l'esprit qui consiste à croire aux amulettes: et aux fétiches, comme on voudra les appeler. Contractée dès les temps les plus reculés, elle s'est propagée chez tous les peuples, elle a traversé victorieusement tous les âges et règne encore quelque peu, faut-il l'avouer, au milieu de notre fière civilisation. Cette dernière

I. Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, par Daremberg et Saglio.

COLLIERS ET PENDANTS DE COU

considération doit nous rendre indulgents à Tégard de nos bons ancêtres.

II a été trouvé à Kertch de beaux colliers qui sont considérés

COLLIER GRBC, TROUVé A KERTCH.

comme étant du style grec le plus pur. Il est certain que la conception, le dessin et l'exécution en sont de tous points irréprochables. La finesse et les proportions des travaux dont ils sont recouverts m'ont

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