COLLIER GREC, TROUVÉ A KERTCH
rappelé ces deux ou trois délicieux débris phéniciens dont j'ai parlé au commencement de cette étude. Ils me paraissent être de la même famille. L'un d'eux, dont le dessin seul peut donner- une idée exacte, est formé d'une série d'amphores attachées à de doubles chaînes, dans
les interstices desquelles sont suspendues des amphores plus petites. Toutes ces pièces sont surmontées de myosotis qui en dissimulent les emmaillements. Les cinquante- quatre fleurs de myosotis sont séparées par des avant-corps de griffons. Les chaînettes prennent leurs points de départ d'une large tresse plate qui faisait le tour du cou.
Un autre est formé de dix-huit cylindres enfilés formant cordon
VNE DES DBUX PIA<^UBS d'uN COLLIER TROUVÉ A KERTCH.
Ce cordon est interrompu en deux endroits par de gros nœuds herculiens faits de ganses plates, dont les extrémités se terminent en têtes de lions qui de leurs gueules laissent échapper un gland de chaînettes terminées par de petites amphores surmontées de myosotis. Au centre de chacun des nœuds est un masque de méduse en repoussé. A la partie de la chaîne qui relie les deux nœuds sont attachées cinq pendeloques offrant la figure accroupie du dieu Pan jouant de la syrinx, un lion, un lièvre, un pigeon et enfin un objet qui ressemble à un peigne
COLLIERS ET PENDANTS DE COU. 17
double placé au centre. On retrouve, attaché après une autre petite chaînette souple, le même peigne, en compagnie d'une fleur, d'un pigeon, d'un dauphin et d'une cosse de pois. Les fleurs de myosotis qui, dans ce mignon collier, servent de points de départ aux chaînettes tressées en fil d'or, sont émaillées en bleu *. Or il importe de remarquer, à propos de cet émail bleu, que ces colliers ont été découverts dans une sépulture datant de plus de 400 ans avant notre ère, et, comme ils sont d'origine grecque, il semble à peu près démontré que les Grecs, aussi bien que les Romains et les Égyptiens, connaissaient, à cette date, l'art d'émailler l'or au feu. Ils sont conservés au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg.
Plusieurs médaillons ont été découverts dans la sépulture de la reine du Koul-Oba, un, entre autres, qui est énorme. Il n'a pas moins de douze centimètres de longueur avec ses pendants, et dans cette pièce encore on constate la présence d'émail bleu. Mais les plus remarquables sont les quatre plus petits que viennent décorer deux petits génies ailés, posés de chaque côté. Le travail en est d'une exquise beauté et l'effet en est charmant.
On a également trouvé à Kertch des colliers faits de tresses plates à six rangs, les uns en fils d'or, les autres en fils d'argent. Mais on sait déjà que les chaînes tressées remontent aux époques les plus reculées. Les fermoirs de ces colliers sont ornés de filigrane d'une grande délicatesse et d'une merveilleuse perfection. On a aussi des chaînettes formées de petits cylindres percés et traversés par des fils d'or qui servent à les emmailler. Ces petits cylindres sont alternativement en or et en cornaline ou en calcédoine, et les chaînettes ont pour fermoirs des têtes de lions ornées de cornes qui y sont reliées par un astragale.
Au même musée il existe deux torques en or massif, dont l'un a appartenu au roi du Koul-Oba. Je laisse la parole à l'auteur de l'ouvrage que j'ai déjà cité : « Ce collier ou anneau de cou (torques) est formé de six gros fils d'or au titre de vingt et un carats, tordus en câble. Il est terminé à chaque bout par une longue virole ou gorge enrichie d'oves et de palmettes du meilleur style, en fils d'or appliqués par la soudure avec une grande délicatesse, et émaillés en bleu foncé et bleu turquoise. Deux figures de cavaliers en or mat sont engagées dans cette gorge et forment un motif d'ornementation très original et