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Les binettes contemporaines

Ce portrait, au premier abord, semble étrange, j’en demande pardon aux écumoires, mais il est frappant de ressemblance avec un de nos plus spirituels polémistes religieux de notre époque, M. Louis Yeuillot.

Et cependant, M. Veuillot a été vacciné; oui, vacciné deux fois, — deux fois trop tard ! ! !

Dès qu’il vint au monde ,

Tout l’Olympe s'en plaignit, Et l’assembleur des nuages

Jura le Styx, et promit De former d’autres images.

A la vue de cet enfant, son père jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus, et dit en l’ondoyant : « Je te condamne, ô mon fds, à n’être jamais qu’un fils unique; » puis il demanda l’addition au garçon et, dès ce jour, il prit son enfant sur ses genoux et sa femme en grippe.

11 se lassa de le tenir sur ses genoux et le mit en nourrice jusqu’à l’âge de 18 ans.

Louis Yeuillot s’ennuya de sucer le lait et les bons principes, loin d’un père qui s’était débarrassé d’un fruit malade. Un jour que son père avait oublié d’envoyer

le sucre et le savon, Louis Veuillot devint nourriçophobe, il déchira ses langes, mordit le sein de sa nourrice et vint à Paris pour connaître un peu les choses de ce monde.

Le ciel défend, devrai, certains contentements, Mais on trouve avec lui des accommodements.

Louis Veuillot aima de bonne heure à sardanapaler.

Ce jeune homme , noceur par désœuvrement, préféra de bonne heure analyser un filet aux olives ou un beefsteack au beurre d’anchois, fùt-il même un peu gras, que de faire des réflexions bibliques sur les vaches maigres de Pharaon — Son cœur, hélas !

n’était point encore ouvert à la vertu . Feu Ourliac et Charles Mon-

selet attesteraient que Louis Veuillot aimait mieux se coiffer d’un joli minois que d’une casquette de loutre.

Tout le monde sait que son père, né à Yalladoliden 1420, sous le' nom de Th. de Torquemada, était premier inquisiteur général du saint-office ; de là les goûts mystiques du fils caché sous les hahits d’un obscur plébéien , et sous le nom plus obscur de Louis Veuillot.

Son père, trop occupé des devoirs de sa profession de saint homme, se garda bien de lui acheter un remplaçant quand vint l’âge de la conscription ; Louis Veuillot le gênait. Il se fit soldat et entra dans le 3e de carabiniers, où il

aimait, entre autres gaudrioles, à chanter la Belle Bourbonnaise au dessert.

Louis Veuillot, en quittant le service militaire, eut un instant l’idée d’ouvrir un restaurant à Bercy avec cabinets de sociétés, mais il opta pour la ville de Saint-Pierre, où il essaya de se convertir. — Il passa une grosse éponge sur son passé. « La conscience, se disait-il, est le paletot de l’âme; » il se fi tune conscience à lui, et s’acheta un paletot noir.

Il revint en France pour défendre les hommes noirs fustigés par Béranger, pour faire revivre les droits féodaux et continuer la profession de son papa, en France comme à Valladolid.

Il avise un soir dans une rue tortueuse une lanterne rouge; il entre et se trouve à Y Univers religieux, où il prend la suite des affaires du père Coupe-toujours, — au point de vue religieux.

Louis Veuillot, depuis dix ans, voudrait qu’on attribuât de nouveau aux seigneurs la disposition absolue des vilains et vilaines; — des vilaines surtout : quand elles sont jolies.

Au nom de Nadar je demande pardon à M. Yeuillot de son écumoire :

Allons, mon cher, allons, je t’ai peint trait pour

[trait:

On applaudit la charge... on siffle le portrait.

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