LA M A M MITE DE LA PUBERTÉ
D’autres fois les symptômes douloureux acquièrent plus d’intensité. Le sein devient très sensible à la pression et les frottements de la chemise sont très pénibles. La glande est rouge, gonflée, grosse comme une mandarine ou une petite orange ; le mamelon est saillant et l’aréole d’un rouge foncé. A la palpation on sent une sorte de gâteau glandulaire induré.
Généralement unilatérale, quelquefois bilatérale, cette mammite ne s’accompagne d’aucun symptôme général.
Ordinairement la maladie se termine par résolution, au bout de deux ou trois septénaires. Néanmoins, dans quelques cas exceptionnels, on a vu le sein suppurer. Velpeau en cite un exemple, et Moizard en rapporte un autre dans sa thèse.
D’autres fois enfin, les symptômes inflammatoires et les douleurs disparaissent assez rapidement, mais le sein reste dur et gros très longtemps, et cette induration peut même persister indéfiniment.
Quelles sont les causes de la mammite de la puberté?
On a bien pu dans quelques cas invoquer des traumatismes, des coups, des chutes, des frottements, etc...; mais ces cas sont exceptionnels, et généralement la mammite apparaît sans cause appréciable.
Quelques auteurs, le professeur Lacassagne de Lyon, en particulier, ont cru remarquer que la mammite de la puberté était souvent causée par la masturbation. Les enfants qui se masturbent, me disait M. Lacassagne, ont le sein douloureux; c’est même un signe précieux pour reconnaître l’existence des mauvaises habitudes chez les enfants. Il suffit de leur presser un peu la poitrine avec la paume de la main; s’il existe un point mammaire douloureux, c’est qu’ils se masturbent.
J’ai fait des recherches dans ce sens, et je dois dire que, chez nombre d’enfants masturbateurs, je n’ai point trouvé ce point mammaire douloureux. J’ai également interrogé à ce point de vue des adolescents atteints de mammite, et cette étiologie ne ma pas paru absolument nette, même dans les cas où ils avouaient se masturber.
Prenons un exemple.
L..., quinze ans, employé de commerce, se présente le 17 septembre 1888 à la consultation du Dr Bouchereau, à Sainte-Anne.
Son père était un homme violent et très nerveux; il est mort tuberculeux. Sa mère est encore vivante et bien portante.
Il y a trois semaines, L... s’est aperçu que son sein droit devenait douloureux à la pression. Le frottement de sa chemise lui semblait pénible. Le sein s’est mis alors à gonfler. Actuellement, il est douloureux à la moindre pression et gros à peu près comme une noix. En comparant avec le coté gauche, qui est indemne, on constate une saillie notable. En palpant le sein, on sent un petit gâteau induré, grand environ comme une pièce de cinquante centimes. Le mamelon, qui semble érigé, a une teinte rouge foncé.
L... n’a pas reçu de coups dans la région mammaire. Il avoue, avec beaucoup de réticences et en rougissant, qu’il se masturbe en moyenne deux fois par semaine, mais je ne serais pas étonné qu'il en usât avec plus de largesse.