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Gazette des hôpitaux, 188G

LES FAUSSES GYNÉCOMASTIES

la main, dur, douloureux, rappelant la forme et la consistance d’une mamelle de femme.

Les mamelons sont un peu saillants et les glandes du pourtour de l’aréole un peu plus développées que de coutume. Il ne suinte pas de liquide par le mamelon. Les seins sont très douloureux à la pression et le malade souffre beaucoup.

Cet homme a de la barbe, un système pileux bien développé, des membres bien musclés, des formes viriles, une voix d’un timbre grave et des organes génitaux normalement développés. D’ailleurs, il a été marié ; il remplissait bien ses devoirs conjugaux, et il prétend qu’il a tout lieu de se croire le père d’un enfant que sa femme lui a laissé.

B..., vingt-quatre ans, jardinier.

Son père était un ivrogne ; il est mort d’une fluxion de poitrine. Sa mère, une femme très nerveuse, est encore vivante. Une de ses sœurs louche et est également très nerveuse. •

B... est un garçon au front un peu étroit, sachant lire et écrire, mais d’un caractère nerveux et emporté. 11 a passé presque toute sa vie en prison pour vagabondage, violences, vols.

11 raconte que ses seins ont commencé à augmenter de volume vers l’âge de seize ans. Ils furent pendant assez longtemps très douloureux. A dix-neuf ans, les douleurs avaient disparu et le volume exagéré de ces organes faillit le faire réformer. Il fut néanmoins soldat.

Actuellement, ses seins ont à peu près le volume d’une orange. A la palpation, on sent une masse glandulaire grosse comme une mandarine. L’aréole est colorée en rougebrun assez foncé et on y voit quelques poils longs et durs. Le mamelon est saillant, rosé.

La poitrine et les membres sont complètement glabres. Le triangle pileux pubien est mal développé. Les organes génitaux sont normalement conformés.

B... a commencé à voir des femmes vers l’âge de dix-neuf ans, mais Une fit pas d’excès dans ce sens. Il reconnaît s’être beaucoup masturbé dans sa jeunesse, principalement au moment de la puberté.

Comme on le voit, ce qui caractérise cette affection, c’est son invasion en quelque sorte subaiguë, sa marche lente, sa durée presque indéfinie, son apparition spontanée, sans cause appréciable.

Dans aucun des cas observés, il n’a été possible d'invoquer un traumatisme ou toute autre raison étiologique ; tout ce que l’on a pu constater, c’est que, dans quelques cas, cette maladie a été la suite d’une mammite de la puberté passée à l’état chronique.

Quelques auteurs, Olphan 1 en particulier, l’ont confondue avec la gynécomastie. Et cependant, elle en diffère essentiellement. La gynécomastie est, en effet, une affection indolore et persistante, apparaissant généralement à l’époque de la puberté, et s’accompagnant d’un certain degré de féminisme et d’une atrophie plus ou moins prononcée des organes génitaux. Le gynécomaste est déjà presque un homme incomplet, il est au seuil de l’hermaphrodisme. Rien de tout cela ne se rencontre chez mes malades. Leurs mamelles grossissent accidentellement et à une époque souvent lointaine de la puberté; cette hypertrophie est douloureuse; enfin, ces individus ont des formes viriles ; ils sont bien constitués au point de vue génital, anatomiquement et physiquement.

11 s’agit donc dans ces cas d’une mammite spéciale, lésion mal connue, peut-être d’une inflammation débutant chroniquement, comme le pense Robelin, peut-être d’un processus pathologique propre au tissu mammaire, comme le donne à entendre Horteloup.

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