Gazette des hôpitaux , 1887, p
Henri a dix-huit ans. Il a été amené jeune à Paris par sa mère, qui était venue se placer comme cuisinière. Il fréquenta peu l’école où les leçons l’ennuyaient, préférant l’école buissonnière, courant après les omnibus avec des polissons de son âge, dévastant les plates-bandes des squares ou faisant des niches aux sergents de ville. Néanmoins, il sait lire et écrire d’une façon satisfaisante.
A l’âge de quatorze ans, il entra comme groom au service de la comtesse de X.., qui prit également sa mère comme cuisinière. La comtesse n’était qu’une comtesse de contrebande, une horizontale de haute marque. Henri la charma par ses grâces d’éphèbe, et il devint bientôt son page favori. Juché derrière son huit-ressorts quand elle allait au Bois, à la porte de son antichambre pour prendre la carte des visiteurs, en ville, au théâtre, partout enfin il était présent aux côtés de sa maitresse. Là il fut témoin de scènes qui ne manquèrent pas de développer les mauvais instincts qu’il portait en lui.
Pourtant, bien qu’il fut choyé par la comtesse, bien qu'il n’eût pour ainsi dire rien à faire, cet état ne convenait pas à son humeur vagabonde de gavroche parisien. Il eût préféré courir nu-pieds dans la rue et n’être au service de personne. Un soir il accompagna sa maîtresse au Châtelet, où l'on donnait une première. 11 abandonna furtivement son poste auprès du coupé pour s’en aller rôder autour des voitures ambulantes des marchands d’oranges. Là, il rencontra quelques anciens camarades d’école et de fredaines. 11 renoua connaissance avec eux sur le comptoir d’un marchand de vins.
Le lendemain, le groom désertait la maison de la comtesse pour venir retrouver ses anciens amis. C’était une bande d’une douzaine de jeunes gens de quatorze à vingt ans, vivant tous de pédérastie, sous la protection de sinistres gaillards ayant la plupart le double de leur âge, formant ainsi des ménages où le mari était un homme et
L'HERMAPHRODISME ARTIFICIEL
la femme un adolescent, le premier faisant fructifier le dernier qu’il considérait comme sa chose et qu’il appelait sa « travailleuse », sa « persilleuse », sa « honteuse ».
Au bout de deux jours, Henri le Blondin, comme on l’appelait, était lié avec un de ces don Juan de pissotière qui en fit rapidement une « fleur fauchée » et se chargea.de son éducation. L’élève fit de rapides progrès. Il apprit vite à rendre sa démarche lascive, ses gestes provocants, ses prunelles inviteuses. Il rôdait place du Châtelet, autour des vespasiennes des Halles, autour des stations d’omnibus, endroits où l’on a le plus de chances de rencontrer des « rivettes » (amateurs), satisfaisant le plus souvent ses clients sur place ou bien dans un hôtel borgne du voisinage.
Henri ne resta pas très longtemps avec ces individus. Ses grâces juvéniles le firent remarquer d’autres spéculateurs à mise plus élégante et d'un ordre plus élevé dans le vice. Il se trouva un jour confortablement installé dans un hôtel meublé du faubourg Montmartre. Alors il ne fréquenta plus que les cafés des boulevards, se promenant dans le passage Joufïfoy, dans la galerie Vivienne, au Palais-Royal ou au jardin des Tuileries les jours de musique.
A cette époque, il fut pendant quelque temps la perle d’un établissement particulier situé rue Tronchet, et dont je tairai le numéro. Le rez-de-chaussée est un cabaret où les clients font un instant antichambre. Si vous connaissez le mot de passe, on vous apporte un album contenant un certain nombre de photographies de jeunes gens et de jeunes filles; le client n’a qu’à choisir, et, au bout d’un instant, on l’introduit dans une chambre où il trouve l’objet de son choix.
Un jour, Henri fut blessé à l’anus dans un coït violent et disproportionné. D’énormes végétations se mirent alors à se développer autour de cet orifice.
Le développement de ces excroissances aurait dû,
semble-t-il, lui faire cesser le commerce de son corps, il n’en fut rien. Cela fut, au contraire, chez lui, une grâce de plus, et, quelque étrange que le fait puisse paraître, de jeunes débauchés et de vieux libertins le recherchaient pour cette unique raison.
D ailleurs, ce fait est loin d’être unique. Ch. Mauriac rapporte1 avoir soigné un malade qui avait le gland couvert d’une couche épaisse de végétations, et qui ne se décida que tardivement à se faire traiter, parce que, pour des raisons faciles à deviner, sa maîtresse le préférait ainsi.
Mauriac ajoute : « Peut-être y a-t-il des hommes qui sont loin de se plaindre des végétations vulvo-vaginales. »
Mais, si cette ornementation était une source de volupté pour sa clientèle, elle devint bientôt, sous l’influence de l’accroissement progressif et aussi sous l’influence d’irritations répétées, une source de souffrances pour lui, au point de l’obliger à renoncer à la pédérastie. Il s’associa alors avec un fabricant d'allumettes de contrebande de la rue Sainte-Marguerite. Il se fit condamner quatre fois pour ce commerce illicite, ce qui amena son arrestation.
J’ai pu l’observer tout à mon aise pendant son séjour à l’infirmerie de la Santé, où il se fit opérer de ses végétations.
C’était un garçon de toute petite taille, à la physionomie douce, aux yeux bleus, aux cheveux blonds et fins, aux cils longs, à la figure féminine, aux formes grêles, à la figure glabre. Son arc sourcilier présentait une courbe des plus harmonieuses. Ses oreilles étaient un peu larges et écartées, mais l’ourlet était bien marqué. (Voyez la planche Y.) Ses membres étaient arrondis, glabres, presque sans saillies musculaires. Ses organes génitaux étaient ceux d’un enfant. Henri était une vraie femmelette, presque une fillette.
Un détenu, qui s’était épris de lui, le dépeignait ainsi,