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CHAPITRE XY

SEXUALITÉ DES HERMAPHRODITES

« Rudimentaire dans le jeune âge, disait Farabœuf à un de ses cours, l’épithélium génital laisse les petits des deux sexes se rassembler impunément. Chargé de sauvegarder les intérêts de l’espèce, de la perpétuer, il sommeille jusqu’à la puberté. Alors cet épithélium s’éveille, imprègne les individus, et transforme en eux la tête, le cœur et le corps. Ils étaient enfants, indifférents et égoïstes; ils se sentent adolescents, solidaires de leurs semblables, deviennent généreux, sincères, obligeants ; ils veulent se sacrifier pour leur famille, pour leur patrie, prier ou combattre pour le monde entier. Les épithéliums génitaux exigent davantage et commandent de perpétuer l’espèce. Si leurs ordres sont énergiques, si l’individu qui les reçoit n'a pas été entraîné, préparé, mis en garde, rendu opportuniste par l’éducation et l'hérédité, la recherche et la possession immédiate d’un individu du sexe opposé devient le seul et unique but de la vie. Pour l’atteindre, les animaux en rut se livrent à des combats épouvantables, s’exposant à tous les dangers. Le jeune homme, même éclairé, n’a quelquefois plus le sens

commun. Il compromet son avenir, sa santé, sa fortune, son honneur, et va jusqu’à sacrifier sa vie pour montrer, parle suicide, que l’individu n’est rien, s’il ne peut obéir à la voix de l’espèce. Chez l’adulte, peut-être habitué au poison, les organes génitaux fonctionnent moins énergiquement; le dieu de l’espèce, satisfait ou trompé, se fait entendre moins haut. L’individu reprend ses droits, l’altruisme effervescent de la jeunesse est balancé par un retour à F égoïsme. »

Comment vont se comporter ces phénomènes psychophysiologiques chez l’hermaphrodite? L’éveil de la puberté va-t-il se faire sentir chez lui?

En général, la puberté fera son installation chez l'hermaphrodite ; mais, dans bien des cas, l’épithélium génital parlera moins haut que chez la plupart des sujets normaux. D’autres fois, s'il parle, il ne sera pas toujours compris, et l’adolescent ne se rendra pas compte des transformations qu’il subit et des sentiments qui l’agitent.

Alexina B..., dont l’histoire nous a été conservée précieusement et dans tous ses détails par Tardieu, sentit se lever en elle une puberté presque orageuse. En rapport tous les jours avec des jeunes filles de quinze à seize ans, elle éprouvait des émotions dont elle avait peine à se défendre. Plus d’une fois, la nuit, ses rêves étaient accompagnés d'une sensation indéfinissable; elle se sentait mouillée et trouvait le matin sur son linge des taches grisâtres et comme empesées.

Elle a essayé d’analyser ses premières sensations dans le mémoire qu’a publié, Tardieu après son suicide.

« A cet âge où se développent toutes les grâces de la jeunesse, dit-elle, je n’avais ni cette allure pleine d’abandon, ni cette rondeur de membres qui révèlent la jeunesse dans

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