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PLANCHE IX

SEXUALITE DES HERMAPHRODITES

toute sa fleur. Mon teint, d’une pâleur maladive, dénotait un état de souffrance habituelle. Mes traits avaient une certaine dureté qu’on ne pouvait s’empêcher de remarquer. Un léger duvet qui s’accroissait tous les jours, couvrait ma lèvre supérieure et une partie de mes joues. On le comprend, cette particularité m’attirait souvent des plaisanteries que je voulus éviter en faisant un fréquent usage de ciseaux en guise de rasoir. Je ne réussis, comme cela devait être, qu’à l’épaissir davantage et à le rendre plus visible encore.

« J’en avais le corps littéralement couvert; aussi évitais-je soigneusement de me découvrir les bras, même dans les plus fortes chaleurs, comme le faisaient mes compagnes. Quant à ma taille, elle restait d’une maigreur vraiment ridicule. Tout cela frappait l’œil ; je m’en apercevais tous les jours... Pourtant j'étais née pour aimer. Toutes les facultés de mon âme m’y poussaient; sous une apparence de froideur et presque d'indifférence, j’avais un cœur de feu.

« Je me liai bientôt d'une étroite amitié avec une charmante jeune fille nommée Thécla, plus âgée que moi d’une année. Certes rien n’était plus opposé extérieurement que notre physique. Mon amie était aussi fraîche, aussi gracieuse, que je l’étais peu. On ne nous appela que les inséparables : et, en effet, nous ne nous perdions pas de vue un seul instant. »

Un peu plus tard, Alexina s’éprit d’une autre de ses compagnes qu’elle appelle Sara. Mais cette seconde passion fut beaucoup moins platonique que la première; les sens y entraient pour une large part.

« Une lois la prière faite, dit-elle, j’allais la trouver à son lit, et mon bonheur était de lui rendre ces petits soins qu une mère donne à son enfant. Peu à peu je pris l'habitude de la déshabiller. Otait-elle une épingle sans moi, j’en étais presque jalouse! Ces détails paraîtront futiles, sans doute, mais ils sont nécessaires.

« Après l’avoir étendue sur sa couche, je m’agenouillais près d’elle, mon front effleurant le sien. Ses yeux se fermaient bientôt sous mes baisers. Elle dormait, je la regardais avec amour, ne pouvant me résoudre à m’arracher de là.

« Ce que j’éprouvais pour Sara, ce n’était pas de l’amitié, c’était une véritable passion !

« Je ne l’aimais pas, je l’adorais !

« Souvent, je me réveillais au milieu de la nuit. Alors, je me glissais furtivement près de mon amie, me promettant bien de ne pas troubler son sommeil d’ange ; mais pouvaisje contempler ce beau visage sans en approcher mes lèvres !

« Il en résultait que, après une nuit agitée, j’avais peine à me trouver éveillée, lorsque sonnait le réveil.

<( Un peu avant huit heures, Sara montait au dortoir pour échanger son peignoir contre d’autres vêtements. Je ne souffrais pas qu’elle le fit -sans moi. Nous étions seules alors. Je la laçais, je lissais avec un bonheur indicible les boucles gracieuses de ses cheveux naturellement ondulés, appuyant mes lèvres, tantôt sur son cœur, tantôt sur sa belle poitrine nue.

« Pauvre et chère enfant! Que de fois je iis monter à son front la rougeur de l'étonnement et de la honte! Tandis que sa main écartait la mienne, son œil clair et limpide s’attachait sur moi comme pour pénétrer la cause d’une conduite qui lui paraissait le comble de l’égarement, et cela devait être.

« Je priai un soir mon amie de partager mon lit. Elle accepta avec plaisir. Dire le bonheur que je ressentis de sa présence à mes côtés, serait chose impossible! J'étais folle de joie! Nous causâmes longuement avant de nous endormir, moi, les deux bras passés autour de sa taille, elle, son visage reposant auprès du mien. Sara m’appartenait désormais ! Elle était à moi! »

SEXUALITÉ DES HERMAPHRODITES

Il s’en faut de beaucoup que l’éveil de la puberté se fasse sentir d’une façon aussi nette chez les hermaphrodites. Dans bien des cas l’instinct sexuel est lent à s’établir; le sujet hésite, ne sachant vers quel sexe il doit tourner ses aspirations.

La plupart des hermaphrodites sont indifférents au point de vue sexuel.

T. Galland a rapporté l’histoire d’un hermaphrodite féminin qui s’est mariée deux fois. Non seulement elle n’a jamais éprouvé la moindre sensation voluptueuse pendant le coït, mais toutes les tentatives faites pour accomplir cet acte lui ont été pénibles et douloureuses, quoiqu’elle s’y prêtât volontiers. Elle ne demandait ni ne désirait les rapprochements sexuels; elle subissait les caresses de son mari pour lui être agréable. Jamais, suivant ce dernier, elle n’a fait auprès de lui la moindre tentative provocatrice. Elle n’a jamais eu le moindre désir érotique, même en rêve.

Le nommé Hohmann, observé par Rokitanski, était d’une^ indifférence sexuelle absolue.

Quelques hermaphrodites ne sont pas éloignés du commerce des femmes, et, comme le fait observer Tardieu, peuvent ressentir des désirs, des excitations et des jouissances complètes, en même temps qu’un orgasme vénérien qui peut aller jusqu’à l’émission de la liqueur spermatique.

On voit aussi des hermaphrodites qui, après avoir manifesté un goût très vif pour le commerce des hommes, sont ramenés, par la descente des testicules, à des instincts tout opposés qui les portent vers la femme.

Assez souvent aussi on voit des hermaphrodites verser

dans la prostitution et jouer le rôle d’homme et le rôle de femme.

L’éducation peut, dans bien des cas, pousser l’instinct sexuel dans un sens opposé à ce qu’il devrait être, et produire ainsi une sorte d’inversion sexuelle.

On en cite plusieurs exemples.

Magitot. a rapporté, en 1881, l’histoire d’un individu, homme en réalité, qui fut enregistré comme femme. Il se maria avec un homme, mais en entretenant toutefois en même temps des rapports avec des femmes.

Tortual a également cité le cas d’un hermaphrodite mâle qui, marié à un homme, se complaisait dans cette union et y éprouvait des jouissances charnelles.

Maria Arsano, reconnu homme après sa mort, avait été marié comme femme. Clara Meyer, hypospade et homme bien caractérisé, avait tenu le rôle de femme et ne se soumettait qu’avec une pudeur effarouchée à la visite qui dévoila son véritable sexe.

Marzo, dont les organes internes étaient féminins, se sentait très porté pour les femmes. Il avait même contracté deux blennorrhagies.

Mais, si les hermaphrodites sont souvent des quasi impuissants, ils sont souvent aussi des individus très salaces. Les sensations très incomplètes qu’ils peuvent ressentir les poussent sans doute à s’en procurer d’autres par des moyens plus ou moins naturels.

SEXUALITÉ DES HERMAPHRODITES

Le Dr E. Lévy a observé à Grispalsheim deux sœurs hermaphrodites qui étaient connues dans toute la région pour leur lubricité. Elles avaient des rapports aussi bienavecdes hommes qu’avec des femmes.

« Les castrats, dit Brouardel, les eunuques, et les quatre ou cinq cent mille adeptes d’une secte religieuse du sud de la Russie, qui s’enlèvent entièrement les parties génitales, ne passent pas pour être mélancoliques, mais extrêmement salaces et débauchés. »

Les hermaphrodites sont-ils féconds? Je n’hésite pas à résoudre la question par la négative; car leurs malformations tendent toutes à entraver les fonctions reproductrices. Loin de jouir d’une double puissance génératrice, ils sont presque tous inféconds. En général, les testicules sont atrophiés et la sécrétion spermatique manque. Pourtant, on a cité des cas où il y avait une éjaculation spermatique bien caractérisée ; on a même quelquefois constaté la présence de spermatozoïdes.

« Il n’y a jusqu’ici, dit G. Hermann, aucune observation authentique d’un hermaphrodite humain au sujet duquel on doive se poser la question de la possibilité d’une autofécondation, bien que la chose ne soit pas absolument impossible a priori L »

On voit de temps en temps l’hermaphrodisme porter cer-

I. Art. Hermaphrodite du Dict. encyclopédique des scienc. méd p. 632.

tains individus réellement mâles à la pédérastie, soit par un entraînement peu explicable, soit dans un but de lucre.

Tardieu a pu voir à Saint-Lazare un individu de seize ans arreté sous des vêtements féminins, se livrant à la prostitution clandestine. C’était un jeune garçon mal conformé et livré dès l’enfance aux habitudes les plus crapuleuses, servant aux plaisirs des hommes de la plus basse classe. Le pénis n’avait pas plus de 3 centimètres de longueur et était gros comme l’extrémité du doigt indicateur. Il était encapuchonné par des replis qui descendaient de manière à simuler les petites lèvres, et les deux moitiés du scrotum non réunies servaient à compléter l’apparence d’une vulve et circonscrivaient une ouverture en forme d’infundibulum, assez large pour admettre le membre viril, et dont le fond refoulé donnait à ce faux vagin une longueur de 7 à 8 centimètres. On sentait manifestement dans l’aine gauche un testicule facilement reconnaissable. L'anus dilaté et enfoncé reproduisait en arrière exactement la forme de l’infundibulum qui existait en avant. U était évident que ce malheureux individu s’était prêté depuis longtemps à des actes deux fois contre nature 1 .

Magnan a également rapporté l’histoire non moins curieuse d’un hypospade scrotal, à forme vulvaire, pseudohermaphrodite mâle, qui s’adonna à la pédérastie 2.

Cet individu fut inscrit comme tille sur les registres de l’état civil. Considéré comme telle, on lui mit des vêtements féminins et on l’envoya à l’école des filles. A sept ans, ses petites camarades ayant remarqué une conformation extraordinaire de ses organes génitaux, se moquèrent déjà de lui. On le plaça alors dans un couvent dirigé par des religieuses. A treize ans, il quitta le pensionnat et entra dans un couvent de Bénédictines, où l’une de ses tantes, reli-

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