LÉGALE
L’hermaphrodite ne se trouve guère devant le médecin légiste que dans deux ou trois circonstances : rarement au moment de sa naissance, assez souvent lorsqu'il est appelé sous les drapeaux, ou bien lorsqu'il se marie.
L’examen a toujours pour but d’établir quel est le sexe. Je n’ai pas besoin de dire combien il est difficile et délicat pour la plupart des cas. La lecture des chapitres précédents indiquera suffisamment sur quel point doit porter cet examen, et comment on pourra arriver à établir le diagnostic du sexe, en se basant surtout sur les apparences et sur l’état psychique. Car je n'hésite pas à déclarer que, dans ces cas, la présence de testicules ou d’ovaires dans le ventre, doit peu préoccuper le médecin-légiste. Il doit surtout rechercher si l’individu est homme ou femme extérieurement et physiquement. La vie anatomique est de peu d'importance pour l’hermaphrodite ; c’est à sa vie physiologique et psychique qu’il faut surtout s’intéresser.
D’ailleurs, toutes ces questions ont été étudiées minutieusement, aussi bien au point de vue pratique qu’au point de
vue théorique, par les médecins légistes, ,1e me contenterai de renvoyer aux travaux de Tardieu, Tourde, Debierre, etc. Autrefois, l’examen des hermaphrodites et des impuissants était beaucoup plus compliqué. A titre de curiosité, je citerai, pour terminer, la fameuse épreuve du congrès, que Vincent Tagereau 1 décrit dans une page très naïvement écrite.
« Ap rès, dit-il, que les parties ont prêté serment qu’elles tascheront, de bonne foy et sans dissimulation, d’accomplir l’œuvre de mariage sans y apporter empeschement de part ny d’autre; après aussi que les experts ont juré qu’ils feront fidèle rapport de ce qui se passera au congrez,, les uns et les autres se retirent en une chambre pour ce préparée, où l’homme et la femme sont de rechef visitez, l’homme afin de savoir s’il n’a point de mal, la femme pour considérer l’état de sa partie honteuse, et, par ce moyen, cognoistre la différence de son ouverture et dilatation avant et après le congrez, et si l’intromission y aura été faicte ou non. En quelques procès les parties sont visitées nues, depuis le sommet de la teste jusques à la plante des pieds, en toutes parties de leur corps, etiam in podice, pour sçavoir s’il y a rien sur elles qui puisse avancer ou empescher le congrez, les parties honteuses de l'homme lavées à l’eau tiède (c’est à sçavoir à quelle fin), et la femme mise en un demy bain, où elle demeure quelque temps. Cela fait, l’homme et la femme se couchent en plein jour en un lict, et les rideaux estant tirez, c’est à l’homme à se mettre en devoir de faire preuve de sa puissance, habitant charnellement avec sa partie et faisant intromission, où souvent adviennent des altercations honteuses et ridicules, l’homme se plaignant que sa partie ne le veut laisser faire et empesche l'intromission; elle le niant et disant qu'il y veut mettre le doigt et là
(1) Y. Tagereau. Discours de l'impuissance de l'homme et de la femme , 1612.