‹ Les blancs et les bleus: 1.[-3.] sér (volume 2)Chapitre 22 sur 25 · LE DERNIER BULLETIN · texte numérisé non relu

LE DERNIER BULLETIN

Pendant ce temps, Roland et les cinquante hommes quêtaient descendus dans la ville, et qui avaient fait leur jonction avec lui, après. avoir eu Tespoir d'être soutenus, commençaient à craindre d'être abandonnés.

En effet, les cris de victoire qui avaient répondu aux leurs s'éteignaient peu à peu ; puis la fusillade et la canonnade allaient diminuant, et enfin, au bout d'une heure, avaient entièrement cessé.

 travers les autres bruits dont il était environné, Roland avait même cru entendre les clairons sonnant et les tambours battant la retraite.

Puis, comme nous l'avons dit, tous les bruits s'étaient éteints.

Alors, pareils à une marée qui de tous côtés monte à la fois, de tous côtés sur la petite troupe s'étaient rués Anglais, Turcs, mamelouks, Arnautes, Albanais, la garnison entière,

huit mille hommes.

Alors, Roland avait fait former le carré à sa petite troupe, avait appuyé une de ses faces à la porte d'une mosquée, avait fait entrer cinquante de ses hommes dans la mosquée, convertie par lui en forteresse, et, là, après avoir fait jurer à ses

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hommes de se défendre jusqu'à la mort contre des ennemis doot iin'y avait pas de quartier à espérer, ils attendirent, la baïonnette en avant.

Comme toujours, les Turcs, pteins de confiance dans leur cavalerie, la lancèrent sur le carré avec une telle furie, que, quoique le feu des Français eût abattu dans sa double fusillade une soixantaine d'hommes et de chevaux, ceux qui venaient ensuite montèreot par-dessus les cadavres des hommes et des chevaux, comme ils eussent fait par-dessus une montagne, et vinrent se heurter aux baïonnettes encore fumantes.

Mais, là, force leur fut de s'arrêter.

Le second rang eut le temps de recharger et de faire feu à bout portant.

11 fallut reculer; mais, comme ils ne pouvaient pas repasser la montagne de morts et de blessés à reculons, ils s'échappèrent par la droite et par la gauche.

Deux effroyables fusillades les accompagnèrent dans leur fuite et les décimèrent.

Mais ils n'en revinrent que plus acharnés.

Alors, une lutte effroyable commença, véritable combat corps à corps, où les cavaliers turcs, affrontant la fusillade à bout portant, venaient, jusque sur les baïonnettes de nos soldats, décharger leurs pistolets.

D'autres, voyant que le reflet du soleil sur les canons des fusils effrayait leurs chevaux, les faisaient marcher à reculons, et, les forçant de se cabrer, se renversaient avec eux sur les baïonnettes.

Les blessés se traînaient à terre, et, comme des serpents se glissant sous le canon des fusils, coupaient les jarrets de nos soldats.

Roland, armé d'un fusil double, selon son habitude dans

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ces sortes de combats, abattait un chef à chaque coup qu'il tirait.

Faraud, dans la mosquée, dirigeait le feu, et plus d'un bras qui levait déjà le sabre pour frapper, retomba inerte, atteint d'une balle venant d'une fenêtre de la galerie du minaret,

Roland, voyant que le nombre de ses hommes diminuait, et que, malgré le triple rang de cadavres qui faisait un rempart à sa petite trouj)e, il ne pouvait soutenir longtemps encore une pareille lutte, fit ouvrir la porte de la mosquée, et, avec le plus grand cahne et continuant de faire un feu meur^ trier, y fit rentrer ses hommes et y rentra lui-môme le dernier.

Alors, le feu recommença par toutes les ouvertures de la mosquée; mais les Turcs firent avancer uue pièce de canon et la pointèrent vers la porte.

Roland, lui, se tenait près d'une fenêtre, et Ton vit tomber les uns après les autres les trois premiers artilleurs qui approchèrent la mèche de la lumière.

Alors, un cavalier passa à toute bride près du canon, et, avant que Ton s'aperçût de son intention, il lâcha son pistolet sur Ja lumière.

La pièce éclata, le cheval et le cavalier roulèrent à dix pas, mais la porte était brisée.

Seulemeuft, par cette porte brisée, sortît une telle fusillade, que trois fois les Turcs se présentèrent pour entrer dans la mosquée et trois fois ils furent repoussés.

Furieux, ils se rallient et reviennent une quatrième fois; mais, cette fois, quelques coups de fusil à peine répondent à leurs cris de mort.

Les munitions de la petite troupe sont épuisées.

Les grenadiers attendent l'ennemi la baïonnette en avant.

— Amis, crie Roland, rappelez-vous que vous avez juré de mourir tous plutôt que d'être les prisonniers de Djezzar le Boucher, qui a fait couper les têtes de nos compagnons.

— Nous le jurons! crient d'une seule voix les deux cents hommes de Roland.

— Vive la République! dit Roland.

— Vive la République ! répètent-ils tous après lui.

Et chacun s'apprête à mouri», mais à tuer en mourant. En ce moment, un groupe d'officiers paraît à la porte ; à leur tête marche Sidney Smith. Tous ont Tépée au fourreau. Smith lève son chapeau et fait signe qu'il veut parler. On fait silence.

— Messieurs, dlt-iî en excellent français, vous êtes des braves^ et il ne sera pas dit que, devant moi, on massacre des hommes qui se sont conduits en héros. Rendez- vous : je vous assure la vie sauve.

-* C'est trop ou pas assez, répondit Roland.

— Que voulez- vous donc?

—Tuez-nous tous jusqu'au dernier ou renvoyez-nous tous.

— Vous êtes exigeants, messieurs, dit le commodore, mais on ne peut rien refuser à des hommes comme vous. Seulement, vous me permettrez de vous donner une escorte anglaise jusqu'à la porte de la ville; sans quoi, pas un de vous n'y arriverait vivant. Est-ce convenu?

— Oui, milord, dit Roland, et nous ne pouvons que vous remercier de votre courtoisie.

Sidney Smith laissa deux officiers anglais pour garder la porte, et, entrant dans la mosquée, vint tendre la main à Roland.

Dix minutes après, l'escorte anglaise était arrivée. , Les soldats français, la baïonnette au bout du fusil, les

officiers, le sabre à la maiû, traversèrent, au milieu des imprécations des musulmans, des hurlements des femmes et des cris des enfants, la rue qui conduisait au camp français.

Dix ou douze blessés, au nombre desquels était Faraud, étaient portés sur des civières improvisées avec des fusils.

La* déesse Raison marchait près du brancard du souslieutenant, un pistolet à la main.

Jusqu'à ce qu'ils fussent hors de la portée des balles turques, Smith et les soldats anglais accompagnèrent les grenadiers, qui défilèrent devant le double rang de soldats rouges leur présentant les armes.

Bonaparte, nous l'avons dit, s'était retiré dans sa tente. Il avait demandé Plutarqueet lisait la biographie d'Auguste; et, pensant à Roland et à ses braves, qu'à celte heure on égorgeait sans doute, il murmurait, comme Auguste après la bataille de Teulberg : « Varus, » rends-moi mes légions I

Cette fois, il n'avait à redemander ses légions à personne, il était son propre Varus.

Tout à coup une grande rumeur se fit entendre et le chant de la Marseillaise arriva jusqu'à lui.

Qu'avaient-ils à se réjouir et à chanter, ces soldats, quand leur général pleurait de rage et de douleur?

Il bondit jusqu'à la porte de sa tente.

La première personne qu'il vit fut Roland, son aide de camp Raimbaud et le sous-lieutenant Faraud, sur une jambe comme un héron ; l'autre jambe avait été traversée d'une balle. ,

Le blessé s'appuyait sur l'épaule de la déesse Raison.

Derrière eux étalent les deux cents hommes que Bonaparte croyait perdus.

— Ah! par exemple, mon bon ami, dit-il en ser-

rant les mains de Roland, j'avais déjà fait mon deuil de toi, car jeté croyais bien flambé... Gomment, diable, vousôtesvous tirés de là?

~ Raimbaud vous racontera cela, dit Roland, de mauvaise humeur de devoir la vie à un Anglais. Moi, j'ai trop soif pour parler. Je vais boire.

£t, prenant une gargoulette pleine d'eau qui se trouvait sur la table, 11 la vida d'un seul trait, tandis que Bonaparte allait au-devant du groupe des soldats, qu'il voyait avec d'autant plus de plaisir qu'il avait cru ne plus les revoir.

RÉVES ÉVANOUIS

Napoléon a dit à Sainte-Hélène, en parlant de Saint-Jeand'Acre :

« Le sort de TOrient était dans cette bicoque. Si Saint- Jeand'Acre fût tombé, je changeais la face du monde 1 »

Ce regret, exprimé vingt ans après, donne la mesure de ce que dut souffrir Bonaparte lorsque, devant Timpossibilité de prendre Sainl-Jean-d' Acre, il publia cet ordre du jour dans toutes les divisions de l'armée.

Ce fut, comme toujours , Bourrienne qui l'écrivit sous sa

dictée :

« Soldats I

» Vous avez traversé le désert qui sépare TAfrique de TAsie avec plus de rapidité qu'une armée d'Arabes.

» L'armée qui était en marche pour envahir TÉgypte est détruite. Vous avez pris son général, son équipage de campagne, ses bagages, ses outres, ses chameaux.

D Vous vous êtes emparés de toutes les places fortes qui défendent les puits du désert.

» Vous avez dispersé, aux champs du mont Thabor, cette nuée d'hommes accourus de toutes les parties de l'Asie, dans l'espoir de piller FÉgypte.

» Enfin, après avoir, avec une poignée d'hommes, nourri la guerre pendant trois mois dans le cœur de la Syrie, pris quarante pièces de campagne, cinquante drapeaux^ fait six mille prisonniers, rasé les fortifications de Gaza, de Jaffa, de Kaïffa et d'Acre, nous allons rentrer en Egypte ; la saison des débarquements m'y rappelle.

» Encore quelques jours, et vous aurez l'espoir de prendre le pacha môme au milieu de son palais; mais, dans cette saison, le prix du château d'Acre ne vaut pas la perte de quelques jours, et les braves que je devrais y perdre me sont aujourd'hui nécessaires pour des opérations essentielles.

» Soldats» nous avons une carrière de fatigues et de dangers à parcourir. Après avoir mis l'Orient hors d'état de rien faire contre nous pendant cette campagne, il nous faudra peut-être repousser les efforts d'une partie de l'Occident.

» Vous y trouverez de nouvelles occasions de gloire, et si, au milieu de tant de combats, chaque jour est marqué par la mort d'un brave, il faut que de nouveaux braves se forment et prennent place à leur tour parmi ce petit nombre

qui donne l'élan dans le danger et qui maîtrise la victoire. » En achevant de dicter ce bulletin à Bourrienne, Bonaparte se leva et sortit de sa tente comme pour respirer.

Bourrienne le suivit, inquiet. Les événements n'avaient pas l'habitude de faire sur ce cœur de bronze une si profonde empreinte. Bonaparte gravit la petite colline qui dominait le camp> s^assit sur une pierre, et resta longtemps les regards fixés sur la forteresse à moitié détruite, et sur POcéan qui lui faisait un immense horizon.

Enfin, au bout d'un instant de silence :

— Les gens qui écriront ma vie, dit-il, ne comprendront pas pourquoi je me suis acharné si longtemps à cette misérable bicoque. Ah! si je Tavais prise, comme Je TespéraisI

Il laissa tomber sa tête dans sa main.

— Si vous l'aviez prise? demanda Bourrienne.

— Si je l'avais prise, s*écria Bonaparte en lui saisissant la main, je trouvais dans la ville les trésors du pacha et des armes pour trois cent mille hommes; je soulevais et j'armais toute la Syrie; je marchais sur Damas et sur Alep; je grossissais mon armée de tous les mécontents ; j'annonçais aux peuples l'abolition de la servitude et du gouvernement tyrannique des pachas; j'arrivais à Gonstantinople avec des masses armées; je renversais l'empire turc, je fondais en Orient uu nouvel et grand empire qui fixait ma place dans la postérité, et peut-être retoumais-je à Paris par Andrinople et par Vienne, après avoir anéanti la maison d'Autriche.

C'était , comme on le voit, tout simplement le projet de César au moment où il tomba sous le poignard desassasslnç^ c'était sa guerre commencée chez les Partbes et qui ne devai| s'achever qu'en Germanie.

Autant il y avait loin de l'homme du 13 vendémiaire au

vainqueur de Tltalie, autant il y avait loin aujourd'hui du vainqueur de ntalie au conquérant des Pyramides.

Proclamé en Europe le plus grand des généraux contemporains, il cherche, sur les rivages où ont combattu Alexandre, Ànnibal et César, à égaler, sinon à surpasser les noms des capitaines antiques, et il les surpassera, puisque, ce qu'ils ont rêvé, il veut le faire.

« Que serait-il arrivé de l'Europe, dit Pascal à propos de Gromwell mort de la gravelle, si ce grain de sable ne se fût trouvé dans ses entrailles? »

Que serait-il arrivé de la fortune de Bonaparte, si cette bicoque de Saint-Jean-d*Acre ne se fût trouvée sur son chemin ?

11 rêvait à ce grand mystère de Tinconnu, quand son regard fut attiré par un point noir qui allait grandissant entre deux montagnes de la chaîne du llarmel.

Âu fur et à mesure qu'il approchait, on pouvait reconnaître un soldat de ce corps des dromadaires créé par Bonaparte, « avec lequel, après la bataille, il donnait la chasse aux fugitifs. » Cet homme venait au pas le plus allongé de sa monture.

Bonaparte tira sa lunette de sa poche, et, après avoir regardé un instant :

— Bon! dit-il, voici des nouvelles d'Egypte qui nous arrivent.

Et il se tint debout.

Le messager le reconnut, de son côté; il dirigea aussitôt vers la colline son dromadaire, qui obliquait du côté du camp. Bonaparte descendit alors, s'assit sur une pierre et attendit.

Le soldat, qui paraissait excellent cavalier,, mit son dro-

madaire au galop. Il portait les insignes de maréchal des logis chef.

— D'où viens-tu ? lui cria Bonaparte, iujpatient du moment où il crut que celui-ci pouvait Tentendre.

— De la haute Egypte, lui cria le maréchal des logis,

— Quelles nouvelles?

— Mauvaises, mon général.

Bonaparte frappa du pied.

— Viens ici, dit-il.

En quelques secondes, Thomme au dromadaire était près de Bonaparte ; sa monture plia les genoux, et il se laissa glisser à terre.

— Tiens, citoyen général, lui dit-il.

Et il lui remit une dépêche.

Bonaparte la passa à Bourrienne :

— Lisez, dit-il.

Bourrienne lut :

Au général en chef Bonaparte.

« Je ne sais si cette dépêche te parviendra, citoyen généra], et, en supposant qu'elle te parvienne, si tu seras en état de remédier au désastre dont je suis menacé.

» Pendant que le général Desaix poursuit les mamelouks du côté de Syout, la flottille, composée de la djerme l*Italie et de plusieurs autres bateaux armés, qui portent presque toutes les munitions de la division, beaucoup d'objets d'artillerie, des blessés et des malades, a été retenue à la hauteur de Beirout par le vent.

» La flottille va être attaquée dans un quart d'heure par le chérif Hassan et trois ou quatre mille hommes. Nous ne sommes pas en mesure de résister; — nous résisterone

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• I^ ^1«^ f i#v:ii ^^T^je pv Qe Tii« fas'aàf \ je com-

» Trw fi^ATtt. — A;.Te:§ ici car-.a-.gy tcmiic fût pw RK^tr; '4X*Lj^.h., les Arai)*» lerkcnect poor la troisièniefoîs à U ('AAVifp., J'ai perdn le tiefs de mes tKMnmei^

• Quatre heurts, — Les Arabes se jetteot dans k fleure et k'tittp'dftni des [/«^tits bateaux, le n^ai ^os qoe donxe Uomfmm^ tous les autres sont blessés ou morts. Patteadiai que li^ Arabes encombreot V Italie et je me ferai sauter avec eux.

• Je remets cette dépêche à un homme brave et adroit qui me promet, s'il n^est pas tué, d'arriver partout où vous sonjz.

I» Dans dix minutes, tout sera fini.

» Le capitaine Morandi. »

— Aprâ» r demanda Bonaparte.

— Volld tout, dit Bourrienne.

— MuiH Morandi ?

— B'oHt fuit «auter, général, dit le messager. -Kttol?

— Mol, Je n'ai pas attendu qu'il sautât ; j'ai sauté d'a^

VAuce, après avoir eu le soin de mettre ma 4ép^e dami

ma blaguo à tabac, et j^ai nagé entre deux eaux jusqu'à

un tnidrolt od ]e me suis otché dans de grandes herbes. La

nuit Viuiue, Je suis sorti de Teau, et, en me traînant à quatre ^^ jttsiiu'au camp, je parvins près d'un Arabe endormi;

je le poignardai, et, m*emparant de son dromadaire, je m'éloignai au grand galop.

— Et tu arrives de Beirout?

— Oui, citoyen général.

— Sans accident?

— Si tu appelles des accidents quelques coups de fusil tirés sur moi ou par moi, j'ai eu pas mal d'accidents, au contraire, et mon chameau aussi. Nous avons reçu à nous deux quatre balles, lui trois dans les cuisses, moi une dans Tépaule ; nous avons eu soif, nous avons eu faim; lui n'a rien mangé du tout; moi, j'ai mangé du cheval. — Enfin, nous voilà. Tu te portes bien, citoyen général! c'est tout ce qu'il faut.

— Mais Morandi? demanda Bonaparte.

— Dame ! comme il a mis lui-même le feu à la poudre, je crois qu'il serait difficile d'en retrouver un morceau gros comme une noix.

— Et l'Italie ?

— Ohl VItalie,i\ n'en reste pas de quoi faire une botte d'allumettes.

— Tu avais raison, mon ami, ce sont là de mauvaises nouvelles! — Bourrienne, tu diras que je suis superstitieux; as tu entendu le nom de la djermi qui a sauté?

— L'Italie.

— Eh bien, écoute ici, Bourrienne. — L'Italie est perdue pour la France; c'en est fait : m.es pressentiments ne me trompent jamais.

Bourrienne haussa les épaules.

—Quel rapport voulez-vous qu'il y ait entre une barque qui saute à huit cents lieues de la France, et sur le NU, a^vec l'Italie ?

— J'ai dit, reprit Bonaparte avec un accent prophétique; tu verras!

Puis, après un instant de silence :

— Enamène ce garçon, Bourrienne, dit-il en montrant le messager; donne-lui trente talaris et fais-toi dicter par lui la relation du combat de Beirout.

— Si, au lieu de trente talaris, citoyen, dit le maréchal des logi9, lu voulais me faire donner un verre d*eau, je te serais bien reconnaissant.

— Tu auras tes trente talaris, tu auras une gargoulette d'eau tout entière, et tu aurais un sabre d'honneur, si tu n'avais déjà celui du général Pichegru.

— Il m'a reconnu I s'écria le maréchal des logis.

— On n'oublie pas les braves comme toi, Falou ; seulement, ne te bats plus en duel, ou gare la salle de police l

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