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anaoïxeiefit tes richesses et la gloire, «fiorin, nous Usons dans le prophète Isale : « Votre main dénote [que vous vivrez longtemps, p Voici ia aiienne. Qub dit-elle ? ..
fin mAme temps, l^ijicreyable tira son gant et mit à nu une mai& fine, élégante, quoique maigre et h&lée par le soleil. Lçs ^opof tiens en étai^t parfaites, les doigts étaient allongés et auilemeat noueux, aucune bague n^ornait cette main.
Ilademoisell^ LeQOwand la prit, la regarda avec attention, et ses yeux se lepoitërent de la main au visage du jeune bomme.
— Vonsieur, lui dit-i^le, il a dû en coûter à votre dignité naturelle de vous habiller ainsi, et vous avez dû céder, en le faisant, à une grande curiosité ou aux premières atteintes d'un sentiment invincible. £l?est un déguisement que vous portez et non votre costume habituel. Voire main es|; celle d'un homme de guerre habitué à mauier l-épée et nopi à £aire tourner le gourdin de l'incroyable ou si|Ser Ja badine du muscadin. Votre langage, non plus, n'est pas celui qu£ vous a&ctez en ce moment. Cessez donc de dissimuler; devant moi, tout déguisement vous serait inutile* Vous savez tout ce qu^ voji^g aye? dit» mais vous n'avez appris ces sciences qu'jBO 1^ étudiant; jl'i^utf'es que vous jugiez plus iinportantes. Vous avez uim tendance pour les recherches occultes» c'est vrai; i^ais votrj^ ^yiSQir n'^sj; ni c^lui des Nicolas Fiamel» ni celiii des CagUostra. Vous aygz dcjipandé pn riant uq horoscope commQ celiû qu'pn j» Uré k H pai^sapqe d'Alexandre, fils dp Philippe. U ^ trop tard pour vous tirer un horoscope 4$ aisance ; m\S JP B)^ ?ft»8 flirp, et ç(8 qui yp»? est arriva depu» f^n RmmSf fi PQ m >ws airriv^f!^
jusqu'^ \(m mn*
^ Par ma foi, vous avez raison, dit le jeune homme de sa voix naturelle, et j'avoue que je suis mal à Taise sous ce travestissement; cette lanjgue non plus, vous Pavez dit, n'est pas celle que j'ai l'habitude de parler. Si vous vous étiez laissé prendre à mon patois et à mon costume, je ne vous eusse rien dit, et je vous eusse quittée en haussant les épaules. La découverte que vous avez faite, malgré mes efforts pour vous tromper, m'indique qu'il y a du vrai dans votre art. C'est tenter bien, je le sais bien, continua-t-il d'une voix sombre, que de vouloir lui dérober le secret de l'avenir; mais quel est l'homme, sentant en lui une certaine puissance de volonté, qui ne désire aider, par la connaissance plus ou
moins complète de l'avenir, aux événements que la fortune lui préparât Vous m'avez dit que vous me raconteriez ma vie passée. Je ne vous en demande que quelques-mots seule' ment, étant plus pressé de connaître l'avenir. le vous le répète, voici ma main.
Mademoiselle Lenormand arrêta un instant ses yeux à l'intérieur de cette main; puis, FQ^çystnt la tête :
— Vous êtes né dans une lie, dit-elle, d'une famille noble sans être riche xï\ }l}u^tfç. You^ ayp9 W^t6 vptre pays pour venir faire votre éducation en France; vous êtes entré au service dans une arme spéciale : l'artillerie. Vous avez remporté une grande victoire fort utile à votre pays, qui vous en a mal récompensé. Un instant, vous avez pensé à quitter la France. Par bonheur, les obstacles se sont multipliés devant vous et vous ont lassé. Vous venez de rentrer en lumière par un coup d'éclat qui vous assure la protection du futur Directoire. La journée d'aujourd'hui, — retenez-en ^ien la date, 7- ouoique n'ayant été marquée que par des (vén^ments ordinaires, deviendra une des étapes les plus
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iaoportantes de votre vie. Croyez-vous à mon art, mainteoants, et voalez«votts que je continue?
— Sans doute, dit le faux incroyable» et, pour vous donner toute facilité, je commencerai par vous apparaître avec mon visage ordinaire.
A ces mots, le jeune homme enleva son chapeau de dessus sa tête, jeta de côté sa perruque, dénoua sa cravate et laissa voir cette tête de bronze qui semblait avoir été moulée sur une médaille antique. Son sourcil se fronça légèrement, ses cheveux s'aplatirent aux tempes sous sa main, son œil devint iixe, hautain, presque dur, et sa voix, non plus avec le grasseyement de Pincroyable, non plus môme avec la courtoisie de rhomme qui s'adresse à une femme, mais avec la fermeté d'un ordre donné, dit en présentant pour la troisième fois sa main à la sibylle :
— Voyez I
MACHBETH, TU SERAS ROl!...
Mademoiselle Leoormand prit, avec un sentiment presquo respectueux, la main qui lui était tendue.
-<- Voulez-vous savoir la vérité tout entière? demandât-elle, ou, comme à une femmelette dont vous avez payfois les irritations nerveuses, faut-il ne vous dire que le bon, en vous cachant le mauvais?...
— Dites tout!... fit le jeune homme d'un ton bref.
— Faites bien attention, ajouta mademoiselle Lenormand, à Tordre que vous me donnez (et elle appuya sur le mot
« ordre •). Votre maia, la plus complète de toutes celles que j'aie jamais rues, m'offre un composé de tous les sentiments vertueux et de toutes les faiblesses humaines; elle m'offre le caractère le plus héroïque et le plus indécis. La plupart des signes qui ornent son intérieur peuvent éblouir par leur lumière, d'autres indiquent la nuit la plus sombre et la plus douloureuse. C'est une énigme bien autrement difficile que celle du sphinx thébain que je vais vous révéler ; car de même que vous serez pins grand qu'CBdipe, vous serez plus malheureux que lui !..• Voulez-vous que je continue... ou dois-je m'arrôter?...
— Continuez!... dit-il.
— Je vous obéis (et elle appuya sur le verbe obéir).
» Nous allons commencer par lapins puissante des sept p1a« nètes : toutes les sept sont imprimées dans votre main et sont placées selon leurs dispositions convenantes.
» Jupiter est assis à l'extrémité de l'index. Commençons par Jupiter. 11 résultera peut-être une certaine confusion de cette manière de procéder; mais, du chaos, nous4irerons la lumière.
» Jupiter est donc assis chez vous à Fextrémité de Tindex, ce qui veut dire que vous serez' l'ami et l'ennemi des grands du monde et des heureux du siècle. Sur la troisième jointure de ce doigt, remarquez ce signe en forme d'éventail : il annonce que vous prélèverez forcément des tributs sur les peuples et sur les rois. — Voyez, sur la seconde jointure, cette espèce de grillage rompu à sa septième branche: c'est le présage que vous occuperez six dignités successives, et que vous ne vous arrêterez qu'à la septième.
— Savez- vous quelles sont ces dignités? demanda le consultant.
— Non • Ce que ]e puis vous dire seulement, c'est que la
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dernière est le litre d'empereur d'Occident, qui esi aujouN d'hui dans là maison d'Autriche.
n Au-dessous de là grille^ yoyez cette étoile : elle annonce qu'un bon génie ne cessera de veiiîef sur vous qu'à votre huitième lustre, c'est-à-dire à quarante ans. A ce (âoment, vous sembierez oublier que la Providence vous avait choisi une compagne^ car cette compagne sera délaissée par vous, à la suite d'un faux càîcui des prospérités humaines. Les deux signes qui sont placés imniëdiatènient au-dessous dé cette étoile et qui ressemblent, l'un à un 1er a chevà!, et Tautre à un damier, indiquent qu'à la suite ie longiies et constantes prospérités, vous tomberez inlaiiiibiément et du plus haut sommet où jamais ^oiiime sera parvenu. Vous tomberez plus encore par rinflùencé âes fèînmes que par là force des hommes. Quatre lustres seroni le terme de vos trlompties et de votre pouvoir.
» Cet autre signé à la base de iupiter, accompagné de ces trois étoiles, signifie que, pendant, les trois dernières années de votre puissance, vos ennemis s'occuperont sôurdemîeiit à la miner, que trois mois suiliront pour vous en précipiter,
que le bruit de votre chute retentira de Toriènt à roccidéilt.M
Dois-je poursuivre?
— Poursuivez, dit le jeune liomme.
— Ces deux étoiles sur l'extrémité du m^diiis^ cWt-à-dire
du doigt de Saturne, indiquent positivement que vous serez couronné dans la même métropole où auront été couronnés les rois de France, vos prédécesseurs. Seulement, le signe de Saturne, placé justement au-dessous de ces deux étoiles et les gouvernant, pour ainsi dire, est pour vous un signe du plus funeste augure.
» Sur la seconde jointure de ce médius, oiï remarque deux
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Signes étrange» en ôe ((tt'ils fiefflbteift 6ef eertitfèdfrë; L« iriangle dénote tta bomob«( cdfiëttX, «(mff^otfHêftli, |feti tii^oâigae de ses biens, si;ce n*est aux gens de guerre, et qul,< dàtls s^ tle, doit mtmt trm bhsmtèS i Ist ptbvdiètë à fô cuisse, rdtttrè ÂtL tliton, et 1& troMétot^ flit t^êtlf doigt: Le' Sècoltid né ces signes est une étoile qui démontre lé dOtfterâltf triàgrt^nioiè, àmàtelitf dû b^iij mnMi deé projets gfg^iè^faés, nob-seuIéniÊfnt if féàlh^les/ ffîdi» Minef ioeoùcétâbte^ &otif d'sutres que M:
» Cette ligne^qui reséeitible t tmeS altoogéé sert/èùtattt sti la racine de la seconde jointure,^ firésag^j odtte dlterd pMlBt plusieurs tëntatiyes d'assasiâûBtj parmi lescftieitétf, u^t ex-, plosion préméditée.
» La ligne droite^ Illettré C et ÏX qui descendent presqû'âl la racine du doigt de Saturne, promettent une woondettliaiiCQ plus illustre que la première;
— Mais, dit le jeune bomnfe interromptal «ree impaiieiii^ la sibylle, voilà deux ou trois fois que f ouè taè parlez dé cette première alliance qtii doit protéger leê Mit prfemietff lustres de ma yie. A quoi reconnaltrai^je cette ftitmiè (f trèfle elle viendra à moit
— C'est une femme brune/ dit la îiibyftff; vcïrf e d^on tiomme blond,' qtti portait Tépéè et qui a péri pat lé 1er; Btte il deux enfants que vous adopterez eomme vôtres. En examinant sa physionomie^ vous la reconnaltrea à* deux eh^^ses ; c'est qu'elle a un signe apparent h l'un de ses aburoils/ ëî ({(tei dans la conversation familièrei elle' élève habittfellement lé poignet droit, ayant Tbabitude de tenir un mouchoir à 6« main et de le porter à sa iKinche chaque fois qu'elle sotirit.
— C'est bien, dit te consulUMit. Revenons à mou iM^rot^ cope.
— Yoyez^ à la base du doigt de Saturne ces deux signes doat Tua ressemble à un gril sans mancbe, et l'autre au six de carreau.
» Ils présagent votre bonheur détruit par votre seconde femme, qui, au contraire de la première, doit être blonde et née du sang des rois.
» La iigure représentant l'image du soleil à l'extrémité de la troisième jointure de rannulaire, c'est-à-dire du doigt d^Apollon^ prouve que vous deviendrez un personnage extraordinaire, vous élevant par votre mérite, mais spécialement lavorisé par Jupiter et par Mars.
I» Ces quatre lignes droites placées comme des palissades au« dessous de cette image du soleil disent que vous lutterez en vain pour subjuguer une puissance qui, seule, vous arrêtera dans votre course.
X» Au-dessous de ces quatre lignes droites, nous retrouvons cette ligne serpentante, ayant la forme d'une 5, qui déjà deux fois, au doigt de Saturne, vous présage malheur; si Tétoile qui est au-dessous de cette ligne était au-dessus, Tétoile indiquerait que vous seriez maintenu pendant sept lustres au zénith de votre puissance.
vLe quatrième doigt de la main gauche porte le signe de Mercure à Textrémité de sa troisième jointure. Ge-signe veut dire que peu d'hommes posséderont votre érudition, votre sagacité, votre finesse, votre justesse de raisonnement, votre subtilité d'esprit. Aussi soumettrez-vous plusieurs nations à vos vastes desseins; aussi entreprendrez-vous des expéditions admirées, traverserez«vous des rivières profondes, gravirezvous des montagnes escarpées, franchirez-vous des déserts
immenses. Mais ce signe de Mercure démontre aussi que vous aurez une humeur brusque et fantasque; que cette humeur
VOUS suscitera de puissants ennemis; que, véritable cosmopolite, tourmenté par la fièvre des conquêtes, vous ne serez bien qu'où vous ne serez pas, et que» parfois même, vous vous sentirez trop à Pétroit en Europe.
• Quant à cette espèce d'échelle tracée entre la première et la troisième phalange du doigt de Mercure, elle signiOeque, aux jours de votre puissance, vous accomplirez d'immenst s travaux, pour rembellisement de votre capitale et des autres villes de votre royaume.
» Bt maintenant, passons au pouce, c'est-à-dire au doigt de Vénus.
«Vous le voyez, voilà son signe tout-puissant sur la seconde phalange. Il annonce que vous adopterez des enfants qui ne seront pas les vôtres, et que votre première union sera stérile, quoique vous ayez eu et deviez avoir encore des enfants naturels. Mais, comme compensation, voyez ces trois étoiles, qu'il domine : c'est le présage que, malgré les efforts de Tennemi, entouré des grands hommes qui secondent votre génie, vous serez couronné entre votre sixième et votre septième lustre, et que le pape lui-même, pour vous rendre favorable à PÉglise romaine, viendra de Rome poser sur votre tète et celle de votre épouse la couronne de Louis XIV et de saint Louis.
«Au-dessous des trois étoiles, voycz«vous le signe de Vénus et celui de Jupiter? Â côté d'eux et sur la même ligne, remarquez-vous ces nombres si heureux en cabale : 9> 19, 99? Ils sont la preuve que TOrient et l'Occident se donneront la main et que les Césars de Habsbourg consentiront à ce que leur nom s'allie au vôtre.
9 Au-dessous de ces chiffres, nous trouvons le même soleil que nous avons déjà vu au sommet du doigt d'Apollon, et
qui indiqué qu^au contraire de ia lumière céleste, oui va ^e rorieut à l'occident, la vôtre ira dé rôccident à {'orient.
» Maintenant, mouton^ aû-dessbs aë là pfëmiè^fé p^alalige dii pouce et arrêtons-nous i cet Ô qîiè traversé diagonalement UDe barre. Ëh bien, ce signe veut dire : vue trouble, aveuglement politique. Quant aiix trois étoiles dlé la pfemiôre pnalàngé, et au signe qui lès stirinonte, ils ne sont que Pàrfirmation dé Finfluence qiiê lès femmes auront sur vôtre vie, et ils mdiquent que, le bonheur vous étant venu par une femme, c^ëst par une feiùmë qu'il s'en ira.
» Pour les quatre signes dispersés dans la paume de la inàin sous la fofine d'un râleau dé fer, l'un, dans le champ de ilars, l'autre adhérant à la ligné de vie , lès dlêiix àutfés s^àdossant au bas du inoni cle là Liinë, ils ihaïquèhl uii général prodigue du sàag de ses soldats^ mais sètiiémënt sur le èhiimp de bataille.
» Le haut de cette ligiiè toùl*ciiuè, divisée vers lé Inont dé Jupiter, iiuméro ^, dénote c(e grands voyages en Europe, en Asie, en Afrique. (Juelques-ùns de ces voyages seront forcés, ainsi que le dénoté i'X qui est àti ^aiit dé la lî^hè vitale, et qui domine lé mont de V^îiiis; én/în, se croisant sous îiars, c'est la marque cerlâine d'une liàiitè iiiiistration par des faits d'armes immenses. On épuisera, en vous parlant, toutes les formules de rhumiîité et dé la louange; vous serez l'iionime ' glorieux, l'homme prodigieux, l'homme miraculeux. Vous serez Alexandre, vous serez César; vous serez plus que iout cela, vous serez Atlas portant le monde. Après avoir vu votre gloire éclairer l'univers entier, vous verrez, le jour de votre mort, l'univers entier rentrer dans la nuit; et chacun, s'aper^ cèvant qu'il vient de manquer quelque chose à l'équilibre universel, se demandera non pas si c'est un homme qui
ÉES BLANCS ET £&S ÉltH^ 4M
Tient de mourir,' tiiaià èi c'ëâi le soleil ^tf! tleae âè é'ëtèiàdre!
Le ietinë homthe iiàii é(?()ilté cetl^^rédteûott d'an ail* i)1tts sombre que joyeux, il avait semblé sniité ië dlb^ffië^r ttfufèâ les batiieurs otx, fatiguée,' elle avait repM^ hàleitië; ^'ilii, a:vec elle, il avait sembla dëntitdté dànÉf le gdtlfîrë êrttêHeMifttstft prédit que devait se perdre sa fortune.
Âpres qu'elle eut cessé de parler, il demeura muet un instant.
— G^est lafortune de César que tu m'as prédite;ià, luidit«il.
— C'est plus que la fortune de César, répondit-elle ; car César n'a pas attèiût ^o'n bût; et ^(îtk; vous atteindrez le vôtre; car César n'a fait que mettre un pied sur le premier degré du trône, tandis que vous, vous vous assiérez dessus. Seulement, n'oubliez pas là femme briine, qui c) ul sigoo au-dessus du sourcil droit, et qui porte son mouchoir a sa bouche lorsqu'elle sourit.
— Et cette femme, où la rencontrerai-jef ^eman^â lo jeune homme,
— Vous l'avez rencontrée aujourd'hui, répondit la sibylle. Et elle a marqué de son pied le point oîi commeiicera là série de vos victoires.
11 était tellement impossible que là sibylle eût préparé d'avance cet assemblage de vérités irrécusables, puisqù'eïlës étaient déjà le passé, et cette suite ue faits incroyables et perdus encore dans l'avenir, que, poiir là prèiniè'ré fois peut-être, le jeune officier accorda une conllance entière à ce que la sibylle lui avait dit. Il mit la main d son gousset et en tira une bourse contenant quelqtieâ pièces d'or ; mais la sibylle lui mit la main sur le bras.
— Si je vous ai prophétise de» meesongesi dit-elle, pii^u
que vous me donniez, ce sera trop. Si je vous ai dit la vérité, au contraire, ce n'est qu'aux Tuileries que nous pouvons régler nos comptes. Aux Tuileries donc, quand vous serer empereur des Français!
•« Soit! aux Tuileries, répondit le jeune homme, fit, si tu m'as dit la vérité, tu n'auras rien perdu pour attendre ^
l'homme de (l'avenir
Le 26 octobre 4795, à deux heures et demie de Tâprèsmidi, le président de la Convention prononça ces paroles : « La Convention nationale déclare que sa mission est remplie et que sa session est terminée. » Ces paroles furent suivies des cris mille fois répétés de a Vive la République! »
Aujourd'hui, après soixante^douze ans écoulés, après trois générations éteintes, celui qui écrit ces lignes ne peut s'empêcher de s'incliner devant cette date solennelle.
La longue et orageuse carrière de la Convention s'était terminée par un acte de clémence.
Elle avait décrété que la peine de mort serait abolie dans toute l'étendue de la République française.
I. Nous pouvons d'autant mieux garantir la vérité de cette scène, qne ces détails sur mademoiselle Lenormand nous sont donnés à noas-mème par son admiratrice et son élève, madame Moreau, qui habite, rue de Toamon, 5, le même logement que la célèbre sibylle, et qui, se livrant au m^oie art qu'elle, y a oljtenv d'immenses succès.
LES BtANGS ET IIS BLEUS 193
Elle avait changé le nom de la place de la Révolution en celui de place de la Concorde.
Bnlin elle avait prononcé une amnistie pour tous les faits relatifs à la Révolution.
Elle ne laissait pas dans les prisons un seul prévenu ou condamné politique*
Elle était bien forte et bien sûre d'elle-même, rassemblée qui résignait ainsi son pouvoir.
Convention terrible, sévère ensevelisseuse, toi qui déposas le xvin* siècle dans son suaire taché de sang, tu trouvas en naissant, le 21 septembre 1792, l'Europe conjurée contre la France, un roi détrôné, une constitution annulée, une administration détruite, un papier-monnaie discrédité, des cadres de régiments sans soldats.
Tu te recueillis un instant, et tu vis que ce n'était pas, comme les deux assemblées qui t'avaient précédée, la liberté que tu avais à proclamer en face d'une monarchie décrépite, mais la liberté que tu avais à défendre contre tous les trônes de l'Europe.
Le jour de ta naissance^ tu proclamas la République en face de deux armées ennemies, dont l'une n'était plus qu'à cinquante et Tautre qu'à soixante-cinq lieues de Paris. Puis, pour te fermer toute retraite, tu menas à tin le procès du roi*
Quelques voix, s'élevant de ton sein même, te crièrent : Humanité! Tu répondis : Énergie!
Tu t'érigeas en dictature. Des Alpes à la mer de Bretagne, de l'Océan à la Méditerranée, tu t'emparas de tout en disant : Je réponds de touL
Pareille à ce ministre de Louis Xlll — pour qui il n'y avait ni amis ni famille^ mais des ennemis de la France, qui frappait les Ghalais comme les Marillac, les Hontmorencv
19l LES BLÂNCiS e^ lék Âi^M
comme les Saiot-Preuil, — tu té dëfcimaâ toî-thôtoè. Bti'lih, après trois ans de coavulsioas càiûîh^ jlïtddïà {)ëiiplè ii'éÉf a éprouvées, après ^es journées c(liî èf^âppieïleift lé fi Jafriier, le 31 octobre, le 5 avril, le 9 thermiddf*'; le 13 vendémiaire, sanglante è^ miitilee^ i\x te défais, et cette titinté éodjprbmise que tu avais reçue de la Gooslituàntë^ tUt Itt f émisf/ sauvée, au Directoire. '
Que ceux qui t'accusent oséiif Hië ce iftfi dërèlit Artbfé st tu avais faii)li dans ta côcirsé; ^ Coïldé Mt feutré à VëitîS^ si Louis iVili fûf remonté su/ le êfône, si, stu Uèrf deii vitîgt ans du Directoire, du Cousulài et dé l'Ém'pîrè, ïîouè avions eu vingt ans dé Restauration, iiti^i ans d'Espagne au lieii de vingt ans de i^mnce, viîigt anà de hoùté au llètr de vingt arts de gloire !
Maintenant, le iJirecfoîre était-ff diferië dtt fegâ^CTi M était fait par sa sanglante mère? LS il'ëst point li Question.
Le Directoire répondra de êés cfeuvrte datant la fiostérité comme la Convention a répondd des èfefiii69.
Ce Directoire fut nommé.
^ Les cîiiq membres êi^ieîii Bâfrai,' Rètlifèll,^ Làrevcîllè^e- Lepaux, Leiourneur et Gâfûot;
Il fut décidé que leur rééiddiïce éèraf f le Ltilériïboftfg;
Les cinq directeurs ne savàieift ^Hè Si'dtiH quel état était le Luxembourg. Ils ô*y rendirent fioiir oit^iîr léûfs Séariee^;
Ils n'y trouvèrent pas uû seul frieùblë.
«Lé concierge, dit M. Tliiers, leur pi'ôta UOfê? tablé Boiteuse, une teûilte de papier à lettife, flùé écritolre, ^arir écrire le premier message qui annonçait atîi fletfx Qoirseils que le birectere était coflstittié. »
On envoya S la trésorerie.
il n'y avait pfe ute stfû de rfuinéWirt. '
LÈS litAvrèè et £^s ûiuah ib^
Barrai étii le persoctaèl; Gs^^tiot; le motiverneni des iimëes; Re^bell, les feïatiôaâ étfàrig^fèS; Lëfcfùrneiïî ki fcarereîilîèfè-Lepâùx, ràdmintSftf'âtlttd ihtérfèare'; Mohàparte eut le commandement de l'armée de Parte, ijifià^' fumé iptéèi II ôlgaati j SoftU^d^iè:
Le ^ ihâh suiTant, vèfâ ûdzc tiëiir'ës Jii mâti/i, ^èux voitures s'arrêtaient à la porté de la niâifie du deuxième àrrôfiflissemént de Paris.
De la première descendait un jeiiiié homme de vingt-si^ ans, portant Funlfornie d'ôiliCiër général;
Il était suivi de ses deux témoins.
tJe la seconde descendait iinë jeune feminé, âgée èé vingttiùit à (rente-ans.
Elle était suivie égaiémëni dé ses dëui témoins. '
Tout six se présentèrent (levant lé citoyen cbàrîes-Theodore François, officier public de Fétàt civil dû deuxième àrrondisseinent, qui leur fit les qùéslions qu'il ësi â'dsage dé faire aux futurs époux, lesquels, de leur c^te, fépdndirènl selon I^usage. ^liis il leur fut fait lecture de racle siiivani, qu'ils Signèrent :
a Le dix-neuvième jour de ventôse de Tan iv ûè fa tliipii-
Blique,
» Acte dé mariage de tfàpolîoiib Etoif^AidÈ, général eh chef de l'armée de l'intêrieuf , âgé de vingl'hmî âfis, né" à Àjàccio, département de la Corse, domicilié à Paris, riiè d^Aiiiin, fils de Charles Ëonaparte, rentier, et de liSeîîlia Ramô*
»Et do Marîe-ioséptië-îlosè dofasciief, Sgéc dé via«i*Iiùit
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ans, née à Tile Martinique, dans les îles du Vent, domiciliée à Paris, rue Ghantereine, fille de Joseph-Gaspard de Tascher, capitaine de dragons, et de Rose*Glaire DesTergers de Saaois, son épouse.
» Moi, Gharles-Théodore-François, officier public de Tétat civil du deuxième arrondissement du canton de Paris, après aroir fait lecture en présence des parties et témoins :
» io De l'acte de naissance de Napoliooe Bonaparte, qui constate qu'il est né le 5 février 1768, du légitime mariage de Gharles Bonaparte et de Lœtitia Ramolini;
ii2o De Pacte de naissance de Maric-Joseph-Rose de Tascher, qui constate qu'elle est née le 23 juin 1767, du légitime mariage de Joseph-Gaspard de Tascher, et de Rose-Glaire Desvergers de Sanois;
» Vu l'extrait de décès d'Alexandre-François-Marie Beauharnais, qui constate qu'il est décédé le 5 thermidor an ii, marié à Marie-Josèphe-Rose de Tascher;
» Vu Pextrait des publications dudit mariage, dûment affiché le temps prescrit par la loi, sans opposition;
» Et aussi après que Napollone Bonaparte et Marie-Josèphe- Rose de Tascher ont eu déclaré à haute voix se prendre mutuellement pour époux, j'ai prononcé à haute voix que Napolione Bonaparte et Marie-Josèphe-Rose de Tascher sont unis en mariage*
» Et ce, en présence des témoins majeurs ci-après nommés ; savoir : Paul Barras, membre du Directoire exécutif, domicilié au palais du Luxembourg; Jeaj Lemarrois, aide de camp> capitaine, domicilié rue des Gapucincs; Jean- Lambert Tallien, membre du Gorps législatif, domicilié à Ghaillot; et Etienne- Jacques- Jérôme Galmelets, homme dQ loi, domicilié rue de la place Vendôme, no 207, qui tous
ont signe avec les parties, — et moi, après lecture. «
Et, en effet, on peut voir les six signatures de M.-J. R. Tascher — de Napolione Bonaparte — de Tallien — de P. Barras — > de J. Lemarrois le jeune -* de É. Galmelets — et de Le* clerc — au bas de Tacte que nous venons de citer.
Hais ce qu'il y a de remarquable dans cet acte, c^est qull renferme deux énonciations fausses. Bonaparte s'y fait plus vieux de deux ans et demi> et Joséphine plus jeune de quatre. Joséphine était née le 23 Juin 1763, et Bonaparte le 45 août 1769.
Le lendemain de son mariage, Bonaparte fut nommé géaé* rai en chef de l'armée d'Italie.
C'était le cadeau de noces de Barras.
Mr
Le 26 mars, Bonaparte arrivait à Nice, avec deux mille louis dans la caisse de sa voiture, et un million en traites.
On avait donné à Jourdan et à Moreau une magnifique armée composée de soixante et dix mille hommes.
On n'osait confier à Bonaparte que trente mille soldats affa* mes, manquant de tout, réduits à la dernière misère, sans habits, sans souliers» sans paye, la plupart du temps sans vivres, mais qui supportaient, il faut le dire, toutes ces privations, même la faim, avec on admirable courage.
Ses officiers étaient : Masséna, jeune Niçard, opinifttre, entêté, plein d*éclairs subits; Augereau, que nous connais* sons de Strasbourg pour l'avoir vu manier le fleuret contre Eugène et le fusil contrôles Autrichiens; La Harpe, Suisse expatrié; Serrurier, honmie de la vieille guerre, c'est-à-dire méthodique et brave; et enfin Berthier, son dief d'état-
1^8 Les BtiNGI^ Et t£S fiCËCS
tDàjoi*; dont il avait aevind 16B imitëé, qnOiiSs qui fie firèaé qtfë S'àcci'è'ttre.
Jt^ec séi» trenM^ niiiie d)mbftf t&ntô; if sftait ffliàlrê à soîjiiâiite ïÉltè ItotQdles i iiiièl inille Pi(!£tte)ttÉfai8, stfiiir lèâ ordres du général Goltô; ihmtiW ràïm AtHHebiêns gofttô W ovùiëS du gëiiéfdl Betôltetr.
Ge^ géaétàùi «i^ëht téiitf af èf« 6mm hé j^ë tte^itfttfe, |)Iuô jèûnë 4tf eut,' ^i passait M^ ^^oif i?(5n l^radë t la protection de Bàifàsi Ifkûh bobi^ifêi fletj âiëC tifi teît&t d'Arabe, un œil iixe, des traits romains.
Quant aux soldslts, ild tresstfilllfétft abt ttethiëi/s itiots qu'il leur adressa, c'était là le langage qu'il fôUâitkforpafter.
Il leur dit :
« Soldats, vous êtes mal nourris et presque nus; le gouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut rien. Votre patience et votre courage vous bonorent, mais, si vous restez ici; oe tdtts proctrréiit hi avantages ni gloire.
» Moii }e tai^ voué; conduire daûs ïbs plus fertlted plaiues du monde; vous y ircfuveres de gtaàdès vîHc^/ de belles provinces I YcfttS y trouverez lionûefur^ gWiré et ricHesrfeR
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Le même jatfrj ii ditftribtfâ ^tiatfe Ibuls en or an généraux^ qui bravaient i)as vu d'or deputô qtteitre av ein^ ads, et trausportit son quartier général è Aibei^ga:
11 avait htite d'être à Toltri, k cet endroit de sa earfë où idsëfiâïte, le premier jour où Kle Fêtait vente toir,< avait hdsséla marque de son pied.
Le il avril, ih était à Areueano*.
Ràicentréra-t-it retfnfednf ce gstge de sat fortune futttre lêiisrera-Ml donné?
Bit grat^issasl la vâfMK d^Arensano^ è kr tête de 1« divisien
La Harpe, qui forme ravant-garde, il pousse un cri de joie : il vient d'apercevoir une colonne qui sort de Voltri. C'est Beaulieu et les Autrichiens.
Pendant cinqlours, on se bat; au bout de cinq jours, Bonaparte est maître de la vallée de la Bormida ; les Autrichiens, battus à Hontenote et à Dego, fuient vers Acqui, et les Piémontais, après avoir perdu les gorges de MiUesimo, se retirent sur Geva et Hondovi.
Maître de toutes les routes» traînant à sa suite neuf mille prisonniers qui vont aller apprendre à la France ses premières victoires, des hauteurs de Honte-Remoto qu'il faut franchir pour arriver à Geva, il montre à ses soldats ces belles plaines d'Italie qu^il leur a promises; il leur montre tous ces fleuves qui vont se jeter dans la Méditerrauée et dans TAdriatique, il leur montre une gigantesque montagne couverte de neige et s'écrie :
— Annibal avait franchi les Alpes, nous les avons tournées»
Ainsi, comme point de comparaison, Annibal se présente naturellement à lui.
Plus tard, ce sera César.
Plus tard, ce sera Gharlemagne.
Nous avons vu naître sa fortune. — Laissons le conquerant à sa première étape à travers le monde.
Le voilà sur la route de Milan, du Caire, de Vienne, de Berlin, de Madrid, hélas!... et de Moscou.