‹ Les blancs et les bleus: 1.[-3.] sérChapitre 4 sur 29 · LE PRESIDENT DE LA SECTION LE PELBTIBR · texte numérisé non relu

LE PRESIDENT DE LA SECTION LE PELBTIBR

Gomme on ne pouvait pas attendre le i«r prairial, attendu que le !•' prairial était passé, le 20 fructidor fut dési^ gné pour le jour de TélecSon.

On avait espéré que le premier acte des Français, réunis après de si terribles commotions, serait, commecelui de la Fédération au Champ-de-Mars, un acte de fraternité, un hymne à Poubli des injures.

Ce fut un sacrifice à la vengeance.

Tous les patriotes purs, désintéressés, énergiques, furent chassés des sections, qui commencèrent de s'occuper à organiser Finsurrection.

Les patriotes chassés accoururent à la Convention, Ils encombrèrent les tribunes, racontèrent ce qui se passait, mirent la Convention en garde contre les sections, demandèrent qu*on leur rendit leurs armes et déclarèrent qu'ils étaient prêts à les employer à la défense de la République.

Le lendemain et les jours suivants, on comprit tout le dan* ger de la situation, lorsque l'on vit que, sur quarante-huit sections qui formaient l'ensemble de la population parisienne, quarante-sept avaient accepté la Constitution et repoussé les .décrets.

Seule, la section des Quinze-Vingts avait tout adopté, décrets et Constitution.

Tout au contraire, nos armées, dont deux étaient réduites à Pinaction par la paix avec la Prusse 'et avec TEspagne, Yotèrent sans restriction et avec des cris d'enthousiasme»

De son côté, l'armée de Sambre-et->Meuse, la seule qui restilt en activité, avait vaincu à Wattignies, débloqué Maubeuge,triomphé à Fleurus, donné la Belgique à la France, passé le Rhin à Dusseldorf, bkiqué Mayence, et venait, par les victoires de rOnrthe et de la Roër, de nous assurer la ligne du Rhin.

Elle s'arrêta sur le champ de bataille même où elle venait de vaincre, et, sur les cadavres des Français morts pour la liberté^ jura fidélité à la constitution nouvelle, qui, tout en mettant iin à la Terreuf , maintenait la République et continuait la Révolution.

Ce fut une grande joie pour la Convention et pour tout ce qui restait de vrais patriotes en France, que la nouvelle de ce vote enthousiaste de nos armées.

Le 1er vendémiaire de Tan IV (23 septembre n95),le résultat général des votes fut proclamé.

La Constitution était acceptée partout.

Les décrets, de leur côté, Tétaient à une immense majorité.

Dans quelques localités, on avait été même jusqu^à voter pour un roi ; ce qui prouvait le degré de liberté auquel on était arrivé, deux mois après le 9 thermidor.

Cette nouvelle produisit à Paris la plus vive sensation, sensation double et opposée :

De joie^ chez les patriotes conventionnels;

De fureur, chez les sectionnaires royalistes.

Alors, la seclion LePeletier, connue, pendàût tout le cours de la Révolution, sous le nom de section des Pilles-Saint- Thomasy la plus réactionnaire de toutes les section^, — celle dont les grenadiers, le 10 août, dans la cour du château» résistèrent aux Marseillais , — mît en avant ce principe : « Les pouvoirs de tout corps constitua cessent devant le peuple assemblé. » ^

Ce principe, mis aux toîx par la section, fut converti ctr arrêté, et cet arrêté envoya aux quarante-sept autres sections, qui FaccueiIIirent avec faveur.

C'était tout simplement proclamer la dissolution de l'Assemblée,

La Gonventioa ne se laissa point intimider : el(e répondit par une déclapaiioa et par un décret.

Elle déclarait que, si son pouvoir était menacé, elle se retirerait dam» iffie viUe é9 pr^viAce^ où elle continuerait à rooctionnsf.

Elle décrétait que tous led pays eoncpiit tn de^à^du Rhin, sHn^ qiîe la Bëlpffqiv^ ïtut de Liège et le Lu>xem^urg, étaient réunis à la France.

C'était répondre st là meÀaee âîêSa chMe pttr la prodatfia- (ton de sa grandieur:

La section Le Peletier, traitant alors de puissance à puissance avec la Convention, envoya son président à la tête d*une députation de six membres, pottr signifier à l'Assemblée ce qu'elle appelait l'acte de garantie; c'est-â-idire le décret rendu par elle, établissant qu'en face du peupîe assemblé, les pouvoirs de tout corps constitué cessaient.

Le président était un jeune homme de viugt-quatrc à vingt-cinq ans, et, quoiqu'il fût vêtu sans prclcuti9!\ Que

6upr.éni.o élégan.^, qjijii 4Uiit bî^» j^lus da^is «a io^rnurc quo dans ses habits, émanait de toute sa persoaue*

^iv.aat ja ^lOà», i^siis Bdim e^agéraUoD, il porliait uj3i3 rcdingate de r^ojar/îf gr0Ba|i foncé^ avjec 4^ l^jito^s is^ jais, ibiUl<« à ^Cis|t€iiifj ^ ^ ^omt^mûères J^rûdi^^ de sjoie

Uoe ci^TÂte 4^ fouii^fd blikoi;, ;»yec de$ beuU }â£b£« £^ floltants, ondoyait autour de son cou.

Un gHet de piqué blao^, M^fi i.e» fknxrs 4'uji bleu ir^g* clair^ un pautalou de tricot gri^-pe^I^^ /tes l^ais de 6Q^ hlaocfi^ des escarpins, et m îêhUq noir à larges ^or()s et à for loe basse et pointue, complétaient sa toilette.

Il BN^ii le teijtf IHaoe ejt J^s cbeveu:!: t>\(màë 4e l'Mdnmp du Nord ou de TËst, des yeux vifs et prp^fîjcl^ à la fi^isf^ ej^iia des dents blanches et fines sous des lèvrep r^Ujgpcs eiijs^ar' nues. Une ceinture tricolore, ^\iéa de loaojâre qa^'pu ci'.ça voyait presque que ie blaa^A ser^;;^ sa tallk^ adjpir^bleip£j)t prise; ji oette ceiu^uris fA^ijt un aab^ etiÊI^ÂeuJt p^sg^s deux pifilotets.

Il s'avança «eul v/ere la imrre* laifigaojt éerrièfe lui ses^ compagQoos, et, ^eo cet air de haute ioo^r tiu^nice qui u'4tait point £ncor-e descendu ju^qu^jt la bourgeûifiJ£« ou que la bonigGoim u'ayait pas eucofa ntkiat :

-^ Citoyjeufi représeutaut^) Mfil d'une yo|iç forte, et a'aûressant à Boissy d'Anglaa, pjéâideut die la €ooyeutà9U, jo vienfi vous annoncer, au nom da la sectioa mèm dont )'ai rhonueur d'étr£ le préaideut, £t au uom des quarauie-aept autres seciiena, lajseciiua d£S Quiuae-Vin^is seule nous faisant défaut, je vien« tuiu; anaoucer qua vos pouvoirs vous sent retirés, et que votre fâg&e «et fini. Nous approuvons la Coustitution, mais iumis repmijwona les décrjels : vous n'avez

pas le droit de vous nommer Yous-mômes. Méritez nos choix, ne les commandez pas.

— La Convention ne reconnaît le pouvoir ni de la section mère« ni des autres sections, répondit fioissy d'Ânglas, et elle traitera en rebelle quiconque n'obéira point à ses décrets.

-. Et nous, reprit le jeune homme, nous traiterons en oppresseur tout pouvoir qui voudra nous imposer uue volonté iUégale ! *

— Prends garde, citoyen I répondit d'une voix pleine de

menace, mais cahne, Boissy d'Ânglas. Nul n'a le droit d'élever ici la voix plus haut que le président de celte assemblée.

— Excepté moi, lui dit le jeune président, excepté moi, qui suis au-dessus de lui.

— Qui donc €s- tu?

"- Je suis le jpeuple souverain.

— Et qui soQOnes-nous donc, nous, qu'il a élus?

— Vous n*étes plus rien , du moment quUl s'assemble de nouveau, et vous retire les pouvoirs qu'il vous avait conliés. Nommés depuis trois ans, vous êtes affaiblis, fatigués, usés par trois ans de lutte ; vous représentez les besoins d'une époque passée et déjà loin de nous. Pouvait-OD, il y a trois ans, prévoir tous les événements qui sont arrivés? — Nommé depuis trois jours, moi, je représente la volonté d'hier, celle d'aujourd'hui, celle de demain. Vous, vous êtes les élus du peuple, soitl mais du peuple de 92, qui avait la royauté à détruire, les droits de l'homme à consolider, l'étranger à chasser de la France, les factions à comprimer, les échafauds à dresser, les têtes trop hautes à abattre, les propriétés à diviser; mais votre œuvre est faite : bien ou ma), peu importe, elle est faite, et le 9 thermidor vous a donné à tous

votre démission. Âujourd'iiui, hommes des jours orageux, vous voulez perpétuer votfe pouvoir, quaod aucune des causes qui vous ont fait nommer n'existe plus/ quand la royauté est morte, quand Pennemi a repassé nos frontières, quand les factions sont compriméeïi, que les échafauds sont devenus inutiles, quand, enflo, les biens sont divisés; vous voulez, pour vos intérêts privés, pour vos ambitions personnelles, vous perpétuer au pouvoir, ''nous commander nos choix, vous imposer au peuple! Le peuple ne veut pas de vous. A une époque pure, il faut des mains pures; il faut que la Chambre soit purgée de tous ces terroristes dont les noms> sont inscrits dans l'histoire sous les titres de septembriseur* et de guiilotineurs ; il le faut, parce que c'est la logique dela situation, parce que c'est l'expression de la conscience du peuple, parce que c'est entin la' volonté de quarante-sept

sections de Paris, c'est-à-dire du peuple de Paris.

Ce discours, écouté au milieu du silence de Pétonnement, 'fut à peine interrompu par une pause volontaire de l'orateur, qu'un tumulte effroyable éclata dans l'assemblée et dans les tribunes.

Le jeune président de la section LePeletier venait de^lire tout haut ce que, depuis quinze jours, le comité royaliste, les émigrés et les chouans disaient tout bas à chaque carrefour de la ville.

Pour la première fois, la question était nettement posée entre les monarchistes et les républicains.

Le président de l'Assemblée agita violemment sa sonnette, et, voyant que son tintement était inutile, il se couvrit.

Pendant ce temps, l'orateur de la section LePeletier, une

main posée sur la crosse de ses pistolets, avait conservé le

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plus grand calmei attçi^dan^ ^ue jiç ^Uenpe p^ex^nlj 94 président de la Convention de lu^ réjpoQdre.

Le silence lut longi^jj^ j^ f§ ^e, gii^ çepei^^ani i} se fit.

Bo j^y .4- Aogla^ fil sJigne jq^i'il ali^il f^lor,

(7était tmm l'bommo qu'il fataU pour rippadre i m pfu^il orateur.

La hauteur menaçante de )-vin ellaU se lieurter à Torgueil dédaigneux de l'autre. L'aristocrate monarcbique avait parlé, l'aristocrate libéral allait lui répondre.

Quoique le sourcil fût froncé, Toeil sombre et presque sinistre, la voix était calme.

-^ A la patience de la ConventioB| dit-il, reconnaissez sa tpjrce» i^ous ito^s qui ayez entendu ^orateur qui vient de parler. Si quiebiue cbose de par^l à ^e que vient de nous dire le r4toyen président de la section Le Peletier avait été hasardé il y 9 quelques p)ois«4a)9S Cjctte enceinte, Je discours rebelle n'eût poij^t été écoulé jusqu'^ la fin. L'arrisslaiion de Toraleur eût été décrétée séance tenante, et, le lendemain, s^ tête fji^t tombée s^r r4cbafa]^. Q'est qu^, dans les jours sanglants, OB doute de tout, inônie de son droit, et que, pour ne plus douter, on anéantit l'objet du doute. Aux jours de calme et de force , nous n'agirons point ainsi, certains que nous sommes de notre droil^ attaqué par les sections, mais maintenu par la France entière et paf nos invincibles armées. -> Nous t'avons écouté sans impatience, et nous te répondons sans colère: Retourne vers ceux qui t'ont envoyé; dis-leur que nous leur donnons trois jours pour revenir de leur égarement, et que si, dans trois jours, ils n*ont pas volontairement obéi ^ux décrets^ nous les y contraindrons par la force.

— Et VOUS, dit le jeune homme avec la même fermeté, si, dans trois jours, vous n'avez pas déposé votre mandat ; si,'dans trois jours, vous n'avez pas rapporté les décrets; si, dans trois jours, vous n'avez pas proclamé la liberté des élections, nous vous déclarons que Par« tout entier marchera contre la Convention, et que la colère du peuple passera sur elle.

— C'est bien, dit Boissy d'Ànglas, nous sommes aujourd'hui au 4 vendémiaire.,.

Le jeune homme ne le laissa point achever.

— Au 13 vendémiaire, alors! répondit-il; ce sera une date de plus, je vous en réponds, à ajouter aux dates sanglantes de votre histoire.

Et, rejoignant ses compagnons, il sortit att fflilieu d'ettx, menaçant l'assemblée entière de son damier geste, sans que personne sût son nom; car, depuis trois jours seulement, il avait été, sur la recommandation de Lemaistre, nommé président de la section Le feletier.

Seulement, chacun se disait :

— Ce n'est ni un homme du peuple ni un bourgeois, c'est un ci devant.

TROIS GUEFS

Le même soir, la sectioa Le Peletier s'établit en son comité ceatral, s'assura de la coopération des sections de la Buttedes«Moulias, du Contrat-Social, du Luxembourg, du Théùlrt* Français, de la rue Poissonnière, de Brutus et du Temple.

Puis elle sillonna les rues de Paris de groupes de muscadins (muscadin est le synonyme d'incroyable, dans une expression plus étendue), groupes qui allaient criant :

— A bas les deux tiers !

De son côté, la Convention réunit tout ce qu'elle put de soldats au camp des Sablons, cinq ou six mille hommes à peu près^ et les plaça sous le commandement du générai Menou, qui, en 1792, avait été mis à la tête du second camp formé près Paris, puis envoyé en Vendée, où il avait été battu.

Recommandé par cet antécédent, il avait, au 2 prairial, été nommé général de l'intérieur et avait sauvé la Convention.

Quelques groupes de jeunes gens, criant : «A bas les deux tiers !» rencontrèrent les patrouilles de Menou, et, au lieu de 6e disperser lorsque la sommation leur en fut faite, ils répondirent à cette sommation par des coups de pistolet ; les soldais

répoûdirent aux coups de pistolet par des coups de fusil; lo sang coula. ^

Pendant ce temps, c'est-à-dire pendant cette même soirée du 10 vendémiaire, le jeune président de la section Le Peletier, qui siégeait au couvent des Filles-Saint-Tiiomas, lequel s'élevait ^ cette époque, juste à Tendroit où est bâtie la Bourse, remit la présidence de l'assemblée à son vice*président, et, sautant dans une voiture qu'il rencontra au coin de la rue Notre-Dame-des- Victoires, il se fit conduire dans une grande» maison de la rue des Postes, appartenant aux jésuites.

Toutes les fenêtres de la maison étaient fermées, et pas un rayon de lumière ne iîllrait au dehors.

Le jeune homme lit arrêter sa voiture devant la grande porte, paya le cocher; puis, quand la voiture eut tourné le coin de la rue du Puits-qui-parie, et qu'il eut entendu le bruit décroissant des roues, il fit quelques pas encore, dépassa la façade de la maison, et, voyant la rue bien solitaire, il frappa d'une façon particulière à une petite porte de jardin, laquelle s'ouvrit assez, vite pour faire comprendre qu'il y avait derrière elle une personne chargée de veiller à ce que les visiteurs n'attendissent point.

— Moïse ! dit Taffilié chargé d'ouvrir la porte.

— Manou ! répondit le nouvel arrivant.

Moyennant^cette réponse du législateur des Indous au législateur des Hébreux, la porte se referma, et le passage fut livré au jeune président de la section Le Peletier,

Celui-ci contourna la maison.

Les fenêtres étaient aussi exactement fermées sur le jardin que sur la rue; seulement, la porte du perron était ouverte, mais gardée par un second affilié. \

A celui-là, ce fut le nouvel arrivapt aui le premier dit :

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