‹ Les blasphèmesChapitre 2 sur 64 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Encore un siècle qui décline !

Et voici le vieux genre humain Qui redescend une colline Sans voir le bout de son chemin.' A chaque pas perdant un rêve Gomme un cheval fourbu qui crève.

Bien que l'existence soit brève Les jours lui paraissent trop longs.

Car ils sont vides, somme toute.

Au dernier tournant de la route A-t-il enfln lâché le doute.

Et savons-nous où nous allons ?

Nous avons bien à la matière Filouté deux ou trois secrets ;

i2 LES BLASPHEMES

La Nature, la reine altière, Se laisse approcher de plus près; Nos esprits, quoique noyés d'ombres, Ont su calculer quelques nombres Et tirer d'un tas de décombres De quoi faire un maigre tableau; Oui, mieux que la race première, D'une main sûre et coutumière Nous nous servons de la lumière, Du sol, de Tair, du feu, de Teau;

Oui, puisant à l'intarissable , Nous avons ramené du puits Un seau plein de ces grains de sable Que nous nommons des faits... Et puis?

Avec tous nos points de repères, Te voyons-nous mieux que nos pores, fond, fond qui nous désespères.

Fond obscur, fond mystérieux?

Pour avoir fait glose sur glose Nous croyons savoir quelque chose ; Mais la Cause de tout, la Cause, Qui donc la tient devant ses yeux?

Qui donc va crier à ses frères :

« Voici les voiles arrachés î

Page 1