LA MIGNOTE
Fille de Bohème aux yeux d'alouette,
Aux cheveux en vrille, aux petits pieds courts,
J'achetais jadis d'une pirouette
Les sous qui pour moi pieu valent dans les cours.
Maintenant je suis la belle des belles.
J'ai des amoureux dans le monde entier.
Et sans qu'on me paie impôts et gabelles, Ainsi que le roi, j'ai mon argentier.
Dâûs les carrefours mon nom se pavane Sur des plaques d'or montrant le chemin Par où rétranger vient en caravane De lointains pays pour baiser ma main.
Rien qu*à déplisser mes lèvres hautaines, Rien qu'à laisser voir le bout de mes seins, J'ai fait déloyaux de vieux capitaines, J'ai fait renégats des apôtres saints.
J'ai vu, tout fondus en larmes amères, Mourir des enfants que j'avais damnés.
J'ai vu sous mes pieds sangloter leurs mères Que je relevais pour leur rire au nez.
Je rends fou le sage et gai le morose; Et Tagonisant revivrait soudain S'il-pouvait flairer le bouton de rose Dont s'enorgueillit mon secret jardin
J'aurais l'Empereur, le Pape lui-même; J'aurais leur bon Dieu, si je le voulais.
Mais je n'aime pas ce troupeau qui m'aime, Ces fronts de vaincus, ces cœurs de valets.
LA CHANSON DU SANe 209
J'aime un. argotier au mufle de fauve, Aux yeux de vieil or, aux reins embrasés, Qui seul fail craquer mon lit dans l'alcôve Et mon petit corps sous ses grands baisers.