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LES NOMADES

Les Huns I les Bohémiens I les races vagabondes ! O clameurs ! tourbillons ! Les Bohémiens t les Huns ! O mon sang, qui plus vif dans mes veines abondes, Sens-tu leur vent rapide et plein d'acres parfums?

Le Nomade! Oui, ce nom, tout mon sang le répète. Ses globules, dans un tumulte plus ardent, Ainsi qu'à des appels furieux de trompette Redoublent à ce nom leur flot cavalcadant.

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Le Nomade! C'est lui dont les fauves passages Ont laissé dans mon moi depuis ces jours anciens Leur marque indélébile à travers tous les âges. Mes rêves d'aujourd'hui, ce sont toujours les siens.

Oui, oui, je me souviens. J^écoute. Je savoure. Chantez, chantez plus fort, chantez tous à la fois, globules ! Battez vos marches de bravoure I Les voilà, mes aïeux, les voilà ! Je les vois.

Avant les Ary as laboureurs de la terre Qui la firent germer sous leurs lourdes sueurs Et qui mirent des Dieux dans le ciel solitaire, Vivaient les Touraniens nomades et tueurs.

Ils allaient, pillant tout, le temps comme l'espace. Sans regretter hier, sans penser à demain.

N'estimant rien de bon que le moment qui passe Et dont on peut jouir quand on l'a dans la main. .

Ils allaient, éternels coureurs toujours en fuite. Insoucieux des morts, ne sachant pas les Dieux, Et massacraient gaîment pour les manger ensuite Leurs enfants mal venus et leurs parents trop vieux.

Libres et fiers, exempts de toute idolâtrie, Ils méprisaient les lois, les sciences, les arts. Ils n'avaient ni foyer, ni temple, ni patrie, pjt ne croyaient à rien si ce n'est aux hasards.

Oui, ce sont mes aïeux, à moi. Car j'ai beau vivre En France, je ne suis ni Latin ni Gaulois.

J'ai les os fins, la peau jaune, des yeux de cuivre, Un torse d'écuyer et le mépris des lois.

Oui, je suisleurbâtardi Leur sang bout dans mes veines, Leur sang, qui m'a donné cet esprit mécréant, Cet amour du grand air et des courses lointaines, L'horreur de l'Idéal et la soif du Néant.

Que de fois, dans les champs déserts, sur les rivages,

La nuit, ai-je entendu, frénétique et joyeux,

Des galops enragés, des musiques sauvages.

Qui versaient dans mon cœur le cœur de mes^ aïeux I

Et je les redirai, ces chansons de voyages Pleines d'orgueil farouche et d'appétit brutal, Parlant de liberté, de meurtres, de pillages. Sur des rhy thmes criards aux rimes de métal.

Tant mieux si ces chansons, âpres, aigres, pareilles A des hennissements parmi des bruits d'essieu, Font grincer la mâchoire et saigner les oreilles Aux fils des Aryas, ces inventeurs de Dieu!

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