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L OR DES CRÉPUSCULES

Soir de la V

le

J'eus ce rêve. Le temps, dans sa course arrêté. Avait d'un geste bref mis un terme à la vie, Et, les yeux détournés de la route suivie. Je me tenais debout devant l'éternité.

L'ombre semait au loin l'horreur et l'épouvante. Autour, tout s'écroulait dans l'abîme profond. Et l'incommensurable, en mystère fécond.

Faisait de cette nuit comme une mer mouvante. Tout était dévasté, les êtres n'étaient plus : Les choses me semblaient un amas de ruines; C'était la fin des fins... L'arbre, dans ses racines. Et les chênes, témoins des âges révolus. Arrachés, se penchaient sur les torrents. Les fleuves Recelaient en leurs flancs de sinistres échos. Clamant le règne immense et sombre du chaos; Et les vieux océans, ô plage, où tu t'abreuves. Mêlaient leurs bruits d'enfer au gouHrc épouvanté... C'était la fin des fins, c'était la fin du monde.

Et moi j'avais fini ma course vagabonde Et me tenais debout devant l'cternitt^.

Or, dans les profondeurs mêmes, où les rafales Mêlaient leur long murmure aux sanglantes rumeurs, L'on entendait monter d'effroyables clameurs, Comme un vivant blasphème, aux cimes triomphales C'était la grande voix des hommes expirant. Leur plainte me semblait, solennelle et farouche. S'échapper d'un seul cœur et d'une même bouche. Et, prêtant mon oreille à ce cri déchirant, J'entendis, dominant la tragique tourmente. Ces paroles :

« Enfin, le jour heureux a lui Où la mort nous délivre à jamais de l'ennui. Depuis assez longtemps que la vie alimente En nous le noir regret qui trompa nos destins, Nous avons trop vécu, sachons mourir sans crainte. Tombons dans l'infini des espaces, sans plainte; Oublions à jamais les souvenirs lointains. Il fut un temps où l'homme heureux et sans alarmes, Affranchi de l'orgueil, buvant au pur ruisseau, Ayant le ciel pour toit, les mousses pour berceau. Ignorait la douleur et l'àprelé des larmes. Alors, nulle cité n'avait dressé son mur; Le sang était vermeil et l'âme était virile; Le rêve était serein et la raison docile. Et l'on se contentait d'aimer un coin d'azur... Mais nous étions d'un siècle où, vaste fourmilière, La haine et les désirs, toujours inassouvis.

l'or des crépuscules 21f

A d'éternels liens nous tenaient asservis.

Sur le monde déchu dominait la matière.

Il existait en nous un malaise inconnu;

Nos fronts vides étaient rongés par l'amertume,

Et, comme un feu d'enfer qui lentement consume.

Monstre de cruauté, l'on ne sait d'où venu.

Il existait en nous un certain mal de vivre.

Un mal universel qui prend dès le berceau

Et qui plonge le cœur vivant dans un tombeau;

Un mal qui tue et dont pourtant l'homme s'enivre;

Un mal qui fait haïr les rayons du soleil,

Les prés, les bois, les champs, et la rose épulséi^".

Qui tarit la fraîcheur des gouttes de rosée

Et les illusions brèves du soir vermeil;

Et, de ses dents de fer puissantes et voraces.

Le monstre a dévoré vos seins, morts qui dormez!

Il a broyé vos fronts et les a consumés.

Il a brisé l'amour et décimé les races! »

Ayant ainsi parle, la grande et ti iste voix S'engloutit à jamais dans la chute des mondes, Et l'écho très lointain des paroles profondes M'apporta sa tristesse une dernière fois.

Et, les yeux détournés de la route suivie. Je me tenais debout devant l'éternité... Impassible, le temps, dans sa course arrêté. Avait d'un geste bref mis un terme à la vie.

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2l6 LES BLESSUKCS

Océan

J'ai contemplé la mer du haut de la falaise. Elle remplissait l'air de ses cris arrogants. La mer, la grande mer que nul repos n'apaise. Se laissait emporter au gré des ouragans.

Par formidables bonds jaillissant des abîmes, Houles, blondes vapeurs, écumes, tourbillons, Renaissaient du chaos, s'élançaient vers les cimes Et laissaient derrière eux d'innombrables sillons.

Sa détresse montait en un grave murmure Qui, lugubre toujours et jamais amoindri, Pareil au choc terrible et strident d'une armure, Heurtait avec fracas le rivage meurtri.

Puis, s'éloignant soudain des immenses jetées. Les vagues, une à une, exprimant leurs regrets, Convulsives et par une force emportées, Avaient en s'en allant de sinistres reflets.

l'or des crépuscules 317

O caprice du vent et du remous des lames! Quelquefois, un appel des gouffres infinis Me redisait l'angoisse immortelle des âmes Et des mornes échos dans le soir réunis.

Ou parfois sa tristesse, empreinte de délire, Clamait l'éternité d'incurables douleurs; Ou, comme les accords langoureux d'une lyre, M'arrivait dans le vent l'âpreté de ses pleurs...

J'ai contemplé la mer d'où montaient des étoiles, Du haut de la falaise et dans le soir vermeil, La mer sans goélands, sans nuages, sans voile-;. Témoin de l'agonie étrange du soleil.

J'ai regardé la mer dans l'or du crépuscule, Dans l'cblouissement de l'espace emporté; Et tristement mon âme, où l'ombre s'accumule, A salué la mer en son immensité!

Mer indomptable! Mer aux plaintes dérisoires. Toi qui sèmes l'horreur et creuses des tombeaux. Qui plonges à jamais en tes profondeurs noires Les pauvres naufragés du monde par monceaux.

Salut! Je viens à toi. Ta colère me hante. Et je suis torturé par un mal inconnu. Comme toi, je m'en vais en proie à l'épouvante, Et, pour t'interroger, vers toi je suis venu.

3l8 LES tLESSURES

Tu te dresses, ce soir, en crêtes triomphales! Ton flot au noir remords est-il donc condamné? Que ne recherches-tu des grèves sans rafales Où le repos enfin saurait t'élre donner'

l'ortcs-tu dans ton sein les raisons de la vie? Quel germe t'anima? De quel profond nc'nnt Tires-tu ta genèse? E$-tu donc asservie Au hasard qui t'entraîne, ô tragique océan?

D'où vient l'infinltë des sanglots et des raies Que ta fureur vomit comme un blasphème aux cieu Et pourquoi ta douleur, par les nuits sépulcr<If<i A-t-elle fait ton coeur à jamais anxieux?

As-tu jamais connu le but de tes voyages. Océan qui t'en vas vers un pays lointain? Et toi, qui parcourus le long chemin des âges, Entrevois-tu sans peur l'avenir incertain?

Tu diriges tes pas vers le mystère et l'ombre! Et, si tu vis crouler les empires mortels. Le temps inexorable et l'espace et le nombre Te cachent-ils enfin leurs secrets éternels?

Océan, nul ne sait vers quelle destinée Roulent les continents et les mondes détruits ! Sans connaître le but de leur course effrénée, Aveugles, nous marchons dans l'énigme des nuits.

l'or des crépuscules 219

Plus brillantes jadis que la beauté des astres, Grandes dans leur splendeur, les antiques cités. Gisant parmi les noirs débris et les désastres. Ont brisé leurs autels et leurs divinités.

Nous portons l'atavisme et la tare suprême; L'inavouable envie a nourri notre orgueil; Nous cherchons vainement l'impossible problème De l'inconnu, brisant nos fronts contre l'écueil.

Amour, orgueil, folie, espérances des âges, Comme les mers roulant leurs flots échevelés. Vous vous précipitez vers d'étranges rivages : Si nous pouvions savoir où vous vous en allez!

Les Blessures i

Le Corbeau 5

Les Ruines 8

Mystère 10

Saisons de la Vie 12

Monotonie 13

Fatalité 14

Le Bonheur 15

Obsession 16

Étranger 17

La Glaneuse 18

Le Passé 20

Convoi funèbre 21

Le Vase de Tristesse 27

Oubli 28

Impuissance 29

Tourment 30

Épilaphe } i

Regrets 32

Tempus edax rerum 33

Ma Chambre 36

Printemps de la Vie

Rêve d'Artiste 41

Printemps tardif 42

Papillons 44

Les Rêves 4J

Renouveau 46

Premier Chagrin 48

Printemps disparu 50

Saisons de l'Amour

Saisons de l'Amour 55

Amour 56

L'Abeille • S7

Les Lilas 58

Orion 59

Ignoti sacra Famés 61

Le Règne du Silence 62

Incantation 63

Jardin des Larmes 66

Conseils 69

TABLE 22f

Aurores fleuries

Aurore fleurie 75

Extase 76

Marguerites 78

Solitude 79

Aube 80

Matin 81

Après-Midi 82

Crépuscule 85

Eté de la Vie

Les Lys 87

Sonnet amoureux 89

Demi-Clair de Lune 90

Les Roses 95

Baisers perdus 94

La Charmille 9^

Nature Morte 97

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