VERS LA SPLENDEUR DES CIMES I
Siriu:
REINE des profondeurs, ô vase de lumière! Sirius, immobile au désert de l'ennui, Quand dans les soirs sereins tu brilles la première, La blanche vérité m'apparaît dans la nuit.
Car ta splendeur m'apprend que i iiicnc instière. N'ayant rien du néant, jamais ne se détruit; Que rien ne doit mourir et que la vie entière Renaît avec le jour lorsque l'ombre s'enfuit.
Tu me dis que la suite innombrable des races Dans les mondes lointains habitent les espaces. Que la beauté toujours eut d'immortels printemps.
Que l'être est résulté d'une aveugle énergie
Dont il ne connaît pas l'invisible magie
Et qu'il porte à son front l'éternité des temps.
L'Homme aux Étoiles
%A Gon^aîve 'Dtiaulmen.
POETE au front hautain, qui, le coeur plein d'envie, Aspires de tresser une gerbe de fleurs En cueillant par delà les sphères et la vie Des étoiles sans nombre aux troublantes couleurs,
L'inconou te tourmente et t'obsède sans trêve, Et tu voudrais monter aux célestes jardins; Mais les jardins d'en haut sont si loin de ton rêve Que tes efforts pour les atteindre seraient vains.
Ne t'afflige donc pas si dans les nuits sans voiles Ta chimère s'abîme au néant du désir; Les astres sont des fleurs qu'on ne saurait saisir : Ne t'attarde jamais à cueillir des étoiles.
Reste ici-bas. Mieux vaut conserver dans sa main La fleur que l'on respire et d'amour imprégnée. Car, de toutes les fleurs moroses du chemin. L'étoile de ton rêve est la plus éloignée.
L'Or des Crépuscules
Aux Étoiles
ASTRES, divines fleurs aux profondeurs écloses, Lumières qui rendez soucieux notre front, Pourquoi me cachez-vous les effets et les causes, Muets contemplateurs du firmament profond?
L'obscurité du doute en mon esprit pénètre Quand j'affronte, le soir, votre regard divin; Et l'abîme se fait plus sombre dans mon être Chaque fois que mon cœur vous interroge en vain.
Qui donc pourra savoir d'où vous êtes venues Et comprendra le sens de vos lointains printemps? Étoiles, vos splendeurs me restent inconnues, Et ma raison s'égare en l'espace et le temps!
Qui pourra calculer le nombre des atomes Jetés dans l'au-delà du silence éternel? Astres vivants ou morts, mystérieux fantômes. Pourquoi demeurez-vous muets à notre appel ?
2U4 LES BLESSURtS
Que ne d<fvoilez-vous devant nos yeux avides
L'impalpable, la blanche et sainte vérité,
Si par delà l'cthcr les cicux ne sont pas vides
Et si nous devons croire en l'immortalité?
l'or des crépuscules aof
Le Scaphandrier
LES spirales du gouffre ont un charme profond. Tu plonges, ô savant, où le câble te mène. Vers la nuit, entraînant ton boulet et ta chaîne Lourdement avec toi dans l'Océan sans fond.
Et je te vois descendre, ô la raison humaine! Comme un scaphandrier qui s'élance d'un bond. Conduisant au hasard ton espoir vagabond, Sans te douter qu'un jour tu mourras à la peine.
Ah! tu peux t'agiter au bout du fil tenu. Dans l'inconnu des mers où nul n'est parvenu. Scaphandrier humain, d'un vain songe victime.
Pauvre adepte impuissant du mystère sublime, Tu me parais, avec son casque biscornu. Un pantin grimaçant qui se meut sur l'abîme.
2o6 LES BLESSURES
Matérialisme
EN ce siècle où le doute a franchi la limite De l'antique croyance et de sa sainte ardeur, On regarde le ciel avec moins de candeur. La superstition hninainL- n'est qu'un m\the.
L'inaltcrable foi des anciens périclite,
Et l'homme cherche en lui les lois de sa grandeur;
La matière triomphe, et dans la profondeur
De l'âme on scrute en vain Dieu qui s'est fait ermiti
La Nature devient un vaste enchantement; La Raison, proclamant l'éternité des choses, Assujettit le monde à des métamorphoses,
Faisant de l'existence un recommencement; Et devant la clarté des étoiles sans nombre L'impassible néant n'est plus qu'une grande ombre.
l'or des crépuscules 207
Le grand Fleuve
^ George 'HjDrmanJy.
DANS sa force toujours vivace et rajeunie, Son flot vibrant, semblable aux appels des clairons. Le grand fleuve, emporté dans sa course infinie, Magnanime, apparait faisant rêveurs nos fronts.
Venu du fond des temps dont il porte les traces, Il vit des jours sans nombre et d'implacables nuits; Tant de siècles l'auront vu passer, tant de races, Et tant de bords anciens qu'il peupla de ses bruits
Entendirent sa plainte aux rythmes innombrables. Qu'on ignore quels monts aux lumineux sommets Trempèrent les premiers dans ses eaux vénérables Leurs rocs majestueux ou leurs vierges forêts.
De ses secrets passés nul n'entr'ouvrit les voiles. Peut-être existe-t-il de toute éternité, Ayant toujours vécu sous les mêmes étoiles, Resplendissant de gloire et de mâle fierté.
2o8 LES BLiSSUKtS
Peut-être a-t-il r«5gn<5 sur le passé du monde, Consolateur profond du regret et du deuil. Ayant toujours porté sa semence féconde Et prodigué la vie aux champs avec orgueil.
Peut-être est-il issu des antiques desastres. Alors que, surgissant de l'abîme indompté. Il voulut d'un seul coup s'élancer vers les astres, Dans un très lonp frémissement de liberté.
Aux siècles fabuleux des k-gcndcs anciennes. Alors que l'homme errait aux sentiers toujours verts, Peut-être apparut-il aux croyances sereines Comme un dieu tout-puissant gardien de l'univers.
Peut-être a-t-il prédit les sombres destinées, Ou fut-il du premier des peuples le berceau, Ou peut-être vit-il, aux soirs de leurs années. Les empires croulant marqués du même sceau.
Sans arrêter le cours de son lointain voyage, Dans la splendeur des prés et sous les soleils d'or, Il portait SCS flots bleus de rivage en rivage. Et, pourt.int harasse, recommençait encor.
Et maintenant, gonflé de sa puissance, il passe. Mirant, ainsi qu'aux jours anciens, les grands cieux purs. Il remplit de sa voix grandiose l'espace Et nous annonce enfin l'aube des temps futurs.
l'or des crépuscules 309
Il présage déjà la nouvelle logique Que les peuples savants demain proclameront; Et l'humaine science en sa grandeur magique Devant qui les erreurs grossières tomberont;
Le triomphe éclatant des sublimes pensées; Le changement des lois et les dogmes vieillis, Et nos vaines vertus par d'autres remplacées, Et les cultes d'hier à jamais abolis;
La lutte pour le vrai, les doctrines des sages, La raison inclinée aux doutes éternels.
Ht l'insondable amour avec ses vains mirages A qui de siècle en siècle on dressa des autels.
Il coule, irrésistible et rempli de lumière, Triomphal précurseur des combats à venir; Et ses eaux, renaissant de leur force première,
Impétueiisoinont roulent vers l'avenir.
Et, debout sur la rive aux sables sans limite.
Seule et prêtant l'oreille aux murmures des vents.
L'humanité contemple; et le rêve médite
Devant le fleuve immense aux flots toujours mouvants.
Lâcheté
QUE crains-tu de la mort et de rëternité, Si l'être doit survivre aux souffrances humaines.' Et si tu crois encore en l'immortalité, Lâche, ne vois-tu pas que tes craintes sont vaincs?
Quel crime as-tu commis? de quoi t'accuses-tu?
Tu te fais un remords de l'air que tu respires?
Et, pour avoir failli, tu te crois sans vertu
Sans comprendre qu'autour de toi d'autres sont pires?
Tu n'oses pas chercher les problèmes abstraits. L'insondable pourquoi des effets et des causes? Si tu crains le péché qui laisse des regrets, Que ne le scrutes-tu dans ses métamorphoses?
Tu sais bien que les lois guidant le genre humain Passent, et qu'ici-bas notre pensée instable. Niant le mal hier, l'approuvera demain; Que l'humanité change et n'est pas immuable.
l'or des crépuscules 211
Pourquoi t'éblouis-tu de calculs mensongers Dont les textes vieillis ont fait une science? L'histoire tourne autour d'arguments passagers. Il n'est qu'une lumière en nous : la conscience.
C'est en elle qu'il faut chercher la vliuc.
Toujours la conscience a dirigé la vie
Et reste le rayon de sereine clarté
Qui fait notre cœur pur, sans haine et sans envie.
Elle créera pour nous le dogme tout-puissant Dont notre âme toujours devra suivre les traces. Sa morale, soleil en nous resplendissant, De sa loi bienfaisante éclairera les races.
Elle dit que le rêve a son gouffre béant. Que rien ne disparaît des mondes et de l'être, Et que nous ne devons jamais croire au néant, Et que l'atome doit de l'atome renaître.
Elle dit que le moi ne meurt pas tout entier. Que nous devons souffrir sans proférer de plainte. Elle dit qu'ici-bas, quel que soit le sentier, L'homme doit s'en aller sans remords et sans crainte.
Interroge le monde avant de le blâmer.
Ne crois pas que le doute en toi soit une chute. Ne va pas par l'affront te laisser désarmer. Et que ta volonté soit prête pour la lutte.
212 LES BLESIURES
Méprise i'inscnsë qui, plein de lâcheté, Craignant tout de la mort, tremble devant la vie. La peur est une insulte à la mâle fierté. Et Tâmc sans courage est une âme avilie.
Si, pour avoir douté de l'univers qui ment.
Tu frémis de terreur en pensant au grand somme,
Si tu crois que la mort est un noir châtiment,
H \ .iiiilrair miLMix pour toi de n'être pas un homme.
Si la vérité pure est un mont escarpé, Si l'inconnu te fuit et se cache en ses voiles, Reste impassiblement dans ton orgueil drapé Et meurs sans redouter le regard des étoiles!