SCÈNE PREMIERE
BAGNOLET, seul. Il est en train de savonner.
Il est cinq heures du matin , tout dort
encore dans la nature... tout, excepté moi,
que l'amour tient éveillé... l'amour et le sa-
vonnam"!... oui, je suis contraint de me
blandiir moi-même , surtout maintenant
qu'Arihémise étant revenue, je tiens à être
coqueL.. Ah! \oiih qui est fini; à présent
étendons tout mon linge : un mouchoir, trois
chau>settes, un faux col. (// étend sur une
corde le» objets qu'il désigne au fur et
" mesure.) Il n'est pas nombreux mon
-:e...ça n'est pas la place qui lui manque...
i . >i le cas de due... il danse sur la corde...
J'ai peut-être fait une boulette en installant
Arthéniise en face de moi... généralement,
plus on est en face, plus on voit., je n'avais
pas songé à cet effet d'optique. Tiens, et
mon eau de savon qoe j'oubliais de jeter...
A cinq heures du matin, c'est bien le diable
• ^ elle m'aperçoiL.. ( Il prend la cuvette et
proche de la fenêtre.) Ciel!... Arthé-
'... déjà levée!... la malheureuse! C'est
amour qui l'empêche de dormir... Elle
bou2;e pas de sa fenêtre. Oh ! une idée !
>iiadons-lui que j'ai encore le domestii|ue
ju elle m'a connu jadis!... oui, eumevêtis-
sant de ce que j'ai conservé de sa livrée... { // va ouvrir le tiroir de la table, et y prend une manche rouge.) Diable! voilà tout ce qu'il m'en rette de la livrée, une manche de gilet.. Après ça, eu ne passant qu'un bras par la fenêtre... elle supposera que le reste est vêtu de mèiue; c'est ça... (// y^a^^e 7a manche à son bras droit. ) Déguisons toujours ceci en groom... Au fait , mon domestique a été si longtemps mon bras droit, que mon bras droit peut bien aujourd'hui passer pour mon domestique. . là, maintenant..
[Très-haut, comme s'il s'adressait à quelqu'un.) John î videz cette cuvette, et préparez mes essences. {Imitant l'accent anglais.) Yes, yes, mylord. . . je faisais cette chose tôt de souite!...(7//>rend levasc, s' approche de la fenêtre , ne laissant voir que le bras couvert de îamanche rouge.) C'estdélicieux. .. je suis sûr que ça prend très-bien ! ( // se retire et élevant encore la voix.) C'est bien... maintenant, John, apportez-moi mes bottes... [Reprenant l'accent anglais.) Vos bottes, mylord... ils n'étaient pas encore nettoyées... [Voix naturelle.) Pas encore nettoyées... comment , drôle , vous n'avez pas ciré mes bottes ! [Avec l'accent anglais) Voilà, voilà, mylord... né impatientez pas vo... je dépéchais moà... (h frotte très- fort Ici la porte du fond s'ouvre doucement; Àrthémise pa-
MAGA.S1N THÉÂTRAL
raît, et écoute sans être vus.) Allons donc... plusvitequeça,vousn'en finissez pas, John...
ARTHÈMisÊ , à part. Ah ! ça, qu'est-ce qu'il dit donc, avec son jaune?
BAGNOLET. Yès, yès, mylord. Je dépéchais moi, très-fort., très... {Il se retourne et aperçoit Ârthémise, qui est entrée depuis un instant et a tout observé. Il laisse tomber sa botte et reste pétrifié.) Oh!
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