‹ Les bohémiens de Paris; drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 38 sur 51 · MONTORGUEIL, LOUISE · texte numérisé non relu

MONTORGUEIL, LOUISE

LOUISE. Enfin, j'ai pu m'échapper... Ce bruit, cette gaieté me faisaient mal. Mais que peut me vouloir cet homme?... il s'agit de Paul, m'a-t-il dit?

MONTORGUEIL. Pardou, madame; je viens auprès de vous de la part d'un ami commun, de Charles Didier.

LOUISE. Charles! lui serait-il arrivé quelque malheur?

MONTORGUEIL. Rassurcz-vous , madame, vous n'avez rien à craindre , pour lui du moins.

LOUISE. Mais pour qui donc alors ? MONTORGUEIL. Pour notre pauvre Paul.

LOUISE. Grand Dieu !

MONTORGUEIL. Il est obligé de se cacher, de quitter Paris.

LOUISE. Se cacher !

MONTORGUEIL. Oui, madame; poursuivi pour une somme très-considérable... Vainement pour le sauver nous avons épuisé toutes nos ressources, son frère et moi; nous n'avons pu ravoir qu'une partie des •acceptations qu'il a follement souscrites; ettenez, en voici une... une seule, au profit d'un M. Digonard, qui s'élève à 200,000 francs. Voyez...

LOUISE. Oui, c'est vrai, c'est bien vrai! MONTORGUEIL. Il faut douc qu'il parte au plus tôt, sa fuite est convenue, assurée. . . Vous, madame, Charles désire qu'au plus vite vous mouliez en voiture pour vous rendre à Tours; c'est là, c'est au pays, que Paul doit vous rejoindre,

LOUISE. Partir sans lui ! oh I jamais 1 jamais !

MONTORGUEIL. Que dites-vous?

LOUISE. Je dis, monsieur, que s'il court des dangers, mon devoir est d'être près de lui; que je ne dois, que je ne veux m' éloigner qu'avec Paul.

MONTORGUEIL. Mais si c'était impossible. .. si pour sa sûreté il était nécessaire qu'il partît seul?

LOUISE. Pardonnez-moi, monsieur, mais j'ai tant souffert que mon cœur a désappris la confiance, et je ne vois plus autour de moi que pièges et que trahison. .. Je sais d'ailleurs qu'on a voulu m'enlever Paul pour toujours, je sais qu'on a voulu le marier à une autre... et aujourd'hui, si l'on ne cherchait à m'éloigner que pour accomplir ce mariage. . .

MONTORGUEIL. Que dites-vous?, LOUISE. Que je suis injuste , queje suis folle, peut-être, mais que je ne partirai qu(^ bien certaine qu'il ne peut en épouser une autre.

MONTORGUEIL. Ah !... pour celaque ferezvous, madame?...

LOUISE. Je verrai cette demoiselle Desrosiers.

MONTORGUEIL, bas. Diable!

LOUISE. Je lui dirai les liens qui m'unissent à Paul... ses serments... mon amour... toute ma vie et la sienne... et quand elle saura tout, alors je partirai tranquille, alors j'irai l'attendre.

MONTORGUEIL, à part. Allons... c'est elle qui l'aura voulu ! {Haut.) Vos soupçons sont légitimes, madame; eh bien, faites mieux, voyez-le vous-même.

LOUISE. Paul! oh! oui, oui; je vous remercie, monsieur; que je le voie, cpie je lui parle... et après j'aurai de la résignation, du courage.

MONTORGUEIL. Vous le Tcrrez.

LOUISE. Mais oij donc?

MONTORGUEIL. Près d'ici, où il se cache, de peur d'être arrêté... où je dois aller ce soir le prendre avec une voiture, à l'entrée des carrières Montmartre, au bout du village d'Orsel, dans la maison du gardien de jour. .. LOUISE. Et vous êtes sûr que je l'y trouverai? , MONTORGUEIL. Lui, OU uu homme qui vous conduira près de Paul... un homme auquel pour vous faire connaître , car la prudence est nécessaire, vous direz une phrase mystérieuse dont nous sommes convenus: J'ai vu mourir Marie Hubert!

LOUISE, aï) ecéfonnemenf. J'ai vu mourir... Marie Hubert! Ociell... mais pourquoi ces! terribles paroles?

MONTORGUEIL. Avçz-vous peuT de les pro-, noncer?

LOUISE. Peur! non. C'est Paul qui les a choisies, n'est-ce pas ?

MONTORGUEIL. Lui-mêmc !

LOUISE. Alors je n'hésite plus... Le trouverai-je maintenant?

MONTORGUEIL. Oui...

On entend les rires de la noce.

LOUISE. Adieu, monsieur.

Elle va pour sortir.

IMb miUMlt^b 1)1: l'AKii.

MONTOKCiKii- Arri'tez!.. l nniotd tsl II' M'ul mo)en de vousdéculerà I I.OLISE. Oh! le seuil MONTORGUEIL, ovec résoluUon. Adieu donc, madame...

LOI ISE. Adieu!...

Elle Mit, et toute U noc« entre gtienent ra scène.

SCÈxNE VII.

.MONTORGUEIL, ARTHÉMISE, LA NocE, puis PLL'RE D'OIGNON, puis BAGNO- LET.

ARTHÉMISE. Dieu de Dieu I que c'est amusant les balançoires!... j'adore les balançoires!... Tiens! monsieur, tous v'Ià tout seul; où est donc passé mon mari?

MOrsTORGi EiL . Votre mari ?. . . [yi part. ] Je l'avais oublié... [Uaut.) Rassurez-vous , ma belle impatiente; on va vous le rendre votre mari...

v\x?i.Y.Tit oicy^as , entrant précipitamment. Ouf! enfin me v'ià moi... Pardon, excuse, tout le monde et la compagnie. .. mais voyezvous, l'ouvrage pressait... [Voyant Moniorgueil. ) Tiens. . . serviteur, monsieur ! Eh bien, la maison de votre ami , c'était une Gère bicoque, allez : dès le premier coup de pioche, patatra... toute la masure s'est écroulée... et à présent les trois étages sont dans la cave.

MONTORGUEIL, bas. Tout est donc fini?

Signe de tète affirmatif de Plure d'Oignon,

ARIITÉMISE. Ah ça, inai>, nioti iii^iu ..OÙ est-il doue?

MON II est là, dans ce pavillon. . .

ARTi. Dans ce pavillon!... ah!...

bah!... yLlle a;>f>e//e.) Bagnolet!... lUais il ne répond pas. . .

MONTORGUEIL. Je suis pourtant bien sûr... (// pousse la porte.) Hagnolet!

TOUS, criant. Bagnolct! Bagnolet!

BAGNOLET, paraissant pâle et défait. Me voilà... me voilà... Est-ce que vous m'appelez depuis longtemps?

MONTORt.UEiL. Mais sans doute. Que faisais-tu donc 7

RAGNOLET, à part. Ah ! je suis revenu à temps. {Haut.) Moi. je. .. m'étais endormi,

ARTHÉMISE. Endormi le jour de son mariage... Eh bien, ça promet., mais pourquoi donc êtes-vous si blême .

RAGNOLET. Si blême 1... ah! c'est que... c'est que j'ai fait un rêve... un rêve atroce.

TOUS. Un rêve !

BAGNOLET, à part. Il m'observe ! {Haut.) Oui, je vous conterait ça pour vous égayer.

ARTHÉMISE. Allous, allons; à présent, en place pour la contredanse!

TOUS. En place pour la contredanse!

On se met en place.

MONTORGUEIL, à part. Ceci n'est pas clair! {Bas à Plure d'Oignon , en lui montrant Bo'jnolet.) Ne le perds pas de vue! A tout prix, il me faut son silence.

PLURE d'oignon. Ça sufot , j'attends !

On crie : la Chaîne anglaise ! La tuile tombe-.

L'entrée des carrières de Montmartre.

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