‹ Les bohémiens de Paris; drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 45 sur 51 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

Les mêmes, CRÈVECOEUR, mis plus proprement et le bras eii écharpe.

CRÈVECŒUR. Ah ! te voilà!... te voilà!... je te cherchais partout

ARTHÉMiSE. Tiens, quel changement! il ne se ressemble plus.

LOUISE. Je croyais que vous reposiez encore, mon père.

CRÈVECOEUR. Non, non ; mais quand je ne te vois pas , quand je n'ai pas ma lille , là , auprès de moi , je suis tout troublé , tout inquiet., j'ai toujours peur que mon bonheur ne soit qu'un rêve : il faut que je te voie , que je te parle , que je t'entende, pour être bien sûr que je t'ai retrouvée.

ARTHÉMISE. Ah! dame, c'est que vous avez été fièrement longtemps privé d'elle.

CRÈVECOEUR. Oh! oui , trop longtemps...

je ne suis pas encore fait aux nouvelles joies de mon cœur ! et je vois bien que quelquefois on se moque un petit peu de moi dans cette maison de braves gens où on m'a recueilli.

LOUISE. De vous , mon père ?

CRÈVECOEUR. Eh oui ! oui. . . parce que je j suis partout comme un enfant , parce que je te dévore des yeux , parce que je répète à chaque instant : Ma fille , ma fille ! ça les étonne ; ils croient que c'est un peu de folie ; il n'y a que nous deui qui sachions que c'est beaucoup de bonheur.

ARTHÉMISE, étitue. Pauvrcvieux! Ah tenez, père Crèvecœur, embrassez-moi; vous êtes un brave homme de l'aimer comme ça ; et il faut vous moquer de ceux qui se moquent de vous.

CRÈVECŒUR. Oh! je ne leur en veux pas... je me dis tout bas : Qu'est-ce ça me

fait?... j'ai ma fille Ah! si vous saviez

l'effet que je ressens là , quand je me dis ça tout bas !... cest ma pensée de tous les instaats! la nuit même, quand je m'éveille ,

je cherche bioii \iie n ' ces papiers

qu'elle m'a remis : ie> mon inno-

cence, et la dernièii; lelliv. de sa pauvre mère ; je le.s ixirle à nus lèvres , je les embrasse en pleurant de joie, de bonheur, et je me dis : C'est vrai... c'est bien vrai... j'ai ma fille!

LOUISE. Mon bon père, pourquoi le ciel ne nous a-t-il pas réunis plus tôt?

CRÈVECOEUR. Bah ! nous avons encore le tem|)s d'être heureux, je me sens rajeuni de dix ans.

ARTHÉMISE. C'cst vrai, vous n'êtes plus le même du tout.

CRÈVECOEUR. N'est-cc pas?... grâce à ce digne homme qui m'a fait soigner... Mais je m'acquitterai envers lui; je vais reprendre mon ancien état., je vaislravailler pour toi,va.

ARTHÉMISE. El VOUS uc boirez plus d'eaude-vie ?

CRÈVECOEUR. Jamais : pourquoi faire à présent ? Je n'ai plus besoin d'oublier. . . Ah ! à propos, ma fille, qu'est-ce que tu voulais me dire ?

LOUISE. Mon père , il faut que j'aille à Paris... pour... pour une affaire.

CRÈVECOEUR. Je ne te demande pas pourquoi!... il faut que tu ailles à Paris. .. nous irons à Paris.

LOUISE. Vous ! mais c'est impossible; et votre blessure?

CRÈVECOEUR. Elle me ferait bien plus souffrir loin de toi. C'est dit, nous irons ensemble.

ARTHÉMISE. D'aillcurs, on peut prendre une voiture.

CRÈVEcœuR. C'est ça, nous partirons dès que nous aurons prévenu et remercié le brave propriétaire de cette maison... et ça ne tardera pas... car le voilà.

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