SCÈNE IV
Les MÊMES, DESROSIERS.
DESROSIERS. Comment! tout le monde dehors déjà 1
crèvecœur. Oui, nous prenions un peu l'air, et nous parlions de vous.
desrosiers. De moi?
LOUISE. Oui, monsieur, de vous, si généreux et si bon, de vous, sans qui mon père serait peut-être mort, et qui avez été notre providence.
DESROSIERS. Allons donc! ce que j'ai fait, tout le monde l'aurait fait à ma place. Je venais d'acheter cette petite maison de campagne, et en m'y rendant le soir j'entends les cris de cette pamTe enfant.. Je fouette mon cheval ; j'arrive au moment où un homme
venait de s'enfuir Je trouve mademoiselle évanouie, et vous blessé!... nous vous transportons, mon domestique et moi, dans le cabriolet, nous montons jusqu'ici, et grâce aux soins du docteur, vous êtes entièrement rétabli.
ARTHÉMISE. Ah! c'cst très-bicn! trèsbien 1
DESROSIERS. Quelle est cette demoiselle?
ARTHÉMISE. Je ne suis plus demoiselle, monsieur. Ah ça, voyons... parlons-nous pour Paris?,..
DESROSIERS. Comment! mon brave, vous songez à me quitter? j'aurais voulu que votre départ fût relardé jusqu'après la noce de ma petite Jenny.
CRÈVEGOEUR. Ah ! VOUS maricz votre enfant... vous?
DESROSIERS. Le contrat se signe aujourd'hui.
LOUISE. Une noce , une fête. . . ce n'est pas la place de pauvres gens comme nous.
CRÈVEGOEUR. Oui, c'cst Vrai. {Bas à Desrosiers.) Seulement, monsieur, avant de partir, j'aurais quelque chose à vous demander.
DESROSIERS. Dites, ne vous gênez pas !
CRÈVEGOEUR. Je vouïais vous demander votre nom?
DESROSIERS. Mou nom !
CRÈVEGOEUR. Le uomdc notre bienfaiteur, il faut au moins que nous le sachions pour le mettre dans nos prières.
DESROSIERS. Je m'appelle Desrosiers.
CRÈVEGOEUR , avec force. Grand Dieu !
LOUISE . Qu'avez-vous donc, mon père ?
CRÈVEGOEUR. C'est... c'est ma blessure qui me fait un peu souffrir; et je crois que tu as raison, il faudra que lu ailles à Paris sans moi.
LOUISE, inquiète. Votre blessure!
CRÈVEGOEUR. Oh ! ça ne sera rien.
ARTHÉMISE. Et d'aiUeurs nous serons bientôt revenues.
CRÈVEGOEUR, bas à Desrosier S. Mousieuv, il faut que je vous parle 1... que je vous parle seul.
DESROSIERS. Ah ! bah 1 eh bien, chez moi tout à l'heure.
UN DOMESTIQUE. Le notaire attend monsieur.
DESROSIERS. Mou notaire? j'y vais... {Bas à Crèvecœur.) Dans un quart d'heure je suis à vous.
CRÈVECŒUR. Dans un quart d'heure! bien.
Adieu, mon enfant; ne sois pas trop longtemps. {A Desrosiers.) A tout à l'heure, monsieur. [A sa fille.) A bientôt!
LOUISE. A bientôt, mon père, à bientôt ! EUe s'éloigaQ avec ArtUémise.
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