INTRODUCTION
Qui n'aime à se rappeler les souvenirs du passé ! Qui n'aime à laisser errer sa pensée sur quelque époque écoulée, déjà enfnie bien loin, mais qui revient comme d'elle-même nous redire les joies et les peines d' an temps qui n'est plus !
L'OUVRAGE que je présente aujourd'hui au public canadien, et dédié tout particulièrement à mes compatriotes des Bois-Francs, est un recueil d'écrits laissés par les premiers historiens. Ce sont des notes, de vieilles chroniques, des documents collectionnés pendant plus de vingt-cinq ans. C'est le récit des faits et gestes accomplis par nos pères, sur ce beau coin de terre canadienne, aux jours de sa glorieuse découverte. Ce sont les traditions de nos ancêtres qui menacent de disparaître (car ils sont rares aujourd'hui, les anciens pionniers que nous pouvons consulter) que j'ai essayé de sauver de l'oubli.
C'est le fruit d'études, de recherches nombreuses et attentives, faites dans les archives religieuses et civiles dispersées çà et là.
Je me suis fait un devoir de les réunir, de les coordonner, et aujourd'hui j'en fais part à mes lecteurs, espérant leur être utile et agréable. Je réclame bien franchement leur indulgence, leur demandant de bien vouloir tenir compte de ma bonne volonté.
Les écrivains qui nous ont légué quelques ouvrages relatifs à l'Histoire des Bois-Francs sont, en particulier, M. l'abbé Charles Trudelle, M. l'abbé Chs-F. Baillargeon, Mgr P. -H. Suzor, et Messieurs Antoine Gérin- Lajoie et Hyacinthe St-Germain.
C'est pour sauver et populariser les précieux travaux de ces écrivains que je me fais, non pas le père^ mais \ç: parrain de l'Histoire des Bois-Francs.
J'intitule le présent volume " LES BoiS-Francs." La première partie sera consacrée à l'Histoire générale des Bois-Francs ; la seconde renfermera une Esquisse historique des paroisses des Bois-Francs.
Il sera question de la découverte, de la colonisation, du développement du [territoire que nous habitons, des misères, des souffrances, des labeurs supportés avec tant de vaillance par les pionniers des Bois-Francs. Nous rappellerons, nous tâcherons de faire connaître ce qu'ont été, ce qu'ont fait nos pères pour nous léguer ce bel héritage.
J'espère que la génération actuelle, anxieuse de savoir ce qu'ont fait les ouvriers de la première heure sur ce sol chéri, accueillera avec beaucoup d'indulgence et de grand cœur l'apparition de mon filleul.
La curiosité bien légitime d'apprendre l'histoire de la paroisse qui nous a vu naître, vivre et grandir n'est-elle pas une satisfaction agréable pour l'âme et pour le cœur?
Quels suaves souvenirs nous y goûtons ! Qu'il fait bon de savoir, de penser, de se rappeler que les braves pionniers qui ont découvert, défriché, peuplé la portion de la terre canadienne que nous habitons maintenant, sont nos pères ! Qu'ils furent de véritables héros ! de vrais patriotes !
Oui ! qu'il fait bon de connaître l'endroit où d* abord ils ont mis hache en bois ; là où ils ont renversé le premier arbre, travaillé, peiné, versé bien des sueurs, même des larmes ; que la chapelle a été construite à telle place ; où était, ce qu'était la primitive chaumière ; que le cimetière où dorment nos pères et nos mères est là. En faut-il davantage pour remuer les fibres les plus intimes de tout notre être ! Quel attachement nous devons avoir pour cette terre qui rappelle de si beaux souvenirs ! Où nos pères ont travaillé, aimé, souffert, triomphé, et où ils sont morts, là est notre patrie, notre cœur.
Comment alors ne pas aimer l'histoire de nos Bois- Francs, puisqu'elle nous parle des nôtres, de nos valeureux ancêtres, de ces braves et courageux défricheurs du sol qui, par leur travail, leur persévérance,leurs sacrifices, ont pris possession de ce beau et magnifique territoire où nous vivons avec tant de bonheur.
Nous le reconnaîtrons et nous l'avouerons, ces défricheurs n'étaient pas des hommes ordinaires. Animés d'un esprit chrétien et patriotique, pleins de vaillance et de dévouement, guidés, soutenus et encouragés par des prêtres pieux et zélés, ils enduraient de bon cœur des privations sans nombre pour s'emparer d'un sol que les autorités semblaient vouloir léguer à un élément étranger.
Leur conduite noble, courageuse et éminemment utile
à la société est un exemple admirable donné à leurs concitoyens. Leurs noms, bénis de Dieu et des hommes, méritent d'ê tre inscrits en lettres d'or dans les annales de la patrie, et transmis avec honneur et gloire à la plus lointaine postérité.
Un historien a dit : On ne saurait avoir trop d'attention à conserver dans les moindres détails, pour les transmettre aux générations futures, les événements qui se déroulent pendant l'organisation d'une paroisse. En réalité, bien des faits qui paraissent tout d'abord indifîérents acquièrent néanmoins, avec le temps, une réelle importance et un intérêt marqué !
Encouragé par des amis de l'histoire, et instruit par l'exemple de quelques-uns de mes devanciers, qui ont failli nous priver pour toujours de leurs précieux travaux, je me décide de présenter- mon filleul au baptême et de vous faire connaître le petit cousin de Jean Rivard.
En entendant sonner les cloches du baptême de mon filleul, on s'est demandé, quelque part : ^'' Quis putas puer iste erit ? quel pensez-vous que sera cet enfant ? "
C'est un petit canadien. Il n'a aucune raison d'espérer d'être plus choyé que ses devanciers. Je lui souhaite courage et force, pour parcourir sa route et suppoiter vaillamment les épreuves qui l'attendent.
S'il mérite de passer par le creuset de la critique, il s'en réjouira, considérant que c'est une marque d'attention ; et si l'on aime à en trop médire, facilement il s'en consolera.
L'essentiel, c'est qu'il ait été accepté sur les fonts baptismaux, et cela, grâce au patriotisme et à la générosité des nombreux amis de nos Bois-Francs.
A tous : j'offre un cordial merci.