DECOUVERTE ET ETABLISSEMENT DES BOIS-FRANCS
NOTRE poète, Adolphe Poisson, dans une envolée patriotique, lors des noces d'or sacerdotales de MgrP.-H. Suzor, P. R., premier curé deSt-Cliristoplie,et du Cinquantenaire de l'érection canonique de la paroisse de St-Christophe, a chanté si admirablement bien, dans son poème intitulé le " pionnier, " la découverte des Bois- Francs, que je ne saurais mieux faire que de le reproduire ici, comme préface de ce premier chapitre.
LE PIONNIEK
Pour cette ferme, enfant, la famille est trop grande ; Pour nourrir tant de monde il faudrait qu'elle rende Le double du froment récolté jusqu'ici. Qu'allons nous devenir ? voilà tout mon souci. Trop de bras, tu le sais, deviennent inutiles. Bien loin dans la forêt sont des terres fertiles Dont l'écho n'a redit que le chant du trappeur. Toi, fils de paysan, des bois aurais-tu peur ? Là tu peux te tailler un superbe domaine. Voir ton bien s'arrondir de semaine en semaine ;
lO LES BOIS-FRANCS
D'ailleurs sous l'œil de Dieu ton travail est sacré.
Si tu manques de cœur c'est moi qui partirai,
Et je te montrerai ce que peut le courage,
Et que nous, les vieillards, valons ceux de ton âge."
Ainsi parlait le père à l'aîné de ses fils ;
Et lançant aux forêts un regard de défis,
Ayant la vision d'un avenir prospère.
L'enfant lui répondit : " Vous dites vrai, mon père,
A laisser la maison dès demain je suis prêt;
Mon bras jeune et nerveux ne craint pas la forêt.
Prmr m'y faire un abri n'ai-je pas ma cognée.
Pour dormir, un bon lit de fougère fanée.
Au besoin n'ai-je pas, si l'on m'en fait présent.
Un fusil pour tuer le gibier malfaisant !
J'aurai de quoi là-bas me tailler de l'ouvrage,
Prêt à manquer de pain plutôt que de courage,
A moi, noyers géants, à moi pins résineux,
Qui lancez vers le ciel vos fronts vertigineux.
Bientôt le sol tremblant du poids de votre chute
Verra de vos débris surgir une humble hutte.
Il partit, plein d'espoir et la besace au dos.
" Adieu, s'écriait-il, adieu, frêles radeaux
Vers le large lancés par des bras intrépides,
— Adieu barque emportée au courant des rapides !
Adieu, fleuve géant dont les limpides eaux
Reflètent le clocher rempli de nids d'oiseaux !
Mais aurevoir à vous que j'aime et que je laisse,
Pour qui seuls dans mon cœur je sens quelque faiblesse."
Et toute la famille est debout sur le seuil ;
Et le père et la mère et les sœurs, l'âme en deuil,
De le voir s'éloigner si calme, et si docile,
Pour leur faire la part plus large et plus facile ;
De le voir s'en aller, le gars robuste et fort.
Chercher dans les Bois-Francs ou la vie ou la mort !
Cloué dans son fauteuil, l'aïeul octogénaire.
Relique du passé qu'on aime et qu'on vénère,
Songe à son petit-fils qui part si bravement,
Et sur sa joue un pleur glisse furtivement.
LES BOIS-FRANCS ir
Cette larme, en secret sa rude main l'essuie,
Mais la plus jeune sœur, qui du frère s'ennuie.
Le surprend et lui dit : " Grand-papa, qu'avez-vous V
" Je songe à l'exilé qui n'est plus avec nous."
Laissant le souvenir dormir dans sa mémoire.
Par la pensée il suit à travers la nuit noire
Cet enfant qui s'en va dans un pays lointain
Prolonger la patrie et tenter le destin,
Car, pour ce vieux, partir pour la forêt profonde
C'était, nouveau Colomb, chercher un nouveau-monde.
On s'est enfin remis aux agrestes travaux.
Et grâce au temps propice ainsi qu'aux soins nouveaux,
La saison leur promet une moisson superbe.
De blés aux épis d'or tout en liant sa gerbe,
Le père, secoué par un rêve étouffant,
Se dit : " Nous en avions assez pour notre enfant ! "
A l'écart, d'égoïsme il s'accuse et regrette
D'avoir laissé partir son fils et s'inquiète
En songeant que bien loin, au fond de ces grands bois,
L'enfant, sans rien en dire, est peut-être aux abois,
Sans amis pour l'aider et loin de ceux qu'il aime.
Va-t-il écrire, au moins, et fils aimant quand même.
Songera-t il qu'ici tous ceux qu'il a quittés,
Sans nouvelles, de lui brûlent d'anxiétés?
Et lorsqu'au vieux foyer l'aisance va renaître,
Quand la mère accoudée auprès de la fenêtre
Voit les blés déjà mûrs onduler sous le vent.
Angoisse maternelle, elle se dit souvent :
Si mon fils a du cœur de nous qu'il se souvienne,
S'il souffre, qu'il écrive et mieux encor, qu'il vienne,
Car le ciel plus clément nous donne assez de blé
Pour assouvir ici la faim de l'exilé."
Depuis plus de trois mois la grande sœur, l'ainée, De la poste revient tête basse et peinée, Depuis plus de trois mois la lettre qu'on attend Ne vient pas rassurer la famille, et pourtant S'il pouvait deviner que sous le toii rustique
L'attente a fait crouler le bonheur domestique,
Il écrirait un mot à sa mère, il dirait
Sa lutte avec l'ennui comme avec la forêt.
Mais un matin la sœur revient toute joyeuse,
Sa démarche est plus vive et sa lèvre rieuse
Semble crier à tous ; ' ' Cette lettre est de lui !"
Que la nature est belle et clémente aujourd'hui !
Comme les fleurs des champs sentent bon sur la route !
Et comme les oiseaux babillards qu'elle écoute
Font retentir les airs de joyeux trémolos !
Quel air de fête règne à l'entour de l'enclos !
On fait cercle autour d'elle, et d'une main fiévreuse
Elle brise aussitôt l'enveloppe poudreuse.
Et, l'oreille tendue, on écoute en pleurant
Le récit du colon naïf, mais rassurant.
Dix lustres sont passés depuis la simple histoire Que je viens de vous dire en des vers sans apprêts. Dix lustres de labeurs qui méritaient la gloire, Dix lustres d'héroïsme au milieu des forêts.
Quand la religion s'allie à la patrie Toujours il en surgit un travail immortel. Car plus sainte est toujours la nation qui prie, Et plus fort est le peuple appuyé de l'autel.
Oh ! ce qui s'est passé de sublime dans l'ombre, Ce qu'il fallut de cœur à tous ces paysans, D'espoir en l'avenir qui s'annonçait si sombre. Nul ne le sait que ceux qui se trouvaient présents, Pour en faire à jamais une terre française, C'est Dieu qui les poussait à peupler ces cantons. Et malgré tous leurs noms à l'allure écossaise. Nous les avons conquis et nous les habitons.
De ceux-là qui laissaient les rives du grand fleuve Combien en rcste-t-il ? Nous pourrions les nommer. Ils furent à la peine, ils furent à l'épreuve Et devraient être ici pour se faire acclamer.
Il en est deux ou trois qui survivent encore, Hier les plus vaillants, aujourd'hui les plus vieux. Buvons à leur santé car le présent s'honore Eu s'inclinant devant un passé glorieux.
C'est vous, premier pasteur, qui de cette paroisse Avez encouragé, béni les premiers pas, Qui, pendant vingt-sept ans de prière et d'angoisse, Ouvrier du Seigneur, ne vous reposiez pas.
Après vous d'autres sont venus, toujours fidèles A la tâche bénie, au poste redouté :
Tous des hommes de cœur et des curés modèles, Héroux, Buisson, Grenier, pais Lessard et Côté.
A vous tous nous devons de la reconnaissance
D'avoir à nos progrès mis tout votre souci,
Aussi dans ce grand iour de la réminiscence
Nous vous disons : bravo ! nous vous crions : merci !
ADOLPHE POISSON
Lorsque nos pères, dit M. l'abbé Charles Trudelle, quittant le beau pays de France, vinrent s'établir sur les bords de la grande rivière du Canada, ils eurent à essuyer bien des peines, à endurer bien des fatigues, avant de voir de riches campagnes remplacer les épaisses forêts qu'ils trouvèrent sur les bords du St-Laurent. Il leur fallut du courage ; car ils avaient à combattre d'infatigables ennemis dans les indigènes, déterminés à tout tenter pour chasser ces nouveaux ennemis de leur liberté. Mais nos pères venaient du pays des braves et de plus
"étaient l'élite des guerriers, " comme l'a dit un de nos poètes ; ils ne devaient donc pas craindre l'audace de l'indomptable Iroquois. Aussi les pages de la brillante histoire de ces temps héroïques de notre patrie nous les représentent toujours en garde contre l'astucieuse valeur de ce dangereux ennemi, tenant d'une main la charrue et de l'autre l'arme avec laquelle ils protégeaient leurs familles et leurs moissons.
Aujourd'hui les temps ne sont pas les mêmes : ceux qui ont disputé avec tant d'acharnement les bords du Saint-Laurent sont totalement disparus, et, plus heureux que leurs ancêtres, les bons habitants de nos campagnes cultivent en paix les champs ouverts avec tant de difficultés. Ils n'ont point à faire usage de cette valeur chevaleresque qu'ils ont reçue d'eux et dont ils " n'ont jamais flétri les lauriers ; " mais le manque d'espace et l'impitoyable nécessité qui, depuis bien des années, obligent un grand nombre d'entre eux à s'éloigner des lieux qui les ont vu naître et à s'enfoncer dans la forêt, leur ont donné l'occasion de prouver qu'ils sont les dignes descendants des premiers colons de ce pays.
Le courage, en effet, ne consiste pas seulement à braver la valeur d'un ennemi ; il se montre encore, et bien plus, dans cette fermeté inébranlable que l'homme de cœur sait déployer pour lutter contre les ennuis, les dégoûts, les privations de l'indigence et contre ces mille obstacles journaliers qu'un travail dur et opiniâtre seul parvient à surmonter. C'est là le genre de courage, trop peu connu, et surtout trop peu récompensé, qu'ont montré et que montrent encore les braves pionniers de la colonisation de nos terres incultes.
Pour mieux les connaître, voyons-les prendre possessession de cette riche et grande étendue de terres habitables qui forment la partie des Cantons de l'Est connue sous le nom de ^^ Boïs-Francs^
Si un auteur a pu dire : Celui qui fait croître deux brins d'herbe là où un seul était produit est un bienfaiteur public," (i) que dirons-nous donc de ces braves qui ont ouvert à la colonisation et donné à la culture toute cette belle et riche partie de la province de Québec ?
Une plume distinguée, la plume d'un penseur et d'un érudit, écrivait un jour : "Les Bois-Francs ont une histoire à part, histoire héroïque, admirable, et parfois d'une tristesse navrante, histoire telle, que Ton en rencontre rarement dans les annales des premiers établissements des colons. "
Oh oui ! dirai-je avec un autre : les braves d'alors, aux torses homériques, aux bras robustes, entamant la forêt à coup de hache et la faisant reculer vers le sud, qui dira leurs chagrins, leurs déceptions, leurs alarmes ?
Qui chantera cette sublime et triste épopée, belle de tous les dévouements, triste de funèbres souvenirs, de cette éf)opée qui commence avec les premiers coups de hache de Charles Héon, qui commandait aux lieux sauvages et enchanteurs des bords de la Bécancour de faire place à la civilisation ; avec ceux d'Edouard Leclerc, à Stanfold ; de Charles Beauchesne, à St-Christophe ; de J.-B. Lafond, à Somerset, et de Pierre Landry, à St-Norbert, et qui se poursuivit jusqu'au-delà de la nuit fatale du 23 novembre 1845, oii s'est consommé, jusqu'à la lie,
(1) Voir Colonisation des Cantons de l'Est, par l'abbé J.-B. Chartier.
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le sacrifice de deux braves cœurs, victimes de leur dévouement ?
Combien de ces héros dorment, depuis assez longtemps, leur dernier sommeil ! Combien sont partis trop tôt pour contempler le fruit de leur bravoure et de leurs veilles ?
Combien peut-être sont morts avec la pensée que les Bois-Francs ne prendraient jamais cet essor important qu'ils ont aujourd'hui, qu'ils seraient encore longtemps un point obscur sur la carte de la Province de Québec !
Mais non, la Providence en avait décidé autrement. Elle bénissait les travaux des colons laborieux. Elle les soutenait, car ils accomplissaient vaillamment son œuvre : reprendre, garder un territoire qui semblait nous échapper, et y imp]anter la langue française et la religion catholique.
Tous ces défricheurs de la première heure méritent donc notre admiration et notre plus vive gratitude.
Il est une autre classe de héros qui ont aidé dans la mesure de leurs forces à la colonisation des Bois-Francs et qui, certes, ont été trop dévoués à la cause du colon pour qu'on ne leur accorde pas une place d'honneur dans notre histoire : ce sont les Missionnaires. Se figure-t-on les inquiétudes, les fatigues, les labeurs, même les privations qu'ont dû éprouver ces généreux prêtres missionnaires qui avaient noms : Olivier Larue, Denis Marcoux, Clovis Gagnon, Edouard Bélanger, Edouard Dufour ? Les voit-on, ces hommes au zèle admirable, s'enfonçant, à l'appel de leur évêque, dans la profondeur des terres encore incultes, afin de soutenir, au besoin, quelques compatriotes assez vaillants pour venir se tailler un domaine
en pleine forêt? Ils avaient à parcourir un territoire très étendu, voyageant assez souvent à pied, obligés, parfois, de traverser les mallieiireuses et trop fameuses savanes de Blandford et de Stanfold. L'œuvre, humainement parlant, devait être au-delà de leurs forces, mais la Providence était là pour les protéger, les diriger, les fortifier. Ils trouvaient force et courage en ces mots : Pour Dieu et pour la Patrie !
Dès avant l'année 1830, on connaissait déjà, dans les paroisses du sud du district des Trois-Rivières, l'existence de cette partie des Cantons de l'Est que l'on a appelée, plus tard, les Bois-Francs.
Plusieurs fois, des chasseurs canadiens avaient pénétré dans ces magnifiques forêts de Blandford, de Stanfold, de Somerset et d'Arthabaska et les avaient parcourues dans toutes les directions. Ils avaient admiré ce parc immense, dont l'orme, l'érable et le noyer faisaient le plus bel ornement, que la nature seule entretenait dans une propreté et une élégance princière. Suivant leurs récits pleins d'enthousiasme, ce domaine de la nature était comme une de ces belles et riches plantations auxquelles l'art et le goût savent donner un aspect riant et varié. La grosseur et la hauteur de ces arbres qu'ils avaient vus indiquaient, suivant eux, un sol riche et propre à toute espèce de culture. En effet, dans les premières années ceux qui visitaient pour la première fois les parties de cette forêt que les colons n'avaient pas encore attaquées ne pouvaient s'empêcher d'éprouver les mêmes impressions et étaient souvent tentés de s'écrier avec un de nos poètes :
O mou pays ! de hi nature.
Vraiment, tu fus l'enfant chéri !
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En 1825, un nommé Dubuc, deSt-Pierre-les-Becquets, faisant la chasse sur les bords de la rivière Bécancour, non loin de l'éj^lise de St-Louis, incendiée le 31 août 1913, fut assassiné par des sauvages qui prétendaient être les seuls maîtres de cet endroit de chasse.
Un autre habitant de St-Pierre-les-Becquets, du nom d'Isaïe Mailhot, monta, vers 1830, plusieurs fois, à Somerset, pendant l'hiver, à la raquette, et tendit des pièges sur les bords de la rivière Blanche, à l'endroit où se trouve aujourd'hui le village de Plessisville.
Cependant, aucun de ces visiteurs ou chasseurs n'eut la volonté de s'établir au milieu de ces forêts, parce que les obstacles à surmonter étaient si grands, qu'il fallait pour les affronter avoir un courage plus qu'ordinaire ou être commandé par la nécessité. Il leur semblait impossible d'aller demeurer seuls à une si grande distance sans espoir d'avoir un jour des chemins pour descendre au bord du fleuve et d'être suivis par quelques parents ou amis.
Le premier colon qui vint dans Les Bois- Francs avec la détermination de s'y fixer fut M. Charles Héon, natif de la paroisse de Bécancour.
Au mois de mars 1825, il prenait possession d'un lopin de terre, dans la partie sud du canton de Blandford, comprise aujourd'hui dans le comté d'Arthabaska, et commençait le défrichement nécessaire pour y construire une demeure, une pauvre cabane. On peut donc considérer l'année 1825 comme la date de l'établissement des Bois-Francs.
Sept ans plus tard, en 1832, arrivait le fondateur de Stanfold, M. Edouard Leclerc, lequel s'établit sur le dou-
zième rang, près de la rivière Nicolet. M. Edouard Leclerc était natif de la paroisse de Saint-Grégoire, comté de Nicolet.
Au printemps de 1835, M. Charles Beauchesne, originaire de Bécancour, pénétra dans le canton d'Arthabaska, et prit possession des 5ème et 6ème lots du 3ème rang.
A l'automne de 1835, M. J.-B. Lafond, de La Baiedu-Febvre, visita le canton de Somerset. Il choisit le 3oième lot du huitième rang, mais il ne vint résider à Somerset qu'au printemps de 1836.
M. Pierre Landry Bercase, de St-Grégoire de Nicolet, que l'on considère comme le premier colon de la paroisse de Saint-Norbert d'Arthabaska, prit et commença à défricher le 4ème lot du onzième rang d'Arthabaska, vers 1840.
Les premiers colons canadiens résidants dans le canton de Warwick, mentionnés dans les registres de Gentilly, d'où dépendait cette mission, sont, en 1839, Olivier Boisvert et son épouse Josephte Deshayes, dite St-Cyr, en 1840, Louis Martin et son épouse Marie Lachance.
Tels furent, d'après les historiens, la tradition ou autres documents, les fondateurs, les premiers défricheurs des divers cantons composant les Bois-Francs.
Il en avait coûté cependant à ces hardis défricheurs de s'éloigner des lieux témoins de leur enfance, de quitter leurs parents, leurs amis, ces bons voisins avec lesquels ils avaient passé tant de moments de joie et de bonheur, de se décider à ne plus se voir réunis dans la vieille église de la paroisse, si pleine pour eux de pieux souvenirs et dont le clocher fait toujours battre de joie le
cœur catholique du Canadien; puis de ne plus contempler
Dn St-Laurent le majestueux cours.
Aussi, quoiqu'ils ne dussent point passer la frontière de la patrie, il leur avait semblé partir pour l'exil ; c'est que
La patrie est aux lieux où l'âme est enchaînée,
a dit avec raison un poète.
Mais le temps était arrivé où les Canadiens, instruits à l'école de l'indigence et prêtant l'oreille à ce cri d'un patriotique appel "Emparons-nous du sol," (paroles attribuées à M. l'abbé John Holmes), devaient quitter les bords du Saint-Laurent et aller fonder de nouvelles colonies au sein même de leur pays, disputant ainsi à l'étranger une terre dont la possession leur est acquise à tant de titres. Ils étaient donc partis les larmes aux yeux, mais l'espoir dans le cœur.
Il y eut alors un élan général vers cette région fortunée ; on ne parlait que des Bois-Francs. C'était la Californie du temps.
Mais la découverte de cette terre devait produire en quelque sorte les mêmes résultats que celle des mines aurifères des bords de l'Eldorado : les chercheurs ne devaient jouir de leurs biens qu'après des privations et des souffrances presque incroyables.