BLANDFORD
Le township de Blandford, dans le comté de Buckinghamshire, a été érigé en 1823.
Il est borné au-sud-ouest par le township de Maddingtoi: ; au nord-ouest par Gentilly et St-Pierre-les- Becquets ; au nord et au nord-est par Deschaillons et l'augmentation de Somerset ; au nord-est et au sud par les townships de Stanfold et de Bulstrode.
Les terrains sont en partie savaneux, marécageux et sablonneux. Sur les bords de la rivière Bécancour et de la rivière Du Chêne le sol est bon et propre à la culture. La quantité de bois de commerce et de construction est assez considérable. Ce township est arrosé par les rivières Bécancour, Du Chêne et Gentilly. Il y a deux petits lacs : le lac St-Louis, source de la rivière Gentilly et le lac St- Kustache, sur le second rang de ce township. La plupart des terres, dans la partie nord, furent prises vers 1823, 1824 et 1825 et généralement par des canadiens. Ce township a 57,717 acres en superficie. La partie sud seulement, nommée primitivement " la rivière Bécancour,"
dans le comté d'Artliabaska, est considérée comme appartenant à la région appelée les Bois-Francs ; son étendue est de 27,358 acres environ. La partie nord était désignée sous le nom de domaine de Gentill3\
M, l'abbé Ciis-F. Baillargeon, ancien curé de Stanfold, dans une de ses conférences donnée au Club Littéraire de Princeville, en 1887, fait la peinture suivante des Bois-Francs :
" Un de nos poètes canadiens a écrit un jour :
O mon pays ! de la nature Vraiment tu fus l'enfant chéri.
Quand, aujourd'hui, l'on parcourt dans une belle voiture à quatre roues, tirée par un bon et gras cheval richement harnaché, cette belle partie de notre pays que nous habitons ; quand on y contemple ces belles rivières qui serpentent au milieu de plaines riantes et couvertes d'une riche moisson ; quand on jette un coup d'œil sur ces superbes montagnes dont les cimes altières sont encore ombragées par des arbres séculaires ; quand on considère ces beaux jardins où les fleurs les plus variées et les plus odoriférantes réjouissent si chrétiennement nos regards ; ces potagers chargés de légumes qui ornent nos tables et assaisonnent nos mets ; ces parterres splendides oti l'on recueille abondamment les fruits les plus délicieux ; ces champs chargés d'épis qui se balancent mol-
lement sous le souffle de la brise légère ; ces troupeaux nombreux et de toute espèce qui broutent l'herbe de nos verdoyantes prairies ; ces coquettes résidences qui abritent une population vivant dans une modeste aisance, sous le regard bienveillant de Dieu, à l'ombre de son clocher et de son autel ; quand on traverse dans toute leur étendue les belles campagnes de Stanfold, de Somerset, de St-Louis, de St-Norbert, de St-Christophe, de St-Médard de Warwick, de Ste-Victoire, on est autorisé à s'écrier :
Quel beau pays que celui des Bois-Francs !
Les hommes se fatiguent à inventer des amusements dont ils ne tardent pas à se dégoûter, tandis que la nature, avec une bonté maternelle, offre à tous ses enfants le moins dispendieux, le plus innocent et le plus durable des plaisirs. C'est celui dont jouissaient, dans le Paradis d'Eden, les premiers des humains ; et notre dépravation seule nous fait connaître des satisfactions d'un genre différent. Pour peu que l'on conserve l'antique simplicité, il est presqu'impossible de ne pas trouver des charmes à contempler la nature. Le pauvre ainsi que le riche peuvent se procurer cette jouissance : mais c'est précisément ce qui en diminue le prix ; égoïstes que nous sommes ! rien ne devrait donner plus de valeur à un bien que la pensée qu'il fait le bonheur de tous nos frères.
Combien cependant, auprès de ce plaisir si touchant et si noble, combien sont frivoles et trompeurs ces amusements recherchés que le mondain se procure à si grands frais ! Uniquenaent propres à nous arracher à nous-mêmes, ils laissent un vide affreux dans notre âme et amènent toujours avec eux l'ennui et le dégoût.
Au contraire, la bienfaisante nature offre continuel-
lement de nouveaux objets à nos yeux. Tous les plaisirs qui ne sont que l'ouvrage de notre imagination ont une courte durée et sont aussi fugitifs qu'un beau songe, dont l'illusion se détruit au moment du réveil. Les plaisirs de l'esprit et du cœur, ceux que nous goûtons en contemplant les œuvres de Dieu, sont solides et constants, parce qu'ils nous ouvrent une source inépuisable de délices. Le ciel avec tous ses feux, la terre émaillée de fleurs, le chant mélodieux des oiseaux, le doux murmure des fontaines, le cours majestueux d'une rivière, la diversité des paysages, mille points de vue tous plus ravissants les uns que les autres, fournissent sans cesse de nouveaux sujets de plaisirs, et si nous y sommes insensibles, c'est que nous voyons lesœuvresde la nature d'un œil indifférent. La grande science du chrétien consiste à jouir innocemment de tout ce qui l'environne ;il possède l'art de se rendre heureux dans toutes les circonstances, à peu de frais et sans qu'il en coûte à sa vertu.
Montagnes superbes de St-Christophe, de St-Norbert, je vous contemple et je vous salue dans toute la splendeur de votre majestueuse grandeur ! Qui vous a établies sur vos fondements ? Qui éleva vos têtes jusqu'à la hauteur des nues ? Qui vous orna de forêts verdoyantes, de ces arbres fruitiers, de ces plantes si utiles et si variées, de tant de fleurs agréables ? Qui a couvert vos cimes de neige et de glace et fait jaillir de vos entrailles ces sources qui humectent et fécondent la terre, ces rivières qui portent partout l'abondance et la vie? Ne serait-il pas avantageux pour nos Bois-Francs que leur surface fût plus égale et que tant d'énormes rochers ne les défigurassent point ? La terre serait plus régulière, la
vue s'étendrait plus au loin, nous voyagerions plus commodément, nous jouirions enfin de mille autres avantages si elle n'était qu'une vaste plaine. Ainsi semblent les choses au premier aperçu. Mais quand nous blâmons les œuvres de la nature nous courons risque de nous égarer.
Il est manifeste que les montagnes et les collines ont été principalement destinées à entretenir et à perpétuer les différentes sources qui forment les rivières et les .fleuves. Cette froidure qui règne continuellement sur la partie des hautes montagnes contribue à condenser les vapeurs, à les convertir en air, à les ménager avec économie pour rafraîchir et désaltérer la terre pendant les jours brûlants de l'été. Leur surface attire, arrête, absorbe les nuages qui sont portés en différents sens dans l'atmosphère, par les vents. Les espaces qui séparent leurs pointes sont comme des bassins préparés pour recevoir les brouillards épaissis, les nuées précipitées en pluie. Leurs entrailles sont autant de réservoirs d'où les eaux s'échappent, peu à peu, par une infinité de petites ouvertures, pour fécouder nos plaines, abreuver l'homme et les animaux.
A l'avantage inestimable des sources et des fontaines que nous procurent les montagnes s'en joignent quantité d'autres non moins sensibles. Biles sont la demeure de plusieurs espèces d'animaux dont nous faisons beaucoup d'usage sans qu'il nous en coûte la moindre peine, et auxquels nous fournissons la subsistance et l'entretien. Sur leurs flancs croissent les arbres et un nombre infini de plantes salutaires qui n'ont pas les mêmes vertus dans les plaines. A n'envisager les montagnes que du côté de Tagrément, ce sont des espèces d'amphithéâtres
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qui nous procurent les perspectives les plus riantes et qui donnent aux maisons et même à des villes entières la plus intéressante position.
Belle rivière Nicolet, suspends un instant tes flots harmonieux pour écouter les accents d'un cœur qui t'admire .... et puis tu reprendras ton cours pour aller dire partout sur ton passage et la bonté et la puissance de ton Créateur !
Quel ornement, quelle ricliesse dans la nature que le cours d'une rivière ! Soit que nous nous arrêtions à considérer le mouvement de ses flots, soit que nous observions les utilités qu'elle nous procure, la beauté de son cours nous ravit, la multitude des biens qu'elle nous amène nous remplit de reconnaissance.
Ce n'est d'abord qu'un filet qui coule de quelque colline sur un fond de glaise ou de sable. Le moindre caillou suffit pour l'embarrasser dans sa route ; il se détourne et se dégage en murmurant ; il s'échappe enfin, se précipite, gagne la plaine, et, grossi par la jonction de quelques autres ruisseaux, il se forme un lit, prend un nom et devient une rivière. De vastes prairies, une riante verdure accompagnent fidèlement son cours ; elle tourne autour des collines et serpente dans les plaines, comme pour embellir et fertiliser plus de lieux à la fois.
La rivière est le rendez-vous de tout ce qu'il y a d'animé dans la nature. Mille oiseaux de toutes les couleurs et de toute espèce de ramages viennent sans cesse jouer sur son gravier, voltiger sur sa surface, s'abreuver de ses eaux, pêcher, nager et plonger à l'envie. Ils ne la quittent qu'à regret, quand le retour de la nuit les contraint de regagner leur demeure. Alors les bêtes sau-
vages en jouissent à leur tour ; mais, à l'aspect du soleil, elles abandonnent la plaine à l'homme et la rivière aux troupeaux qui, deux fois le jour, quittent leurs pâturages pour venir sur ses bords se désaltérer ou chercher l'ombre et la fraîcheur. La rivière ne nous plaît pas moins qu'aux animaux. Elle coule au milieu de nos habitations, et, après avoir fertilisé le séjour des laboureurs, donné de beaux points de vue aux maisons de plaisance, après avoir fait l'ornement et la joie des campagnes, elle arrive dans la ville et y coule majestueusement entre deux files d'édifices superbes, qu'elle orne et embellit. C'est aux rivières que nous devons la propreté, les agréments de no< demeures et la fertilité de nos campagnes. Toujours nos habitations sont malsaines quand elles se trouvent environnées d'eaux dormantes et de marais, ou lorsque le défaut de quelque source y cause la sécheresse. Le moindre ruisseau rafraîchit l'air des environs, il y répand de douces rosées. Quel contraste frappant entre les lieux arrosés par quelques rivières et le pays auquel la nature a refusé ce secours ! L'un est sec, aride et désert ; les autres ressemblent à un jardin délicieux, où les bois, les vallons, les prairies, les campagnes prodiguent à l'envie leurs trésors. Une rivière y serpente et fait toute la différence de ces contrées ; elle porte partout avec elle la prospérité et la fraîcheur. Avec quelles difficultés se ferait le commerce si les fleuves ne nous amenaient les productions qui ne peuvent croître en notre paj^s ? De combien de machines ingénieuses et devenues nécessaires, vu les pi ogres de l'industrie, de combien de moulins dont la fonction est de convertir notre blé en froment et nos forêts en bois de construction ne serions-nous pas
privés si nous ne pouvions les mettre en activité au moyen des pouvoirs d'eau I Que de poissons délicats nous manqueraient si les rivières ne nous les fournissaient avec abondance !
Belle rivière Nicolet placée dans un ravissant vallon, ombragée parles arbres qui croissent sur tes bords, rafraîchie par l'eau nouvelle qui y afHue sans cesse, animée par le chant des oiseaux qui viennent y chercher un abri contre l'ardeur du soleil ei une eau limpide pour s'y désaltérer et s'3^ baigner, toi seule, ne me donnes-tu pas le droit d'écrire :
Quel beau pays que le pa3'S des Bois-Francs !
Riantes campagnes des Bois-Francs, souffrez que nous admirions tous ensemble et vos champs mis et tenus en valeur et leur prodigieuse fertilité ! C'est vous qui donnez tous les jours à vos habitants le pain nécessaire à la vie. Or, parmi les aliments que le bienfaisant Créateur nous distribue avec tant de profusion et de libéralité, le pain est en même temps et le plus commun et le plus sain. Il est aussi nécessaire à la table du pauvre qu'au repas du prince ; l'infirme, le convalescent se sentent restaurés par son usage aussi bien que l'homme en ^anté. Sans doute, il est particulièrement destiné à la nourriture de l'homme puisque la plante dont il provient peut se reproduire sous les climats les plus divers et qu'il est difficile de trouver un pays oii le blé ne puisse mûrir.
Quels charmes dans ces prairies que nous admirons à chaque pas, et dont le principal bien est de fournir, presque sans frais, la nourriture aux animaux dont nous pouvons le moins nous passer ! Le bœuf, dont la chair
nous nourrit ou dont le travail nous aide à façonner nos terres, n'a besoin pour vivre que de l'herbe des prés. Le cheval, dont les services sont innombrables, ne demande pour toute reconnaissance que le libre usage de ces mêmes lieux, ou une quantité suffisante de foin qu'on y recueille. Il s'y élance, après son travail, avec autant de grâce que de liberté, et nous tient quittes alors de tout autre soin. La vache, dont le lait est un des grands soutiens de notre vie, n'exige que la même faveur.
Oui ! qu'elle est belle la nature des Bois-Francs ! L'herbe et les fleurs y croissent en abondance ; les arbres y sont couverts de riche feuillage ; les doux zéphyrs nous y caressent ; les troupeaux y trouvent leur pâture ; les tendres agneaux y bêlent, s'ébattent et se réjouissent de leur existence. Quelle harmonie dans les sons que le rossignol fait entendre du haut de la colline ! Tout exprime la joie, tout l'inspire ! Elle règne dans les vallons et sur les coteaux, sur les arbres et dans les bocages.
Vous parlerai-je de ces florissants villages surgis partout, sous le souffle bienfaisant du travail et du capital ; de ces majestueuses églises, élevées comme par enchantement à la gloire de Dieu et au prix de sacrifices nobles et généreux, qui témoignent de la vivacité de la foi de nos populations ; de ces maisons de belle structure construites en tous lieux pour donner à 1 enfance des deux sexes une bonne et religieuse éducation, afln qu'elle ne pénètre pas sans boussole dans la vaste obscurité de la vie ; de ces nombreux établissements industriels de tout genre qui, rapportant lai"gement le capital à leurs propriétaires, donnent en retour le pain de tous
les jours à une foule d'honnêtes travailleurs ; de ces maisons de commerce assises sur des bases solides ; de ces cultivateurs héroïques qui, par leur travail, mais travail énergique et persévérant, ont su arriver à une certaine prospérité, sur des champs qu'ils ont défrichés, bien souvent arrosés de leurs sueurs ?
Jetons nos regards sur les Bois-Francs et nous contemplerons avec une légitime jouissance toutes ces merveilles, toutes ces beautés.
Bn présence d'un spectacle aussi charmant nous serons heureux de redire la parole du poète :
O mon pays ! de la nature Vraiment tu fus l'enfant chéri.
M. Antoine Gérin-Lajoie a écrit : " Le sol des Bois- Francs est partout d'une fertilité remarquable, le ciel y est clair et le climat salubre ; toutes les choses nécessaires à la nourriture de l'homme, poissons, gibier, fruits s'y trouvent en abondance, et l'on a lieu de s'étonner que cette partie du Canada n'ait pas été plus tôt défrichée. En effet, avant l'arrivée des premiers colons, les Bois-Francs n'étaient autre chose qu'une immense forêt qui n'attendait paisiblement que l'heure solennelle de sa destruction pour faire place à de belles et florissantes campagnes. Les arbres gigantesques qui couvraient le sol avaient régné pendant des siècles en potentats dans la forêt; le moment était arrivé où ils devaient courber leurs têtes altières sous les coups redoublés de la hache des fiers Sicambres canadiens."