LE JOUR DE L'AN
La première fête, et l'une des plus belles pour tous, parce qu'elle apporte à tous, sans exception, une satisfaction profonde et une grande espérance, — la satisfaction d'avoir vécu une année encore et l'espérance d'arriver sans encombre à l'année suivante — c'est le Jour de PAn. On ne songe pas même à dire le premier jour de l'an, mais le y^wr â?^ /'âîw, parce que ce jour à lui seul vaut toute l'année.
C'est sans contredit la fête religieuse la plus populaire pour le Canadien. On a semblé, en ces derniers temps, vouloir la remplacer par la fête de Noël. Laissons à la Noël sainte et suave son cachet. Il est si beau ! Mais conservons notre jour de Van tout embaumé du parfum canadien. Célébrons-le comme nos pères. C'est un héritage qu'ils nous ont légué et que nous devons garder pieusement. Loin de nous la pensée d'imiter les innovateurs. Ce jour-là, l'enfant l'attend avec impatience, il le voit dans ses rêves, il l'appelle de toutes les forces de sa jeune âme. Il ne sait pourquoi, mais il sait
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bien que les bonbons pleurent dans ses mains, comme les baisers sur son front; il sait bien que l'indulgence des parents est plus grande, l'amitié des petits frères et des petites sœurs plus douce que jamais. Ce jour est un événement heureux dans sa jeune existence, et le soir, quand le charme se dissipe avec la nuit qui vient, sa naïve imagination cherche déjà, dans les brumes de l'avenir, l'autre jour de l'an.
Pour nous qui ne sommes plus, depuis tant d'années, des enfants, ou, du moins, des petits enfants, le jour de l'An est aussi un jour de réjouissance. Nous serrons alors avec plus de chaleur la main aux amis ; les sentiments généreux débordent de nos âmes, et — pour que nul nuage ne projette son ombre sur la sérénité des heures nouvelles — la haine ou le ressentiment se taisent.
Nous mesurons le chemin parcouru, et, tout en éprouvant une véritable satisfaction, nous sentons peutêtre une larme à notre paupière à la vue des lieux ensoleillés que nous avons laissés derrière nous.
Les vieillards, plus tristes parce qu'ils ont plus vécu, plus sensibles parce qu'ils ont aimé davantage, plus sages parce qu'ils ont éprouvé plus de déceptions, versent, en ce jour, comme une rosée, la bénédiction sur la tête de leurs fils et petits-fils.