OUVRAGES A LA MAISON
Pendant que les hommes travaillaient hardiment sur la terre, les femmes, à l'intérieur de la maison, ne restaient pas oisives, tant s'en faut. La culture du lin, surtout, leur amenait un surcroît d'ouvrage. Il fallait arracher le lin de la terre, le broyer, l'écorcher, le peigner et, pardessus tout, le tisser pour en faire la toile, la fameuse toile du pays ; on filait le fil à coudre, très fin et bien blanc, on tondait les moutons, on lavait la laine, on la détirait, on la cardait à la maison, on la filait et puis on faisait cette belle grosse étoffe bleue, dont on confectionnait, toujours à la maison, ces fameux capots à capuchon ; on fabriquait aussi la belle étoffe grise pour faire les bougrines, les culottes à bavaloises, les vestes à manches, les nippes, les mitaines ; on faisait aussi la flanelle pour les chemises, la petite étoff"e et le droguet pour vêtir la mère et les filles de la maison ; on tricotait les bas, les chaussons, les mitaines, les crémonnes, les capuches, les fameux grands basque l'on faisait reclaquer en cuir par le cordonnier, pour le grand-père.
On faisait les coiffures pour les hommes et les garçons ; c'étaient des tuques pour la saison d'hiver et les
chapeaux de paille pour l'été ; quelquefois on faisait ces chapeaux avec du fin foin, ce qui faisait une coiflfure très légère et très jolie.
On faisait encore à la maison les chaussures en cuir rouge, cousues avec de la babiche de peau de chat. Ces souliers de bœuf avaient des hausses en peau de veau ou de mouton, que l'on ramenait sur le bas du pantalon replié. C'était une très bonne chaussure. Toute la couture se faisait aussi à la maison.
On aimait à faire des veillées, de grandes réunions, pour s'amuser et se divertir, mais rarement jusqu'au point de négliger les travaux domestiques. Aussi, que de longues soirées employées à coudre, à filer, à travailler au métier, à tricoter à la simple lumière d'un lampion ou d'une chandelle de suif ! — Le lampion était un vase en ferblanc dans lequel on mettait de l'huile à briller et une mèche ; cette mèche, en brûlant, donnait une bien faible lumière, mais, en revanche, exhalait beaucoup de fumée et répandait une odeur nauséabonde et suffocante.
Quand à l'éclairage avec la chandelle de suif de bœuf ou de mouton, avec son cortège de chandeliers, mouchettes, porte-mouchettes, éteignoirs, c'était le luminaire de la presque totalité de la population.
Cette chandelle de suif était faite à la maison, et généralement on la fabriquait une fois par année, après que les boucheries étaient terminées.
On la faisait soit à l'eau ou avec des moules en plomb, en étain ou en ferblanc.
La lumière que donnait la chandelle n'était pas très forte (une lampe ordinaire à l'huile de charbon donne
autant de clarté que trois chandelles), 'mais était saine, ne fatiguait pas la vue, quand on avait le soin de tenir la mèche en bon état, c'est-à-dire la moucher à temps opportun... Voilà pour l'éclairage de la maison.
Quand on avait besoin de se munir de lumière pour aller au dehors, on se servait d'un fanal en ferblanc, criblé de trous, percés avec symétrie, pour laisser passer les rayons de lumière de la chandelle que Ton mettait dans ce fanal. N'allez pas croire qu'il se dégageait de ce fameux fanal autant de clarté qu'il en jaillit d'une lumière électrique, mais n'ayant rien de mieux, on était content de s'en servir.
Mais le moj^en d'allumer cette mèche du lampion ou de la chandelle ? Avant l'apparition de l'allumette soufrée, vers 1832, le seul moyen pour nos pères de se procurer du feu et de la lumière, c'était le batte-feu, la pierre à fusil et l'amadou.
Le briquet, communément appelé batte-feu, était fait en acier et avait une longueur de trois pouces, avec la forme d'un anneau aplati, pour y introduire la main.
On frappait avec ce batte-feu sur un morceau de pierre à moulange ou une pierre à fusil, sur lequel on avait eu soin de mettre un morceau de tondre ou amadou, (cet amadou provenait de l'érable ou de la plane) qui, au premier coup bien appliqué du briquet sur la pierre à feu, s'enflammait, par l'étincelle qui ne manquait pas de jaillir, surtout quand le briquet était entre les mains d'un vieux fumeur.
Combien de ces coutumes, de ces usages, sont tombés en désuétude ! Les anciens cependant en conservent un
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doux souvenir. Ils aiment à se rappeler, à raconter leurs amusements, leurs coutumes ; mais après la disparition des quelques rares survivants de ce temps de jadis, qui pourra nous les redire? Bon nombre de jeunes n'en connaissent que les noms. C'est pour en perpétuer le souvenir que j'ai cru opportun d'en faire une mention spéciale dans ces annales historiques.