L'ABBE CLAUDE-GABRIEL COURTIN
Nous trouvons dans " Les Ecclésiastiques et Roya-
(1) Les Abénakis nommaient Gentilly, Xamasak, les poissons, parce qu'on prenait beaucoup de poissons à la pointe de Gentilly (L'abbé J. A. Maurault.)
listes français réfugiés au Canada à l'époque de la Révolution ", par M. N.-E. Dionne, la biographie suivante de Monsieur C.-G. Courtin :
Né vers 1765, (i) dans le diocèse de Coutances, en Normandie. Après avoir fait ses études collégiales et théologiques au séminaire diocésain, M. Courtin fut ordonné prêtre, par Mgr de Blois, le 19 décembre 1789, à la veille des malheureux événements qui devaient bouleverser de fond en comble la France religieuse, civile et politique.
Mis en demeure de prêter le serment d'allégeance à la constitution nouvelle du clergé, il préféra s'en aller en Angleterre, au risque de souffrir toutes les privations et toutes les misères qui sont le partage le plus ordinaire des exilés.
M. C.-G. Courtin dut attendre plusieurs années avant de pouvoir passer au Canada, où il ambitionnait de se livrer au ministère curial, contrairement à tant d'autres que pareille perspective effrayait.
S'étant entendu avec l'abbé Malavergne, et aussi avec Monseigneur de la Marche, qui payait les dépenses des voyages avec l'argent de Monseigneur Hubert, l'abbé Courtin put enfin réaliser son désir de passer au Canada, et il arriva à Québec en même temps que M. Malavergne, le 28 mai 1795. Leur premier bonjour fut pour l'évêque. "J'irai où il plaira à Votre Grandeur de m' envoyer", s'écria l'abbé Courtin. Peu m'importe l'endroit, pourvu
(1 j 6 octobre 1765, à Saint-Martin de Vendôme. Archives Séminaire Nicolet. Papiers Courtin.
que je puisse rendre service. Après tout, je ne suis pas prêtre pour moi tout seul, les gens qui me recevront chez eux ne verront en moi que le ministre de Dieu ; tout le reste m'est indifférent." Mgr Hubert lui offrit la cure de Gentilly, humble paroisse qui n'existait que depuis une dizaine d'années. Ce fut la première et la dernière cure du prêtre français. Il l'administra pendant plus de trente-sept ans, avec une sagesse remarquable. Son unique ambition consistait à étendre le royaume de Dieu, et, dans ce but, il crut faire œuvre religieuse et patriotique à la fois en contribuant, pour sa part, à la colonisation des Bois-Francs, encore peu connus et peu habités. Un mouvement s'étant produit vers ces lieux, dont on disait merveille comme pa3^s agricole, le curé de Gentilly en profita pour l'aider et l'activer dans la mesure de ses ressources. Les cultivateurs des paroisses riveraines du fleuve St- Laurent, depuis St-Pierre-les-Becquets jusqu'à Nicolet, s'imaginèrent, avec beaucoup de bon sens, qu'ils ne devaient pas perdre l'occasion qui s'offrait à eux de défricher ces terres, afin d'y établir leurs enfants. Mais il y avait de sérieuses difficultés à vaincre. Le curé Courtin encouragea les siens du mieux qu'il put, leur promettant même de venir à leur aide, du moins quant à la partie religieuse. Et bientôt l'on vit des jeunes colons partir, la hache au bras, s'enfoncer dans les terres qu'arrosent les rivières Bécancour et Nicolet et s'attaquer aux géants de la forêt avec un courage des plus louables. AI. Courtin luimême, malgré son âge, entreprenait des trajets de six ou huit lieues afin d'aller porter les secours de son ministère à ces braves défricheurs, dire pour eux la messe dans des cabanes en bois rond, et les encourager dans
leurs indicibles labeurs. Bientôt les cantons de Maddington et de Blandford furent envahis par ces héroïques pionniers. La tradition, pieusement recueillie et transmise par les premiers colons à leurs descendants, nous apprend que les missionnaires, à l'origine, étaient presque tous des prêtres venus de France, et que les plus anciens clochers des Cantons de l'Est furent celui de Saint-Louis de Blandford, sur la rivière Bécancour, et celui de Drummondville, sur la rivière St-François.
M. Courtin fit partie pendant plusieurs années de la corporation du collège de Nicolet, depuis son établissement par lettres patentes en date du 10 décembre 182 1. A sa mort il n'avait pas cessé d'appartenir à ce conseil, et il est facile de comprendre qu'il légua tous ses biens à cette institution, qui lui était d'autant plus chère qu'un de ses confrères, français comme lui, en était supérieur, (i) Par son testament, il disposait de son mobilier en faveur des élèves les plus nécessiteux.
M. Courtin mourut le 16 août 1832, à l'âge de 67 ans. Il avait dû, quelque temps auparavant, abandonner tout travail, pour vivre dans la retraite la plus absolue : l'âge et les infirmités qui l'accompagnent l'avaient terrassé.
Ce prêtre était doué d'un caractère très sympathique ; il était affable envers tout le monde et conciliant en affaires.
Ses confrères l'estimaient dans la proportion de ses qualités et de ses vertus. Ses paroissiens en ont conservé un long et heureux souvenir."
(1) M. l'abbé Jean Raimbault.
Le 9 mars 1824, Lord Dalhousie, et le 21 avril 1831, Lord Aylmer, avaient nommé M. l'abbé C.-G. Courtin aumônier du régiment de Bécancour (i).
Avant de se rendre en x\ngleterre, M. C.-G. Courtin demeura deux ans dans la Flandre autricliienne, d'août 1792 à juillet 1794, comme le constatent ses passeports pour ces divers endroits.
Le 13 août 1792, M. Courtin obtenait un passeport pour voj^ager à l'intérieur du royaume, en route pour la Flandre autricliienne, le 3 août et le 7 septembre 1792, deux passeports pour voyager dans la Flandre autrichienne, et le 30 juillet 1794 un autre passeport pour voyager de la Hague en Angleterre.
Etant vicaire à Gentilly, j'ai travaillé à me procurer le portrait de M. l'abbé C.-G. Courtin. Une ancienne personne, qui était demeurée au presbytère du temps de M. Courtin, me dit avoir vu son portrait, mais qu'après sa mort il fut envoyé à ses parents, en France. Ne pouvant faire plus, je donne le signalement inscrit sur le passeport permettant à M. C.-G. Courtin de voyager dans la Flandre autrichienne : Gabriel-Claude Courtin, âgé de 26 ans, taille, cinq pieds un pouce, cheveux et sourcils châtains, yeux gris-bleus, nez ordinaire, bouche moyenne, menton rond, front petit, visage oval. (2)
M. l'abbé A.-H. Gosselin, dans les Recherches Histo-
(1) Archives Séminaire Xicolet. Papiers Courtin. 2) Archives Séminaire de Nicolet. Papiers Courtin.
riques de M. P. -G. Roy, parlant de M. Courtin, écrit ce qui suit :
"M. Courtin, un des prêtres français émigi'és au Canada en 1795, était accompagné d'un jeune prince de sang royal, fils naturel de Louis XV, frère du Grand Dauphin, oncle, par conséquent, de Louis XVI, de Louis XVIII et de Charles X. Jean-Louis de Bourbon — c'était son nom — passa incognito au Canada et y vécut sous un nom emprunté, pratiquant l'humble métier d'orfèvre dans quelque paroisse de la vallée de la rivière Chambly, où il se maria. Plus tard, il vint se fixer à Bécancour, où il mourut, en 1813. Il laissa plusieurs enfants dont quelquesuns furent se fixer aux Etats-Unis, d'autres à Montréal. Une de ses filles est décédée, il y a quelques années, à un âge très avancé, et fut inhumée à Saint- Valère de Bulstrode, comté d'Arthabaska. Son père ne lui avait raconté son histoire que dans les dernières années de sa vie, et elle-même en fit la confidence à son confesseur, avant de mourir. La vieille mentionnait surtout le fait qu'on avait coupé le cou à un de ses parents, son cousin (Louis XVI), ''''parce quhl y avait eu du train par en haut.''' — Je tiens ces détails du vénérable prêtée lui-même, qui l'assista à ses derniers moments." Selon une tradition familiale et certains documents trouvés, ça et là, il ne serait pas improbable que le nom d'emprunt sous lequel Jean Louis de Bourbon vécut en Canada serait De Carajfe^ décédé à Bécancour le 15 mars 1813.