C. Prince, Léon Thibodeau
Ed. Thibodeau, Nap. PELiyETiER,ptre
Je suis heureux de pouvoir offrir à mes amis de Stanfold un travail historique sur leur paroisse qui leur sera cher à plus d'un titre. Ce sont les écrits du très regretté Monsieur C.-F. Baillargeon, un de ceux que j'ai appelés les historiens des Bois-Francs. Ce manuscrit précieux, que l'on croyait perdu à tout jamais, m'est enfin parvenu, grâce à la bienveillance et à la courtoisie d'un ami. Aujourd'hui, c'est un grand plaisir pour moi, une consolation de le faire arriver à la connaissance des braves citoyens de Stanfold tout d'abord, et à tous les lecteurs de ce recueil.
M. l'abbé C.-F. Baillargeon, comme on le sait, fut curé de Saint-Eusèbede Stanfold, de 1874 a 1886. A cette époque, fatigué des labeurs du ministère curial, épuisé par la maladie, il crut devoir prendre sa retraite, pour jouir d'un juste et légitime repos.
Pendant ses heures de loisirs, M. Baillargeon, qui était un ami de l'histoire, un littérateur et un patriote, s'occupait à recueillir et à rédiger des notes historiques sur les Bois-Francs, et, en particulier, sur son ancienne
paroisse : Saint-Eusèbe. Que de choses, que de faits, que d'anecdotes, par suite de ce travail, sont parvenus jusqu'à nous et ont été empêchés de tomber dans l'oubli !
En parcourant ces notes intéressantes et instructives, les anciens verront passer sous leurs yeux les événements d'autrefois. Ils se rapelleront ce que furent les pionniers fondateurs, le genre de vie pénible et laborieuse auquel ils durent se soumettre pour coloniser, défricher les Bois- Francs. Que de souvenirs glorieux reviendront à leur mémoire, que de choses, que de faits oubliés, même inconnus, repasseront devant leurs yeux en lisant ou entendant lire ce qui va suivre.
Les jeunes, la génération actuelle, en entendant raconter la vie de labeurs, de sacrifices, de privations des premiers colons, en voyant le courage, le patriotisme, l'héroïsme de ces valeureux défricheurs, apprécieront davantage leur œuvre sublime, admireront plus sincèrement leur dévouement et leur rendront le tribut d'hommage et de reconnaissance auquel ils ont pleinement droit.
Je reconnais les difficultés que l'on rencontre, dit M. Baillargeon, à se procurer des reuseignements exacts et détaillés quand, après cinquante ans, soixante ans passés, il faut se confier exclusivement à la mémoire des hommes. Car, il faut l'avouer, les notes écrites sur nos paroisses sont assez rares et les archives à consulter ne nous fournissent pas toujours tous les renseignements désirés et nécessaires.
Edouard Leclerc, fondateur de la paroisse de Stanfold, et les premiers colons.
C'est un fait acquis à l'histoire, que Monsieur Edouard Leclerc, de Saint-Grégoire de Nicolet, fut le premier colon du Canton de Stanfold, le fondateur de la paroisse de Saint-Eusèbe.
C'est en mars 1832 qu'il arriva dans les Bois-Francs et se fixa sur les cinquième et sixième lots du douzième rang du Canton de Stanfold, près de la rivière Nicolet, pour s'y faire un établissement agricole.
Il ne pouvait trouver un sol plus riclie que celui des pointes étendues que forme le cours irrégulier de cette rivière, serpentant alors entre une double rangée d'ormes qu'il osa le premier frapper. Ce fut lui qui, abattant le premier arbre pour construire sa cabane, annonça a cette forêt encore sauvage sa prochaine destruction, sous les coups incessamment répétés de la hache des colons qui devaient marcher sur ses traces.
A son arrivée à Stanfold, Edouard Leclerc était célibataire, âgé d'environ 24 ans. Il épousa à Gentilly, le 8 avril 1839, Demoiselle Marie Zoé Landry Bercase, de Stanfold.
M. Edouard Leclerc était un homme de taille moyenne, d'une constitution robuste, traits accentués, front large et découvert, œil vif et pénétrant, nez aquilin, bouche toujours souriante. On sentait invinciblement en lui l'homme de cœur et d'énergie. Sur le déclin de sa vie,
ses traits étaient, à la vérité, altérés parles rudes travaux auxquels il s'était livré pendant de longues années, et son visage était un peu labouré par les rides des soucis de famille ; car si M. Edouard Leclerc a été béni dans sa pénible besogne du défrichement de son champs, il ne l'a pas été moins dans sa postérité. A un moment donné, il pouvait réunir autour de sa table vingt-deux enfants, dont sept issus de son premier mariage avec Demoiselle Zoé Landry Bercase, et quinze de son second mariage avec Demoiselle Olive Poisson.
Monsieur Edouard Leclerc, après avoir occupé la même propriété toute sa vie, mourut le 28 mars 1878, âgé de 70 ans.
Terre de Stanfold, sois légère sur la tombe de cet homme de bien, de ce chrétien irréprochable, de ce héros de la colonisation qui dort d'un paisible sommeil dans le champ de Dieu, dans ce village de la mort, à l'ombre tutélaire de la croix et de la maison de Dieu !
Heureux celui qui repose Au pied du clocher natal, Réveillé dès l'aube rose Par la chanson du métal ;
Il dort près de sa demeure, N'a changé que de lit clos ; De sa fejïime qui pleure.
Il entend tous les sanglots.
Celui qui meurt au village N'est jamais tout à fait mort.
Dans l'année mil huit cent trente deux arrivaient encore à Stanfold MM. François Pellerin, Narcisse Béliveau, Pierre Poirier, Alphée Hébert et Noël Bourque.
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Tous s'établirent dans les environs de leur co-paroissien Edouard Leclerc, sur les bords de la rivière Nicolet.
Trois des pères de ces hardis colons les avaient conduits dans trois voitures, avec le bagage strictement nécessaire d'ustensiles, de linge de corps et de provisions de bouches. On arriva à la rivière Nicolet le soir. Il fallut pourvoir tout de suite à l'installation pour la nuit ; les chevaux, enveloppés dans leurs couvertures, durent coucher dehors au fin clair de la lune, et les neuf hommes, majestueusement drapés dans des peaux de buffle, durent passer la nuit à la belle étoile.
Un ciel serein, une lune qui dardait sur la terre ses rayon enchantés, une température sèche, un froit presque sibérien, un vent du nord-est qui soufflait aigre-doux, il y avait là de quoi mettre «^n verve les favorisés des muses ; pour ces voyageurs fatigués, ils n'y trouvèrent rien qui pût faire monter d'une manière alarmante le baromètre de leur enthousiasme. Le lendemain matin, les trois conducteurs des voitures reprirent la route de Saint-Grégoire.
Vers 1834, M. Zéphirin Coulombe et sa femme, Marie Prince, M. Pierre Landry Bercase et sa femme Odile Gaudet vinrent renforcer la petite colonie de la rivière Nicolet. Après quelques années passées sur le cinquième lot du douzième rang de Stanfold, M. Pierre Landr}^ Bercase se choisit une nouvelle propriété, sur le quatrième lot du onzième rang d'Arthabaska. Il fut le premier colon de la partie du canton d'Arthabaska appartenant aujourd'hui à la paroisse de Saint-Norbert.
Quelques temps après l'arrivée de MM. Z. Coulombe et Pierre Landry Bercase à Stanfold, MM. Alexis Tur-
cotte et sa femme, Charlotte Prince ; Pierre Landry Bercase, père, et sa femme, Marie Abraham ; Abraham Landry Bercase et sa femme Marie St-Cyr, eux aussi de Saint- Grégoire, vinrent s'établir à Staufold.
Dans le printemps de 1836 on 1837, M. Joseph Pelleiin, natif de Saint-Grégoire, mais résidant à la rivière Bécancour depuis quelques années, (i) vint se joindre aux premiers colons de Stanfold, mais il se fixa à une assez grande distance de leurs établissements, sur le neuvième lot du neuvième rang, non loin de l'endroit où la voie ferrée traverse le chemin qui conduit de Stanfold à Somerset. Il ne pensait certainement pas, ce brave habitant, à son arrivée dans ce lieu, qu'avant 20 ans des chars traînés par la vapeur passeraient devant sa porte avec la rapidité de la flèche.
Avant de se fixer à Stanfold, M. J. Pellerin séjourna trois à quatre ans à la rivière Bécancour, dans le ler rang de Bulstrode. Le 5 juin 1833, il épousa, à Gentilly, Angélique Houle, fille de Charles Houle et de Louise Deshayes, aussi de Bulstrode. Le 29 juillet 1834, il fit baptiser, à la rivière Bécancour, un enfant du nom de Joseph, né le 20 avril 1834. Parrain, Charles Houle, marraine, Louise Deshayes. Le 13 janvier 1836, encore à la rivière Bécancour, il fait baptiser une fille du nom de Célina, née en novembre 1835. Le 6 février 1838, à la rivière Nicolet, Stanfold, il fait baptiser un garçon du nom de Joseph, né le 28 juillet, 1837. Parrain, Charles Houle, marraine, Marie Houle.
A peine M. Joseph Pellerin était-il an'ivé à Stanfold
(1 j Voir Registres de Gentilly.
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et avait-il commencé sérieusement les travaux de défricliement sur le lot qu'il s'était choisi, qu'il découvrit que cette terre n'entrait pas dans le domaine du Gouvernement, mais qu'elle était bien et dûment la propriété de quelques gros capitalistes anglais, qui savaient si bien, dans ces temps, jouer à la cachette avec les colons.
Ils ne se gênaient pas de les déposséder sans pitié, ou d'exiger d'eux des prix exorbitants. Sans hésiter un seul instant, M. Pellerin céda son lot à son beau-père, M. Charles Houle, (i) et se plaça sur le lot voisin, le huitième lot du neuvième rang, qui appartenait à la Couronne. Ce fut son bonheur, car M. Joseph Pellerin est demeuré tranquille, possesseur de son champ jusqu'au jour de son décès, arrivé le 4 juin 1865. Il était âgé de 52 ans.
Dans le printemps de l'année 1836, M. Charles Houle, de Bécancour, avec sa femme, Louise Deshayes, vint résider sur le neuvième lot du neuvième rang de Stanfold, qu'il avait obtenu de son gendre, M. Joseph Pellerin, et le défricha courageusement, au prix de ses sueurs, aidé dans ses travaux par ses enfants qui ne le cédaient en rien à leur père quant au courage et à l'énergie. M. Charles Houle, avant de se fixera Stanfold, passa quelques années dans le ler rang de Bulstrode.
Avant de mourir, M. Charles Houle avait partagé son lot entre ses quatre fils : Charles, Joseph, David et Louis. M. Joseph Houle, qui devint l'un des plus aisés cultivateurs de Stanfold, était devenu possesseur des terres de ses deux frères, David et Louis. M. Charles Houle avait su et pu, au milieu de certaines tracasseries
(1) Charles Houle était l'oncle maternel de la mère de l'auteur, (C, E. M.)
SAINT-EUSEBE DE STANFOLD 2iq
qui lui furent suscitées par un grand propriétaire qui s'était montré le bout de l'oreille, conserver son lot jusqu'à sa mort, arrivée le lO juin 1861. Il était âgé de 78 ans.
Monsieur Pierre Richard et ses quatre fils : pierre, auguste, bruno et charles
Vers 1827, M. Pierre Richard, habitant de St-Grégoire de Nicolet, marié en premières noces à Demoiselle Marie Thibaudeau, et en seconde noces à Demoiselle Marie Jalbert, vint s'établir à la rivière Bécancour. Parmi les membres de sa famille se trouvaient quatre garçons : Pierre, Auguste, Bruno et Charles.
Pierre épousa à Gentill}^ le 9 janvier 1832, Demoiselle Julie Héon dite Raymond, de la Rivière Bécancour.
iVuguste épousa à Gentilly, le 18 janvier 183 1, Demoiselle Luce Héon, de la Rivière Bécancour.
Bruno épousa à Gentilly, le 17 février 1835, Demoiselle Julie Leblanc, du ler rang de Bulstrode, mission de la rivière Bécancour.
Charles épousa à la Rivière Bécancour, le 25 novembre 1839, Demoiselle Angèle Mailhot.
Vers 1836, M. Pierre Richard acheta, dans le loème rang de Stanfold, un lopin de terre pour y établir ses quatre garçons. Ceux-ci vinrent prendre possession de ce terrain au printemps de 1837.
A cette même date, un autre habitant de St-Grégoire, M. Pierre Béliveau, époux de Ovile Bourque, vint s'éta-
blir à la rivière Nicolet, dans les environs de M. Edouard Leclerc.
M. Pierre Richard, père, mourut à Saint-Louis de Blandford, chez son fils Stanislas, le 23 janvier 1858, âgé de 76 ans.
Les quatre frères Richard étaient des hommes robustes, infatigables et accoutumés aux rudes travaux des champs. Ils se mirent résolument à l'œuvre et tous les superbes géants de la forêt qui s'étaient crus jusque là invincibles dans leur retraite culbutaient tour à tour, sous les coups incessamment répétés de la hache de ces hardis pionniers de la colonisation. En peu de temps, nos braves travailleurs se firent des défrichements assez considérables.
Dans l'hiver de 1838 un nommé Joseph Hébert, de Saint-Grégoire, époux de Julie Garon, ayant vendu sa terre, vint prendre possession du lot voisin des Richard. Il avait apporté avec lui une chaudière à potasse ; c'était la première qui pénétrait dans le canton de Stanfold. Les frères Richard en profitèrent pour fabriquer un quart de potasse de première qualité. Mais le quart de potasse fabriqué, il fallait aviser aux moyens de l'exporter, et ce n'était pas une petite entreprise que de se rendre à Gentilly. On se voyait dans l'obligation de traverser d'abord la savane de Stanfold, longue de trois lieues, et ensuite celle de Blandford, entre la rivière Bécanccur et le Domaine de Gentilly, aussi longue que la première. Il fallait suivre un chemin à demi fait, dans un état impraticable et même dangereux pour la vie des voyageurs.
C'était en plein milieu de juillet. Le lundi au matin,
de bonne heure, les quatre frères Richard fixèrent solidement le quart de potasse sur un rustique traineau ; les deux bœufs de l'établissement furent chargés de la besogne de transport ; Storn fût placé dans les menoires et Bock fut mis de l'avant. Pierre et Auguste Richard furent choisis pour faire le voyage. On partit joyeusement, résignés à toutes les péripéties de la route.
Quand ou arriva à la savane, le soleil était déjà haut sur l'horizon. A peine avait-on parcouru quelques arpents de cette voie périlleuse, que toutes les familles malcommodes de la forêt s'étaient donné rendez-vous auprès de la petite caravane, décidées de profiter largement de la bonne aubaine qui s'offrait à leur appétit vorace. Les maringouins,les moustiques, les brûlots torturaient affreusement les hommes, tandis que les taons s'étaient assemblés autour des deux bêtes de somme, les enveloppaient de toutes parts comme une ville assiégée et les pressaient avec fureur. Les hommes suaient à grosses gouttes et avaient toutes les peines du monde à se protéger contre les piqûres de leurs ennuj^eux visiteurs. Les bœufs enfonçaient à chaque pas jusqu'aux genoux dans les marais, et, par temps, devenaient presque furieux ; ils se jetaient à terre et poussaient des cris formidables ; les deux conducteurs en avaient tout leur raide à ramener Storn et Bock au devoir.
Pierre Richard, dont la patience était mise à une rude épreuve, saisissait de sa main vigoureuse un long fouet et le faisait jouer dans les airs, et sa mise allait invariablement s'abattre sur le dos d'un des taons qui s'était imaginé avoir élu domicile sur les flancs du pauvre Bock. Le taon ainsi terrassé pirouettait sur lui-même
et allait mordre la poussière. Cette œuvre de destruction se poursuivait pendant des demi-heures avec une dextérité étonnante, mais c'était peine complètement perdue. Pour vingt taons qui succombaient sous les coups de fouet de Pierre Richard, quarante autres plus alertes s'élançaient en colonne serrée sur le dos des deux bêtes à corne, pour venger la mort de leurs camarades. Et dire que, dans de pareilles circonstances, il fallait toute la journée à nos deux hommes pour franchir la savane de Stanfold ! Ils arrivèrent dans la veillée à la rivière Bécancour et allèrent se reposer des fatigues du voyage chez leur père. Le lendemain au matin, on mit un cheval vigoureux et une bonne charrette à la disposition des voyageurs, qui prirent sans délai le chemin de Gentilly.
Il y avait alors un gros magasin tenu par monsieur Adolphe Stein. Ce marchand acheta le quart de potasse à un prix qui donna entière satisfaction aux deux vendeurs. Pierre et Auguste Richard apprirent qu'il y avait aux Trois-Rivières une goélette chargée de blé qui se vendait à bon marché. Ils s'y rendirent tout de suite, achetèrent vingt minots de blé et retournèrent à Gentilly En ce temps-là. Monsieur Grindelair avait là un petit moulin à farine qui était mû par le vent. Or, comme le vent n'était pas favorable et que Grindelair n'avait pas en mains la corde à virer le vent, il arriva que Pierre et Auguste Richard furent obligés de passer deux jours et deux nuits à bailler dans le moulin en attendant leur fleur. Enfin, le vendredi au midi, nos hommes purent prendre la route de Saint-Louis de Blandford. Le samedi, nos deux voyageurs entreprirent de remonter la savane
de Stanfold. Mêmes difficultés et mêmes souffrances que le lundi. Ils arrivèrent au commencement de la veillée à un ruisseau communément appelé " ruisseau du cheval" parce qu'un cheval y perdit la vie. Ce ruisseau serpentait en arrière de la maison occupée pendant de longues années par monsieur Louis Leclerc. Nouvel obstacle, car le ruisseau était gonflé démesurément. Heureusement, Bruno et Charles étaient venus au-devant de leurs frères. Nos quatre bons hommes ne se laissèrent point décourager ; ils se munirent de longues perches, chargèrent leurs épaules des sacs de fleur et se mirent en frais de traverser le ruisseau, non sans courir quelque danger, car l'eau atteignait leurs poitrines. Toutefois, la farine fut protégée contre l'eau ; les deux bœufs franchirent à la nage le ruisseau. Une fois le sauvetage opéré, nos colons, mouillés jusqu'aux os, mais gais comme des pinsons, se dirigèrent du côté de leur logis, où ils arrivèrent au milieu de la nuit. Ainsi, six mortelles journées et une grande partie des nuits pour ce voyage ! c'est presque incroyable.
Vers 1843, ^^- Pierre Richard fils abandonna la culture de la terre et vint se fixer au village de Princeville. Il échangea avec M. Célestin Brunel sa propriété du dixième rang pour une maison bâtie au coin du chemin provincial et de la rue Saint-Jacques.
C'est là que M. Pierre Richard tint maison de pension pendant vingt-huit ans. Avant la construction du chemin de fer qui, depuis 1861, relie Arthabaska à la ville des Trois-Rivières, M. Pierre Richard avait établi une communication au moyen d'une diligence qui faisait le service entre Stanfold et les Trois-Rivières trois fois
par semaine. Plus tard, cette diligence devint quotidienne. M. P. Richard a eu de plus, durant plusieurs années, le contrat de la malle, qu'il faisait transporter trois fois par semaine de Stanfold à Riclimond.
M. Pierre Richard était un des descendants de ces valeureux Acadiens qui furent chassés de leur patrie contre toutes les lois de l'honneur et de la justice et qui, en grande partie, fondèrent la paroisse de Saint-Grégoire, comté de Nicolet. M. Pien^e Richard a amplement prouvé dans le canton de Stanfold qu'il n'avait pas dégénéré de sa nationalité. M. Pierre Richard est décédé à Stanfold, le 24 décembre 1895, âge de 90 ans.
M. Pierre Richard était né à St-Grégoire, le 2 septembre 1805.
L'élan étant donné, l'œuvre de la colonisation du canton de Stanfold entrait dans une ère de progrès sensible. C'est alors que bon nombre de familles des paroisses du fleuve se décidèrent à marcher sur les traces de leurs courageux devanciers et à venir tenter fortune dans le canton de Stanfold.
Bn outre des pionniers déjà connus, les registres de St-Grégoire, de Bécancour, de Gentilly et de St-Pierreles-Becquets, de 1833 ^ 1840, signalent plusieurs autres colons résidants à Stanfold, entre autres ;
François Charette, époux de Marie Mailhot ;
Michel Richer, époux de Julie Bourgeois ;
Pierre Mailhot, époux de Julie Leblanc ;
Charles Roy, époux de Marie Leblanc ;
Laurent Héon, époux de M. -Anne Tourigny ;
Louis Héon, époux de Flavie Gagnon ;
Olivier Mailhot, époux de Marie Paré ;
Siméon Lafrance, époux de Sophie Richard ; Antoine Abel, époux de Angéline Goudreau ; Joseph Lavigne, époux de Sophie Rhau ; Hilaire Richard, époux de Henriette Fournier ; Louis Lavigne, époux de Adélaïde Durand ; J.-B. Ouellet, époux de Victoire Verville ; Valère Lavigne, époux de Sophie Delisle ; David Paré, époux de Julie Hébert ; Amable Leblanc, époux de Geneviève Durand ; Charles Georges Landr}-, époux de Josephte Labissonnière ;
Louis Boisvert, époux de Rose Gagnon ; Moïse Cantin, époux de Geneviève Goudreault ; Godefro}^ Cormier, époux de M. -Marguerite Landry ; Charles Dubois, époux de Marguerite Chandonnais ; Joseph Cloutier, époux de M. Nathalie Sauvageau ; Pierre Cloutier, époux de Louise Bertrand ; Joseph Durand, époux de Marie-Archange Hudon ; Antoine Haniel, époux de Marguerite Cloutier ; Antoine Hébert, époux de ]\I.-01ive Godet ; François Amanne, époux de Angèle Morin ; Louis Martin, époux de Marie Lachance ; Jérémie Ouellet, époux de Olive Prince ; Amable Marchand, époux de Euphrénie Lefebvre ; Charles Prince, époux de Marie Robichaud ; François Lacroix, époux de Marie Lafrance ; Bruno Routhier, époux de Eléonore Abelle ; Placide Beaufort Brunel, époux de Julie Panneton ; Olivier Coulombe époux de Louise Trottier; Augustin Bisson, époux de Olive Tourign}^ ; Alexis Normandeau, époux de Julie Rousseau ;
J. B. Grondin, époux de Ursule Larivée ;
Joseph. St-Cyr, époux de Marie Mailhot ;
Charles Deshayes, époux de Marie Leroux ;
J.-B. Bourque, époux de Lucie Béliveau ;
Pierre Marchand, époux de Angèle Gauthier ;
Joseph PeiTanlt, époux de Suzanne Houle ;
Romain Barthélémy Auge, époux de Louise Doucet ;
Michel Béliveau, époux de M. -Anne Hébert ;
Gabriel Cloutier, époux de Lucie Champoux dite Semper ;
Joseph Bourque, époux de Adélaïde Vallière ;
Godefroy Beaufort dit Brunel, époux de Eniélie Auge dite Vignette ;
F.-X. Delisle, époux de Adélaïde Legendre ;
Hubert Govreau, époux de M. -Anne Baril ;
Moïse Lafrance, époux de Séraphine Chandonnais ;
Les premiers colons de Stanfold, depuis l'année 1832 jusqu'à 1840, étaient demeurés sans prêtre résidant au milieu d'eux. Les dimanches et les fêtes, jours de repos consacrés au Seigneur, ils s'assemblaient au pied d'un tronc d'arbre sur lequel ils plaçaient l'image du Christ et adressaient au ciel de ferventes prières. On lisait dans ces réunions quelques pages d'un livre édifiant ; on récitait le chapelet et on chantait quelques cantiques, de ceux si aimés de notre population.
Quel touchant spectacle pour le ciel que celui de ces hommes, de ces enfants adressant à l'Auguste Reine des Cieux qu'on n'invoque jamais en vain, ces belles paroles :
Je mets ma confiance, Vierge, en votre secours.
Servez-moi de défense, Prenez soin de mes jours.
Ht les petits anges du Seigneur, voyant couler les larmes de ces généreux colons, disaient pour eux à la Consolatrice des affligés :
Je pleure et je souffre, ô ma mère !
Sur moi daijrnez jeter les yeux :
Car, avant d'être Reine aux cieux, Vous avez partagé notre existence amère.
Quoi ! dans la gloire oublierez-vous
Tout ce que votre exil enferme de souffrance ?
Non, vousa-"ez souffert ; voilà notre espérance, Marie, ayez pitié de nous !
Et ces doux épancliements de cœurs malheureux dans ce cœur tout d'amour et tout de consolation ranimaient ces pauvres défricheurs, exilés sur la terre de Stanfold.