‹ Les Bois-Francs (volume 2)Chapitre 51 sur 115 · PREMIERS MISSIONNAIRES DE STANFOLD · texte numérisé non relu

PREMIERS MISSIONNAIRES DE STANFOLD

Le 8 mars 1834, M. Michel Carrier, curé de Gentilly, bénit, sur les bords de la rivière Nicolet, dans le canton de Stanfold, la fosse de Laurent Héon, époux de Marie- Anne Tourigny, décédé l'été précédent, âgé de 30 ans. (i)

(1) Voir Registres de Gentilly.

Si M. Carrier a dit la messe, lors de cette visite, ce qui n'est pas impossible, il est le premier prêtre qui ait célébré les Saints Mystères sur la terre de Stanfold ; sinon, l'honneur en revient à M. Olivier Larue, curé de Gentilly et missionnaire des Bois-Francs.

Il est bien certain que M. O. Larue fit la mission à Stanfold, sur les bords de la rivière Nicolet, les 6, 7 et 8 février 1838. Il dit la messe dans la maison de M. Pierre Landry dit Bercase, sur le cinquième lot du douzième rang de Stanfold.

Il baptisa sous condition huit enfants et suppléa aux cérémonies du baptême de deux autres.

Le premier de ces enfants baptisés sous condition fut Joseph Pellerin, fils de Joseph Pellerin et de Angélique Houle ; Parrain, Charles Houle, marraine, Marie Houle. Cet enfant était né le 28 juillet 1837.

M. O. Larue bénit aussi les fosses de Luce Dubois, décédée le 10 août 1836, âgée de 17 ans ; de Flavie Cantin, décédée le 24 mars 1837, âgée de deux ans et de Zoë Cantin, décédée le 14 octobre 1837, âgée de 18 mois. Cette jeune fille et ces deux enfants avaient été enterrés par M. Antoine Abelle.

Le premier acte relatif à Stanfold que nous trouvons dans les registres de Gentill}^ est le baptême, par M. Michel Can-ier, le 4 mars 1834, de Marie Lucie, née le 24 février précédent, fille de Charles Roy et de Marie Leblanc.

Les 15 et 16 janvier 1839, M. O. Larue fit une seconde mission à Stanfold. Il suppléa aux cérémonies du baptême de onze enfants. Le mercredi, 16 janvier 1839, dans la maison de M. Landry dit Bercase, eut lieu le mariage de Edouard-Abraham Landry et de Marie Saint-Cyr.

Ce fut le premier mariage célébré dans le canton de Stanfold.

M. Olivier Larue visita encore les fidèles de Stanfold, en décembre 1839, en juin, juillet et octobre 1840.

Dans sa première mission, en février 1838, AI. Larue bénit un petit cimetière sur les bords de la rivière Nicolet, sur la propriété de monsieur Edouard Leclerc, sur le 5ème lot du i2èmerang de Stanfold. Dans le printemps, les colons se firent un religieux devoir de l'entourer d'une clôture en pieux debout. C'est dans cette terre bénite que reposèrent de leur dernier sommeil : Luce Dubois, Fia vie Cantin, Zoé Cantin, Salomon Vézina, époux de Marie-Anne Baril et Pliilomène Lafrance, fille de Simon Lafrance et probablement Laurent Héou, lui aussi enterré sur les bords de la rivière Nicolet en 1833. Ce petit cimetière était situé sur le côté nord de la rivière Nicolet, où I\I. Edouard Leclerc avait alors sa cabane, et avait été donné par lui, pour y inhumer les morts, en attendant que la cliose fût réglée par qui de droit.

]\I. l'abbé Denis Marcoux, vicaire à Gentill}?- et chargé d'aider M. le curé O. Larue dans le travail de la desserte des Bois-Francs, vint deux fois pour les malades à Stanfold, dans les années 1839 et 1840, et chaque fois il a dit la messe dans la maison de I\I. Pierre Prince, sur le onzième lot du neuvième rang de Stanfold. Cette maison était bâtie près de la résidence de l'honorable Louis Richard, aujourd'hui (1914) propriété de M. le Docteur P. U. Garneau, sur la moitié Ouest du iième lot du 9ème rang de Stanfold.

Elle sert actuellement de cuisine à la résidence de M. le docteur Garneau.

Le II février 1840, M. D. Marcoux fit sa première mission à Stanfold, où il baptisa vingt enfants.

En mars 1840, M. D. Marcoux fit sa seconde mission. Le 30 mars 1840, il inhuma dans le cimetière de Stanfold le corps de Marie-Louise Matte, décédée le 28, âgée de 57 ans, épouse de Adrien Piché, du townsliip d' Artliabaska.(i) La troisième et dernière mission de M. D. Marcoux à Stanfold eut lieu en juillet 1840.

A l'automne 1840, la mission de Stanfold fut confiée à M. l'abbé C. Gagnon, nommé missionnaire des Bois- Francs, avec résidence à Somerset.

Pour les différents actes de baptêmes, mariages et sépultures relatifs à Stanfold, du 4 mars 1834 à décembre 1839, il faut recourir aux registres de Gentilly ou au greff"e des Trois-Rivières.

De janvier 1840 à octobre 1848, ces actes se trouvent dans les registres de Somerset ou au greffe d'Arthabaska. Il est bon de ne pas oublier que les registres pour les Bois-Francs, de 1840 à 1844 inclusivement, déposés au greffe d'Arthabaska, sont intitulés : Registres pour les missions catholiques de Blandford, etc.

Après 1840, on trouve encore, dans les registres de Gentilly, quelques actes relatifs à Stanfold. De même que de 1844 a 1848, il pourrait être nécessaire de consulter les registres de Saint-Norbert d'Arthabaska.

Le premier registre de Stanfold, déposé au Greffe d'Arthabaska, a été authentiqué par le juge Bourne, le 9 octobre 1848. Il contient quatre actes de sépultures et douze actes de baptêmes. Ces actes ne se trouvent pas dans les archives de la cure de Saint-Busèbe de Stanfold.

(1) Yoiv Greffe Arthabaska, Missions catholiques de Blandford etc.

Liste des baptisés dont les noms ne se trouvent pas à Stanfold, niais au Greffe d'Artliabaska : Octave Michel, Marie Richard, Hélène Girouard, M.-Emélie Beauchesne, Joseph Galarneau, M.-Louise Fiset, Clovis Goudreau, M.-Adélaïde Richard, M. -Anne Girouard, Zoé Labelle, Cyrille Rau, M. -Rosalie Bourassa, Marie Arseneau, J.- Guillanme Prince, Ludger Brunel.

Le premier registre consei'vé dans les archives de la cure de Saint-Busèbe de Stanfold fut authentiqué le 8 janvier 1849, et le premier acte enregistré est daté du 9 et signé par M. l'abbé Antoine Racine, premier curé de Saint-Kusèbe de Stanfold.

SALOMON VEZINA ET PHILOMENE LAFRANCE

Monsieur Salomon Vézina était un brave colon, mais il n'était pas fortuné ; pour le sûr, il ne l'était pas autant que le Salomon des temps anciens. Après les semailles du printemps de l'an 1839, Salomon Vézina descendit à pied à Gentilly (distance de plus de neuf lieues) pour se pourvoir d'un sac de farine. En remontant la savane, avec cent livres de fleur sur le dos, il transpira affreusement sous l'effet des rayons brûlants du soleil de juillet, et, en arrivant le soir, à sa chaumière, il commit l'imprudence de se désaltérer avec de l'eau bien froide. Il con-

tracta tout de suite une pleurésie et succomba au bout de quelques jours.

Pour le transporter au cimetière, à travers l'épaisse forêt, les colons avaient lié solidement des brandies flexibles d'arbres tout autour du cercueil ; une longue perclie fut passée entre ces branches et le couvercle de la tombe, et huit hommes, quatre en avant de la bière et quatre en arrière, tenant sur leurs épaules les deux extrémités de la perche, le conduisirent à sa dernière demeure. On traversa la rivière Nicolet sur un petit cageu. Quand le corps fut déposé dans la terre, un des colons, Antoine Abelle, nt l'office de fossoyeur, et tous s'agenouillèrent, en priant pour le repos de l'âme de celui qui les avait précédés dans le champ de la mort.

Simon Lafrance, époux de Marie-Anne Baril, défrichait en ces temps-là une terre sur les bords delà rivière Nicolet. Sa fille était engagée, en la paroisse de Gentilly. Quand elle eut finit son temps de service, en août 1839, elle prit le chemin de la demeure de ses parents. Arrivée à la rivière Bécancour, elle ne voulut pas s'aventurer sans compagnon dans la savane, car, à cette époque de l'année, on y voyait souvent rôder des ours ; d'ailleurs, la simple prudence lui faisait une loi de ne pas entreprendre seule une pareille course. On lui dit que François Pellerin, de Stanfold, avait traversé la rivière, une heure auparavant, avec une paire de bœufs attelés l'un devant l'autre sur un sleigh^ avec quatre poches de farine, et que, sa marche devant être nécessairement bien lente, si elle faisait tant soit peu diligence, elle pouvait le rattraper bientôt. Elle traversa la rivière, s'enfonça dans la savane à pas précipités, et cependant elle ne put le rejoindre que sur les

bords de la rivière Blanche. Les pluies torrentielles tombées les jours précédents avaient gonflé démesurément cette rivière, et cependant, il fallait traverser à tout prix et coûte que coûte. François Pellerin se cramponna hardiment au joug du bœuf de l'avant, et Philomène Lafrance au joug de celui de l'arrière, et les deux animaux furent lancés à la nage. Nos deux vo3rageurs baignèrent dans l'eau jusqu'à la hauteur des épaules. La traverse effectuée sans encombre, il fallut continuer la marche précipitamment, pour ne pas trop refroidir après le bain forcé. Rendus à l'endroit où est bâti aujourd'hui le pont, sur le grand chemin provincial, Pellerin continua sa route et Philomène Lafrance prit celle de la demeure de ses parents Bile y arriva sur le soir et trouva la porte de la cabane, fermée à clef.

Elle parvint assez facilement à pénétrer dans l'intérieur de la maison, car alors les colons n'avaient pas à redouter les incursions des voleurs et ne se servaient pas de serrures brevetées. Simon Lafrance et son épouse avaient passé la journée chez Pierre Landry Bercase, pour aider dans un levage de bâtiment. Croyant que ses parents s'en reviendraient dans le cours de la soirée, Philomène Lafrance se coucha, persuadée qu'elle s'éveillerait à leur arrivée. Elle s'endormit d'un profond sommeil, fatiguée qu'elle était, et, malheureusement pour elle, ses parents ne revinrent pas le soir. Ils passèrent la nuit chez M. Pierre Landry Bercase, et ce ne fut que le lendemain au midi qu'ils regagnèrent leur logis. Surpris de voir la porte débarrée, ils pénétrèrent avec une certaine inquiétude dans l'intérieur de leur cabane et trouvèrent leur fille, couchée dans leur lit.

Grande fut leur surprise et terrible leur stupéfaction quand ils découvrirent que leur lille était morte. Pliilomène Lafrance fut la deuxième victime qui succomba à la suite des misères endurées dans le trajet de cette affreuse savane de Stanfold qui, comme on l'a dit bien des fois et avec raison, a bien fait mal parler d'elle pendant sa vie et n'a pas entendu grand bien se dire sur son compte après sa mort. Philomène Lafrance fut inhumée, à côté de Salomon Vézina, dans le petit cimetière, sur la terre de M. Edouard Leclerc.

Dans le printemps de l'année 1840, les eaux de la rivière Nicolet s'élevèrent à une très grande hauteur, et les glaces, charroyant une grande quantité de corps-morts et d'arbres culbutés par le vent, brisèrent trois côtés de la clôture de ce premier cimetière de Stanfold, en rangèrent entièrement la terre et emportèrent dans leur course précipitée les cercueils des personnes inhumées dans ce petit coin de terre, sans qu'on eût jamais pu les retrouver. Cependant, des anciensque j'ai pu consulter disent que quelques-uns de ces corps furent retrouvés, ci et là, après un certain temps, et déposés dans le cimetière. Les registres ne nous donnent aucun renseignement sur ce sujet.

Ce fut, pendant cinq ans, au pied de la croix de ce cimetière, que les colons de la rivière Nicolet se réunissaient, les dimanches et les fêtes, pour prier, chanter des cantiques et réciter le chapelet, alors qu'ils étaient privés de tout secours religieux.

Les premiers colons des Bois-Francs qui avaient fait leurs établissements sur la ten-e de Stanfold, trois ans avant ceux de Somerset, croyaient avoir le droit de ré-

clamer le privilège d'avoir une chapelle avant eux. Quoiqu'on leur eût donné une espèce d'assurance qu'il en serait ainsi, l'autorité religieuse en décida autrement, et, le lojuin 1840, fut fixée par M. Larue, curé de Gentilly, la place d'une chapelle dans Somerset, sur un terrain agréablement situé, près des bords de la rivière Blanche.

Ce fut un bien grand désappointement pour les braves colons de Stanfold. On se résigna cependant de bon cœur et en enfants soumis de l'Eglise, soutenus par la pensée que si un prêtre venait résider à Somerset, il leur serait, à cette distance, assez facile de se procurer les secours religieux dont ils auraient besoin.

Après quinze années de privations et de souffrances, le 29 septembre 1840, fut nommé le premier missionnaire résidant dans les Bois-Francs : M. Clovis Gagnon. M. Gagnon, conformément à l'injonction de Sa Grandeur Mgr Signay, évêque de Québec, fixa sa résidence à Somerset. Il avait à desservir les cantons de Somerset, de Stanfold, de Blandford, d'Arthabaska et de Wai*wick. A Stanfold, il disait la messe alternativement dans la maison de M. Pierre Prince, sur le iièmelotduçèmerang, dans celle de M. Joseph Verville, établi sur le lôème lot

du çème rang, et dans celle de Pierre Landry Bercase, cultivateur, fixé sur le 5ème lot du laème rang.

M. C. Gagnon a dit aussi la messe dans la maison de M. Moïse Rhault, dans le loème rang deStanfold.

Il était obligé d'aller porter les secours de son ministère à des malades, tantôt à St-Jules de Bulstrode (aujourd'hui St-Valère) tantôt à St-Louis de Blandford, tantôt à la Rivière Nicolet, tantôt dans les cantons d'Arthabaska et de Warwick. Il lui fallait parcourir une étendue de plus de douze lieues, à travers la forêt et dans des chemins pour ainsi dire impossibles.

M. Louis Prince, qui a fait quelques courses avec cet infatigable missionnaire, disait qu'il avait une fois traversé la rivière Nicolet avec lui, à la raquette, et qu'ils enfonçaient tous deux dans la neige et dans l'eau jusqu'à la profondeur de sept et huit pouces. C'était aux yeux de M, Prince une espèce de miracle que de voir la santé de M. Gagnon se soutenir au milieu des misères semblables et presque journalières.

M. Clovis Gagnon a été considéré dans son temps comme le plus grand, le plus intrépide et le plus infatigable marcheur que nos cantons aient jamais porté. C'était un jeudi, le 28 avril 1842. Dans l'après-midi de ce jour, M. Gagnon était parti à cheval de Somerset, à travers le bois, et s'était rendu à sa mission, qu'il devait commencer le lendemain, dans la maison de M. Joseph Verville. Il faut vous dire que M. Joseph Verville n'était pas connu en ces temps-là dans la colonie de Stanfold autrement que sous le nom de Thazo Verville.

On l'informa, vers la fin de la nuit, qu'il était demandé pour un malade, dans le bas de la rivière Bécan-

cour. Il se lève tout de suite, dit la messe, prend le Saint-Sacrement et se rend au point du jour à la maison de M. Pierre Richard. Il s'informa à lui s'il croyait qu'il serait possible de traverser la savane à cheval.

M. Pierre Richard, qui connaissait très bien le chemin à parcourir, lui répondit que, vu les grands dégels des jours précédents, il ne serait pas prudent de s'aventurer à cheval dans la savane ; que les chemins défonceraient et qu'il pourrait lui arriver quelque accident. M. Gagnon ne tint pas compte de cet avis et il se lança dans la savane. A peine M. Gagnon avait-il fait quelques arpents, qu'il comprit la gravité de la situation et rebroussa chemin. Il fit mettre son cheval dans l'écurie de M. Richard, prit ses jambes, enchâssées dans de grandes bottes de cuir rouge, et se rendit à pied à la cabane du malade. Il le confessa, lui administra les sacrements de l'Eucharistie et de l' Extrême-Onction, le prépara à la mort et fut de retour à la maison de M. Pierre Richard vers quatre heures de l'après-midi. Après avoir soupe, M. Gagnon reprit la route de sa mission.

Ainsi, dans sa journée du vendredi 29 avril 1842, M. Gagnon avait parcouru douze longues lieues, deux à cheval, et dix à pied dont six dans cette affreuse savane de Stanfold, si redoutée des voyageurs les plus courageux. Par ce seul fait, pris entre un grand nombre, on peut se faire une idée du courage et de la force physique de M. Clovis Gagnon.

LEb PREMIERS MARCHANDS DE STANFOLD, LE PREMIER NOTAIRE ET LE PREMIER MEDECIN

Le premier marchand de Stanfold a été M. Joseph Girouard. Il s'était choisi, en 1838, un lopin de terre, au lome rang, avait bâti une potasserie et une perlasserie et y avait en même temps ouvert un petit magasin. M. Girouard achetait le sali des colons et leur donnait souvent, lorsque le stock était en baisse à Stanfold, un bon, qu'on était obligé d'aller échanger pour des provisions de bouche à St-Louis de Blandford, où M. Girouard tenait un dépôt de fleur et de lard.

Voyons les inconvénients de cet ordre de choses , pour les pauvres colons.

Ainsi, M. Elie Desharnais, fixé en 1840 sur un demi lot (lot 26 du lOme rang de Stanfold) près de la ligne de Bulstrode, parcourait près de trois lieues à travers la forêt, avec un sac de sali sur le dos, pour venir le vendre à M. Girouard, qui lui donnait en retour un bon payable en fleur, à la rivière Bécancour. Il fallait ensuite prendre le chemin de la savane pour aller s'approvisionner à cet endroit. Une fois rendu à la rivière Bécancour, il ne faut pas demander si la faim le pressait, après une marche si pénible. Alors, sans cérémonie, il attachait solidement sa poche de provisions, près de la gueule^ y mettait un peu de farine qu'il délayait avec de l'eau de la rivière

SAIXT-EUSEBE DE STANFOLD 239

et faisait cuire cette pâte sur un couvercle de chaudron qu'il empruntait d'un colon du voisinage. On me croira facilement si je dis que cette galette, ainsi improvisée, sans œufs, sans sucre blanc etsans poudre allemande, ne valait pas les succulents gâteaux de nos jours.

Tout de même, M. Desharnais, réconforté par ce pain grossier, plaçait sur ses épaules un sac de provisions pesant plus de cent livres et reprenait joyeusement le chemin de son logis, en suivant la grande ligne de Bulstrode, par une voie difficile et semée de marais. Ainsi, dans ces temps-là, nos braves défricheurs de Stanfold étaient obligés de parcourir à pied huit ou neuf lieues avant de pouvoir mettre sur leurs tables la nourriture nécessaire pour eux et pour leurs familles.

Monsieur Louis Richard, de saiut Grégoire, marié avec demoiselle Hermine Prince, le 15 janvier 1841, vint se fixer à Stanfold quinze jours après son mariage. Après avoir cultivé pendant six mois une terre à la rivière Nicolet, il s'établit sur un demi lot (moitié-Est du onzième lot du neuvième rang de Stanfold) situé dans les limites actuelles du village de Princeville, et comme il avait exercé le métier de colporteur, il ouvrit un modeste magasin ; ainsi, M. Louis Richard fut le second marchand de Stanfold.

M. Pierre Prince, fixé à Stanfold en 1839, ouvrit un magasin à la fin de l'été de l'année 1841 et fut le troisième marchand de cette paroisse.

En 1838, M. Joseph Prince, de St-Grégoire, avait acheté de l'Agent des terres du Gouvernement des Trois- Rivières le onzième lot du neuvième rang du canton de Stanfold, la moitié ouest pour M. Pierre Prince et la

moitié est pour M. Hilaire Richard. M. H. Richard n'a jamais habité ce demi lot, mais il l'échangea avec son frère M. Louis Richard pour un demi lot à la rivière Nicolet et un lot entier situé dans le onzième rang du canton de Somerset.

Avant que M. Pierre Prince prît possession de son demi lot, ce lopin de teiTe était occupé par M. Ls Prince, beau-père de Al. François Pellerin, qui y avait fait quelques petits défrichements et y avait construit un caveau pour mettre en sûreté les patates qu'il récoltait. Ce caveau, fait tant bien que mal, ou plutôt beaucoup plus mal que bien, était situé sur le teiTain actuel de la fabrique, près de la rue Saint-Jacques. Vers le 15 octobre 1837, cinq voyageurs remontaient la savane, portant sur leurs épaules d'énormes sacs de provisions : c'étaient Messieurs Edouard Leclerc, François Pellerin, Alexis Turcotte, François Jeannotte et un autre défricheur nommé Baby Fontaine, dont le vrai nom était Jean- Baptiste Billy. Ces braves colons furent assaillis, en plein milieu de la savane, par une pluie torrentielle et de longue durée. Ils arrivèrent sur le soir à ce caveau, épuisés, tout mouillés et tout glacés. Il fut décidé unanimement qu'on y passerait la nuit. Les fatigues de la journée ne les empêchèrent pas de dormir d'un profond sommeil. Le lendemain matin, il fallut songer à sortir de ce gîte. Ce fut presqu'un mystère d'en trouver le moyen. D'abord grande difficulté pour trouver la porte, au milieu de l'obscurité affreuse qui les enveloppait de toutes parts. Le soleil avait beau darder ses plus ardents rayons sur le caveau, pas une parcelle de sa brillante lumière ne pénétrait à l'intérieur, pour'^ a bonne raison

qu'il n'y avait aucun châssis. Une fois la porte trouvée, nouvel embaiTas pour l'ouvrir, parce que les pluies abondantes du jour précédent et de la nuit l'avaient tellement renflée, qu'elle se tenait aussi sen'ée dans son encadrage grossier qu'une cheville enfoncée à coups de niasse dans de gros piquets d'une clôture de cèdre. Nos voyageurs n'avaient pas à leur disposition tous les outils qu'on rencontre dans les boutiques des ouvriers ; des couteaux de poches étaient les seuls instruments qu'ils avaient en mains. Cependant, il leur fallait sortir, sortir par la porte, et pour passer par là il était absolument nécessaire que la porte s'ouvrît. Ces colons n'avaient pas encore revêtu les qualité glorieuses des corps ressuscites : ils n'avaient pas la subtilité pour passer à travers les corps les plus opaques et les plus durs, comme notre Seigneur, qui entra dans le cénacle les portes fermées. Leurs genoux et leurs bras vigoureux avaient beau lutter d'énergie et de désespoir, la porte semblait se rire de leurs efforts et refusait opiniâtrement de leur livrer passage.

La position devenait de plus en plus tendue.

Enfin, de guerre lasse, la porte céda sous les coups redoublés et la clarté du jour ne se fit autour de nos courageux voyageurs que pour leur faire comprendre le triste état de deux de leurs compagnons de route. K ;■■- Trois des voyageurs, MM. Edouard Leclerc, François Pellerin et Baby Fontaine étaient, le matin, assez reconfortés et avaient bon pied et bon œil. Il n'en était pas ainsi de MM. Alexis Turcotte et de François Jeannotte. Ils avaient les jambes et les bras presque perclus et ils étaient incapables de faire un mouvement. On fut

obligé de les traîner hors du caveau à force de bras, de les exposer aux rayons du soleil pour les dégourdir et de leur frictionner les bras et les jambes, pendant plusieurs heures, pour les mettre sur pieds. Enfin, après bien des soins, plus ou moins doucereux, Alexis Turcotte et François Jeannotte purent se dresser sur leurs jambes et continuer, quoique misérablement, avec leur trois compagnons, leur route jusqu'à la rivière Nicolet, lieu de leur résidence.

Le premier notaire à Stanfold a été M. François- Xavier Pratte, qui arriva le lo mai 1844. M. Pratte, pendant près de 30 ans, a exercé sa profession à Stanfold, et, par son amour du travail et son honorabilité, a su gagner à un haut degré la confiance de tous ses concitoyens qui, à plusieurs reprises, l'ont porté aux charges les plus importantes.

Le premier médecin a été M. Urgèle-Médéric Poisson, qui se fixa à Stanfold le 28 septembre 1848, y pratiqua sa profession avec succès pendant l'espace de onze ans et demi, et finalement alla résider à St-Christophe d'Arthabaska, où il fut nommé coroner des comtés de Drummond, Arthabaska et Mégantic.

Page 1