‹ Les Bois-Francs (volume 2)Chapitre 58 sur 115 · M. L'ABBE CLOVIS GAGNON · texte numérisé non relu

M. L'ABBE CLOVIS GAGNON

A l'automne de 1840, les vœux des premiers colons des Bois-Francs furent comblés par l'arrivée de M. l'abbé Clovis Gagnon à Somerset. Nommé missionnaire des Bois-Francs, en septembre 1840, M. C, Gagnon ne résida réellement à Somerset qu'en décembre. Du 9 octobre au 30 novembre 1840, M. l'abbé C. Gagnon demeura à Gentilly, où il signe dans les registres comme vicaire. M. l'abbé C. Gagnon fut donc le premier prêtre résidant dans les Bois-Francs, à Plessisville.

Voilà ce qui a valu à Plessisville le titre de métropole des Bois-Francs, qui lui fut décerné par Monseigneur Signay.

M. C. Gagnon était chargé de la desserte des Bois- Francs, c'est-à-dire Warwick, Bulstrode, St-Christophe, St-Norbert, Stanfold, Blandford, Somerset.

Il fallait un homme d'un courage et d'une vigueur plus qu'ordinaires pour supporter les fatigues d'un si pé-

nible apostolat et porter les secours de la religion aux fidèles confiés à ses soins, disséminés sur une étendue de plus de douze lieues. M. Gagnon possédait ces qualités. Le souvenir des courses pénibles de ce premier missionnaire des Bois-Francs est encore gravé dans la mémoire des anciens habitants de ces cantons. Il avait à parcourir un territoire immense. Il y avait alors des chemins si peu praticables, qu'il ne pouvait le plus souvent aller administrer les malades et dire la messe dans les missions qu'il avait fondées, qu'à pied ou à cheval. Bien des fois, pour aller à la mission de la rivière Bécancour, il eut à passer la savane de Stanfold, si célèbre par son mauvais état. Quelquefois même il ne craignit pas de la traverser pendant la nuit. Celui qui l'aurait rencontré alors dans cette forêt, son bréviaire suspendu au cou, un bâton dans une main et une torche dans l'autre, aurait bien reconnu le vrai missionnaire.

A peine M. C. Gagnon fut-il installé à Somerset, qu'il s'occupa de la construction de la chapelle, pour laquelle les colous avaient déjà amené du bois dans le cours de l'été, et dont les mansardes devaient lui servir de résidence. Mais il ne put y célébrer la messe que le neuf mai suivant. Pendant tout l'hiver, il avait été obligé de la dire au moulin Champoux, où lui-même se retirait.

Pour gérer les affaires de la chapelle, on élut, en 1841, trois syndics : François L.eblanc, Norbert Savoie et Pierre Richard, qui furent aussi les trois premiers marguilliers de la paroisse. Le premier chantre fut M. Joseph Déry et le premier bedeau M. J. B. Cyr, qui fut revêtu de sa charge en 1841. Avant ce temps, quand

quelqu'un mourait, les parents ou amis faisaient faire la fosse et autres choses nécessaires.

Mais un bedeau sans cloche! c'est un vrai sinécuriste. Les échos de Somerset n'avaient jusque-là que répété les sons du porte-voix lorsque, dans le mois de janvier 1844, fut bénite par M. Dion, curé de Bécancour, la première cloche que l'on ait entendue dans Somerset. Le parrain fut M. Augustin Lamothe et la marraine Mme Pierre Prince, née Marguerite Pratte, de Stanfold. Elle reçut au baptême le nom de Marguerite. L'inauguration que l'on en fit, au sommet d'une chèvre, première demeure ordinaire d'une cloche dans les lieux nouvellement habités, fut une véritable fête pour la paroisse : ils rappellent de si doux souvenirs aux colons les sons de la cloche paroissiale !

L'année même de l'arrivée de M. Gagnon, 1840, vint s'établir dans la paroisse le notaire Olivier Cormier, de Bécancour, et l'année suivante, 1841, le docteur Joseph Bettez, de Yamachiche(i). Ce fut le notaire Cormier qui, le premier, ouvrit une école dans une petite maison située devant l'église, au lieu même oii l'on a construit un superbe couvent, dirigé par les Révérendes Sœurs de la Charité.

Le premier marchand établi à Somerset fut M. Pierre-Célestin Bourk, de St- Grégoire, en société avec son beau-frère, du nom de Blanchard ; le second fut Charles Prince, premier juge de paix delà paroisse.

Le nombre toujours croissant des habitants ne per-

(1) Monsieur le docteur Joseph Bettez est décédé à l'Hôtel-Dieu d'Arthabaska, le 3 novembre 1907, à l'âge de 91 ans. Il a été inhumé à Plessisville le 8 du même mois.

mettant plus à M. Gagnon de desservir seul tous les Bois-Francs, cette vaste mission fut partagée, en octobre 1844. M. Gagnon alla résider à Artliabaska (nom par lequel les anciens désignaient la paroisse actuelle de Saint-Norbert) , et fut remplacé à Somerset par M. Charles Edouard Bélanger.

M. Bélanger était d'une énergie et d'une activité bien propres à continuer l'œuvre de son prédécesseur.

Il s'occupait activement avec ses paroissiens à tirer le bois de la forêt, pour bâtir une chapelle, lorsque la divine Providence, par un de ces coups que nous devons adorer en silence, mit un terme à la vie d'un ministre du sanctuaire qui semblait n'avoir fait que les premiers essais de sa course apostolique, le 24 novembre

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