‹ Les Bois-Francs (volume 2)Chapitre 76 sur 115 · M. CLOVIS GAGNON · texte numérisé non relu

M. CLOVIS GAGNON

De l'automne 1840 à la St-Michel 1843, M. Clovis Gagnon fit la mission dans la maison de M. Valère Lavigne, sur le ler lot du i2ème rang de Bulstrode.

C'est près de cette maison que fut construit, en 1836, le premier cimetière, qui avait environ trente pieds carrés. Le premier qui y fut enterré est Laurent Raymond et le second, Pierre Cloutier, tous deux morts sans avoir la

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consolation de recevoir les secours de la religion à l'heure dernière.

"Dans le mois de novembre 1854," dit MgrP.-H. Suzor dans ses notes sur St-Christoplie, "je présidai à l'exhumation des corps qui se trouvaient dans un petit cimetière, dans les Pointes de la rivière Nicolet, près de la maison d'un nommé Germain Lemay, au nombre de 23, dout 8 grandes personnes et 15 enfants. Il nous fut facile de reconnaître le cadavre de Laurent Raymond, par la désignation que l'on me donna du cercueil dans lequel on l'avait déposé le jour de la sépulture. C'était tout simplement une auge de bois blanc dont on s'était servi pour recueillir l'eau d'érable au printemps. On reconnut également le cadavre de Pierre Cloutier par la paille de sarrasin dont on l'avait enveloppé et que l'on trouva presque dans toute sa fraîcheur.

Tous les ossements que l'on avait trouvés dans ce petit cimetière furent placés dans un seul cercueil et déposés dans le cimetière paroissial ".

Le territoire qu'avait à dessesvir M. C. Gagnon, de 1840 à 1844, comprenait tous les Bois-Francs. Que de fois n'a-t-il pas entrepris des voyages de cinq, six et dix lieues pour aller administrer les malades et les mourants! Que de fois, au milieu de ses courses, ne s'est-il pas vu exposé aux plus grands dangers, au froid, à la faim et à toutes sortes de misères !

Le récitsuivant d'un voyage, entre beaucoup d'autres qu'il fit pour voler au secours de ses ouailles, fera voir ce qu'il eut à souffrir pendant son séjour dans les Bois- Francs.

C'était en automne, et par un temps froid, humide,

lorsque quelqu'un frappe à la porte de sa chambre. C'est un homme des Pointes de la rivière Nicolet qu'on dit être dangereusement malade et qui désire le voir. Il n'y avait pas à demander alors si les chemins étaient mauvais, il n'y en avait pas ; si la voiture portait bien, il fallait voyager à cheval ou à pied. Il n'y avait dans toutes les Pointes qu'une gi'osse charrette à bois qu'Eustache Baril avait montée de St-Pierre, avec des fatigues inouies. En bien peu de temps M. Gagnon a fait ses préparatifs de voyage, il a chaussé ses grandes bottes sauvages, endossé ses habits de misère et le voilà parti avec son compagnon. De Somerset on arrivait au dixième rang de Stanfold et l'on tombait dans le chemin connu sous le nom de chemin des Rames (i). On côtoyait ensuite la rivière deux ou trois milles, puis l'on entrait dans le bois pour gagner les habitations des premiers colons de St- Christophe. Il était nuit quand nos deux voyageurs prirent le bois, armés chacun d'un bâton et n'ayant pour les diriger dans ces sentiers tortueux que la lumière d'un fanal de ferblanc. Le danger en pareille occurence était que cette lumière s'éteignît subitement, et c'est ce qui arriva malheureusement. M. Gagnon et son homme se trouvèrent tout à coup dans une obscurité complète.

Il fallut donc se résigner à continuer le voyage par un sentier à peine battu, dans les ténèbres, courant à tout instant le risque de s'écarter de la bonne voie. Grâce à Dieu, cependant, le soleil n'était pas encore à l'horizon, que M. Gagnon était rendu, sain et sauf, auprès du malade. A peine avait-il administré les derniers sacre-

(1) C'était un chemin que M. Girouard avait fait étancher pour y transporter des rames.

ments à ce mourant, qu'on venait le chercher pour aller rendre le même service à une femme de Somerset. Force lui fut donc de prendre de nouveau, sans désemparer, la route de la forêt ; et ce fut dans de semblables courses, presque continuelles, que se passa le temps des missions de M. Gagnon.

La providence, qui le destinait à fonder des paroisses et à la vie de missionnaire, l'avait doué d'une force musculaire plus qu'ordinaire. On l'a vu se mesurer avec les plus grands marcheurs des Bois-Francs et les forcer à lui donner quartier plus d'une fois sur la route.

Du commencement de janvier 1841 à la St-Michel 1843, ^^' C- Gagnon venait à peu près à tous les trois mois donner la mission dans les Pointes de la rivière Nicolet, dans la maison de M. Val ère La vigne.

C'est pendant une de ces missions que M. Gagnon fît aux colons une proposition qui porta la joie dans tous les cœurs. L'homme de Dieu n'avait remarqué aucune croix parmi les habitations, et il eût voulu arborer au milieu d'elles cet étendard du salut qui, en les ombrageant, les protégerait. Sa pensée fut de suite comprise et en bien peu de temps réalisée. La mission n'était pas encore terminée, qu'il avait pris possession de ces lieux autrefois sauvages, par la croix qu'il planta sur la terre de Joseph Marchand, loème lot du 5ème rang du canton d'x^rthabaska.

A cette cérémonie les chantres furent François Marchand, Charles Gosselin et François-d' Assise Baril, le serv^ant de messe, Olivier Perrault, et le bedeau, Paul Rivard, le premier bedeau de St-Christophe. C'était en 1841, après les récoltes. Cette croix fut renouvelée en

1863, pendant une retraite prêchée par le R. Père Mainghi, de la Compagnie de Jésus.

Tout en s'occupant du spirituel, il ne faut pas croire que le temporel était négligé.

Sous ce derniei rapport, nos premiers colons ne demeuraient jamais inactifs, tant à cause de la nécessité qui les commandait toujours, que des longues distances qu'ils avaient à parcourir pour se procurer les choses nécessaires à la vie. En effet, s'ils avaient besoin de vendre leur salin, il leur fallait se rendre au village de Banville, éloigné de 24 milles de leurs habitations et presque toujours à travers le bois. Encore leur arrivait-il quelquefois de ne pas rapporter de farine, faute d'approvisionnement chez les marchands.

En 1839, un nommé Jean Labonté vint établir dans les Pointes de la Rivière Nicolet un petit magasin et une perlasserie. Quelques mois plus tard, Valère Lavigne construisit près de là un moulin à farine, dont Eustache Baril fit bientôt l'acquisition. Ce moulin était bâti sur un petit ruisseau appelé "ruisseau à la truite," lequel se décharge dans la Rivière Nicolet, branche nordest. On voit encore quelques vestiges de la chaussée de ce moulin.

Jean Labonté ne demeura que très peu de temps à la tête de son établissement, qu'il céda à James Goodhue, que l'on peut considérer comme le premier qui ait eu dans St-Christophe un magasin et une perlasserie sur un pied convenable.

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