‹ Les Bois-Francs (volume 2)Chapitre 78 sur 115 · Que Louis Garneau et Eusèbe Baribeau surveil · texte numérisé non relu

Que Louis Garneau et Eusèbe Baribeau surveil

leraient les travaux et prendraient les mo3^ens de rencontrer le montant convenu ;

4. Que chacun des habitants fournirait une somme proportionnée à ses mo3'ens et dont une moitié payable en argent et l'autre en grain.

A la St-Michel 1843, la chapelle était construite et M. Gagnon en faisait la bénédiction, après quoi il chanta une messe solennelle, servie par Olivier Perrault fils. La joie rayonnait sur tous les fronts, et, pour la première fois dans St-Christophe (i), le Dieu du ciel descendit dans sa demeure, où II devait habiter en esprit et en vérité, pour le bonheur et la consolation de ses enfants.

En 1844 M. l'abbé C.-E. Bélanger vint remplacer M. C. Gagnon à Somerset, et celui-ci vint résider à St-Norbert, ce qui lui permettait de visiter un peu plus souvent la mission de St-Christophe. Aussi venait-il dire la messe dans la chapelle des Bras cinq ou six fois par année. La première personne inhumée dans le cimetière des Bras de la rivière Nicolet fut Louise Glande, mère de Anaclet Corbeil, et la dernière, Célina Girard. Il y eut aussi un respectable vieillard, nommé Jacques Hamel, qui mourut à l'âge de 99 ans et 8 mois, sans avoir eu le bonheur de voir le prêtre à ses derniers moments. Les anciens racontaient que, le matin du jour de sa mort, il réunit tous ses enfants autour de lui et leur recommanda de prier avec ferveur, car il allait mourir, disait-il, le soir même. L'événement justifia à la lettre ses prévisions. L'exhumation des corps déposés dans le cimetière, près de la chapelle des

(1) Aujourd'hui (1914) Victoriaville.

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Bras de la rivière Nicolet, (Cimetière Bernier, (i), sur le dixième lot du quatrième rang d'Arthabaska). a été faite le iS juin 1S72.

A l'automne 1847, ^^- ^- Oagnon érigea dans la chapelle des Bras les stations du Chemin de la Croix. II avait aussi fait élire, en prenant possession de la chapelle, un corps de marguilliers, composé de MM. Paul Beaudet, Pierre Bernier, François Provencher, Eustache Baril, Louis Gamean, Louis Provencher et François d'Assise Baril.

A l'automne de 1848, M. C. Gagnon quittait St-Norbert d'Arthabaska, pour la paroisse des Eboulements.

MONSIEUR moïse DUGUAY ET LE PRESBYTERE. CHAPELLE DE LA MONTAGNE

Le successeur de Al. C. Gagnon, M. Moïse Duguay, s'établit, comme son prédécesseur, à St-Norbert d'Arthabaska. Il continua la desserte deSt-Christophe, c'est-à-dire qu'il venait dire la messe à la chapelle des Bras à peu près tous les mois. Or, à voir la foule qui se pressait, les dimanches et fêtes, autour de lui, il n'était pas difficile de comprendre qu'il fallait songer à une bâtisse plus grande, pour y recevoir les fidèles et pour y loger le prêtre. Chacun convenait tout bas de l'opportunité de la chose, mais personne n'osait encore en parler trop fort ; car on s'attendait à de grands événements, et l'on ne s'était pas trompé.

1) Voir reostres de Ste- Victoire, année 1872.

Cinq mois plus tard, au commencement de février 1849^ M. Duguay mit la question sur le tapis pour la première fois ; et de suite on remarqua dans l'assemblée une forte division.

Il était cependant assez facile de constater que les habitants, dont le nombre allait toujours croissant, s'éloignaient de plus en plus des Pointes de la rivière Nicolet (branche nord-est), pour s'établir dans l'intérieur, près de la branche sud-ouest ; à tel point, qu'à la fin de l'année 1848, la chapelle bâtie en 1843, sur le dixième lot du quatrième rang d'Arthabaska, ne répondait plus du tout aux besoins de la population, tant par ses dimensions que par sa situation.

Pour toutes ces causes, malgré l'opposition suscitée, on crut devoir tout de même procéder.

Sur l'avis du missionnaire, on dressa sans tarder une requête à Mgr l'évêquc de Québec, pour lui demander la permission de bâtir une chapelle, une sacristie et un presbytère, à l'endroit qu'il jugerait à propos de désigner. Sa Grandeur ayant reçu la dite requête, chargea, le 29 mars 1849, M. Ancoine Racine, curé de St-Kusèbe de Stanfold, d'en vérifier les allégués et de lui faire rapport.

Le 17 avril de la même année, M. Racine, après les avis requis par la loi, se transporta sur les lieux, entendit les raisons de part et d'autre, et, après avoir pesé mûrement les choses, se décida à changer la chapelle de place et a la marquer sur le quatrième lot du troisième rang d'Arthabaska, sur le chemin provincial, c'est-à-dire à soixante-et-dix arpents environ de l'endroit où se trouvait la chapelle bâtie en 1843, et sur la terre occupée par Oîi-

vier Héroux, comme on le voit par le décret ci-dessous de Mgr Jos. Signay, archevêque de Québec, qui approuva l'opération de sou député.

"Joseph Siguay, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siège Apostolique, archevêque de Québec.

A tous ceux qui les présentes verront, savoir faisons que vu le procès-verbal, en date du dix-sept-avril dernier, de M. Antoine Racine, curé de St-Eusèbe de Stanfold, par nous député dans la mission de la paroisse de St- Christophe d'Arthabaska, pour ce qui concerne l'érection d'une nouvelle chapelle dans la dite mission, nous avons réglé et réglons ce qui suit :

1^ — Il sera bâti dans la dite mission de St-Christophe d'Arthabaska, sur la terre occupée par le sieur Olivier Héroux, à environ cinquante pieds du chemin provincial une chapelle qui n'aura pas moins de cent pieds de longueur, quarante cinq de largeur, environ vingtquatre de hauteur, au dessus des lambourdes, avec des chapelles saillantes et latérales, le tout pris dedans en dedans et à mesure française.

2° — L'on ne procédera à la bâtisse du dit édifice que lorsqu'un plan d'icelui aura été par nous approuvé.

3^^ — Il sera bâti au même lieu, à environ soixaute pieds au nord-est de la dite église, un presbj^tère en bois, sur un solage en pierre, qui n'aura pas moins de trente-six pieds de longueur, trente de largeur et treize de hauteur, au-dessus des lambourdes, le tout pris de dedans en dedans et à mesure française.

4^ — Avant de procéder à la bâtisse des fdits édifices, l'on acquerra, par im acte en bonne et due- forme, le terrain sur lequel ils seront construits, lequel terrain

n'aura pas moins de huit arpents en superficie, dont deux et demi de front, s'il est possible.

Donné à Québec, sous notre seing, le sceau de nos armes et le contre-seing de notre secrétaire, le dix-liuit de mai mil huit-cent-quarante-neuf.

t Jos. archevêque de Québec, Par Monseigneur,

Ed. Langevin, Ptre, sec.

La grande question en litige était, par le fait, définitivement réglée. M. Duguay réunit en conséquence les intéressés et s'entendit avec eux sur la manière la plus expéditive et en même temps la moins onéreuse d'exécuter les ordres des supérieurs ecclésiastiques. Après plusieurs pourparlers, il fut décidé que l'on commencerait à construire immédiatement un presbytère qui servirait au culte pendant quelque temps, et qu'on bâtirait ensuite une chapelle et sacristie.

Un jour du mois de juillet 1849, on vit arriver à la montagne M. Duguay, portant sous son bras un ornement et dans ses mains un calice, un missel et une pierre sacrée pour célébrer la Sainte Messe. Il se rendit chez M. Elisée Martel, et c'est là qu'il offrit le Saint-Sacrifice, dans une petite maison de dix-huit pieds carrés environ et bâtie à trois arpents de l'église actuelle.

La nouvelle de l'arrivée du missionnaire, se répandit en un instant dans toute la petite colonie. En moins d'une heure, la maison de M. Martel était remplie. Une table couverte de nappes blanches et d'un missel fut adossée à un châssis, devant lequel on étendit un drap de toile blanche ; et c'est sur ce modeste autel que se fit, à la lueur de deux chandelles, l'oblation du divin sacrifice.

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M. Louis Béland dit Provencher était le servant de messe.

Après l'office, M. Diiguay adressa quelques paroles d'édification aux braves colons et leur recommanda entre autres choses la paix et l'union pour conduire à bonne fin l'œuvre qu'ils allaient commencer ; et il leur annonça qu'il était venu pour faire exécuter les ordres de l'évêque, qui voulait un presbytère pour servir de chapelle, en attendant mieux.

Il avait à peine fini de parler, qu'on s'enfonçait dans le bois, hache en main, le courage dans le cœur, l'espérance dans l'âme. Le missionnaire ne fut pas lent à les rejoindre à l'ouvrage, et les choses allèrent si bien, qu'en moins de deux jours on voyait sur la place les matériaux nécessaires à la bâtisse projetée. Le troisième jour elle était debout, à la grande satisfaction de tout le monde.

Parmi tous ceux qui travaillèrent avec zèle à la construction du presbytère-chapelle, nous pouvons citer les noms de Antoine Baril, Bustache Baril, Louis Garneau, Charles Beauchesne, Isaïe Pouliot et Elisée Martel, qui se montrèrent aussi généreux que leurs moyens le leur permettaient.

Au commencement du mois de septembre, les travaux du presbytère-chapelle étaient terminés et l'on avait transporté tous les ornements de la chapelle des Bras à la nouvelle, selon l'ordre donné, le deux août mil-huitcent-quarante-neuf, par Mgr l'archevêque de Québec. Au mois d'octobre, M. Duguay en fit la bénédiction. Cette cérémonie se passa sans bruit et n'eut rien d'extraordinaire.

M. Duguay qui, jusqu'en octobre 1849, avait résidé à St-Norbert, vint à cette époque se fixer à St-Christophe,

OÙ il demeura jusqu'à la fin de novembre. Il logea, pendant ce temps, chez M. Antoine Baril.

M. l'abbé PAUL DE VILLERS NOMME MISSIONNAIRE À ST-CHRISTOPHE

Au commencement de décembre 1849, M. Paul de Villers fut nommé par Mgr Jos. Signa^^, archevêque de Québec, missionnaire de St-Cliristophe, de St-Norbert, de Warvvick, de Bulstrode, avec ordre de résider à St-Chris-

tophe.

Arrivé à St-Christophe le sept décembre 1849, le lendemain, M. de Villers chanta la messe dans le haut du presbytère, ayant pour servant Louis Provencher dit Béland. La mission n'avait alors, pour toute richesse, qu'un ornement de différentes couleurs, un calice et un plat de ferblanc pour bénitier.

La raison fpour laquelle M. de Villers chanta la messe dans le haut du presbytère, c'est que le bas avait été divisé pour servir de logement au missionnaire.

Le séjour de M. de Villers à St-Christophe ne fut pas de longue durée. Le dix du même mois, il recevait une lettre de ]\Igr P.-F. Turgeon, devenu administrateur de l'archidiocèse de Québec, le nommant missionnaire résidant à St-Norbert, avec la desserte des missions de St- Christophe|et^de Warwick.

A cette date lajmission de Bulstrode fut confiée à M. A. Racine, curé de Stanfold.

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Le même jour, M. de Villers se rendit donc à St- Norbert, où il fut obligé de loger dans une vieille maison qui n'avait ni lambris ni crépis et qui cependant lui servit de presbytère pendant deux ans.

M. de Villers, quoique éloigné de sept milles de la mission de St-Christophe, n'en continua pas moins de la desservir régulièrement et de veiller à ses intérêts spirituels et temporels.

Il y avait bien dans la mission un presbytère qui servait de chapelle, mais le décret de Mgr l'archevêque portait que l'on eût à construire encore une église : ceci paraissait être la condition nécessaire pour avoir un prêtre résidant.

M de Villers n'en disait rien mais n'en pensait pas moins ; toujours est-il qu'il fut convenu qu'on prendrait des moyens expéditifs pour arriver, sans tarder, à une conclusion sur ce sujet. On se réunit, on se parla et l'on décida de bâtir.

C'était à la fin de l'hiver de 185 1. Un jour qu'on était à fredonner gaiement quelques chansons du bon vieux temps, avant d'entrer dans la sainte quarantaine, quelqu'un de l'assemblée eut une de ces réparties qui font rire quelquefois, mais qui tout de même sont profitables. "Allons, nos gens, leur dit-il, nous avons plus que des peccadilles à nous reprocher, tous tant que nous sommes; non seulement il faut, cette année, faire jeûner nos corps mais encore nos bourses. Voyons à nous taxer nous-mêmes pour bâtir notre église." La proposition fut si bien appréciée, que l'on ouvrit de suite une liste de souscriptions. Chacun promit autant qu'il pouvait le faire prudemment et s'engagea, par billet promissoire, à

faire honneur à sa parole. La générosité des présents fut telle, qu'il était facile, dès ce moment, de prévoir que l'on pouvait compter sur une somme assez ronde pour faire réussir l'entreprise. A la mission suivante, M. de Villers fut informé de ce qui s'était passé, et, sur la demande de tous les intéressés, il n'hésita pas à promettre à M. Jean-Baptiste Laroche, cultivateur, un montant de huit cents piastres, s'il voulait de son côté s'engager à livrer, à la St-Michel de la même année, une église en bois de 75 pieds de longueur, de 40 pieds de largeur, avec lambris, une couverture en planches et en bardeau, quatre châssis dans les longs pans, un solage en cèdre et un plancher à volonté. Il devait, en outre, placer dans la nouvelle chapelle les bancs du presbytèrechapelle et en ajouter autant qu'il en faudrait pour remplir les quatre rangées de la nef.

Après avoir réfléchi mûrement, Jean-Baptiste Laroche répondit qu'il acceptait le marché. Il se mit en conséquence à l'ouvrage avec un certain nombre d'hommes, et, grâce à l'encouragement qu'il reçut de M. Béliveau, marchand du lieu, qui lui fournit tous les matériaux dont il avait besoin pour son entreprise, il put livrer la chapelle au temps marqué. M. Antoine Racine, curé de Stanfold, en fit la bénédiction dans la première semaine d'octobre

Ici se termine la première époque de l'histoire de St-Christophe, c'est-à-dire de ses commencements ; car il en est des paroisses comme des sociétés : elles apparaissent un jour donné, personnifiées dans un nombre limité d'individus qui en forment comme le germe. Mais, avec

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le temps, ce germe se développe, pousse une tige et devient le plus souvent un bel arbre robuste et vigoureux.

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