LIPPE-HIPPOLYTE SUZOR, CURE
" Ordonné prêtre à Québec, lisons-nous dans le livre des documents à conserver de St-Cliristoplie le 30 septembre 1849, par Mgr Pierre-Flavien Baillargeon, évêque de Sidyme, Mgr l'archevêque Jos Signay m'assigna le vicariat de la p?roisse des Trois-Rivières, où je demeurai deux ans, sous la direction du vénérable Messire Thomas Cooke, alors Grand-Vicaire de l'archevêché de Québec. Je n'oublierai jamais cet heureux temps, un des plus beaux de ma vie. J'étais à désirer encore de voir se prolonger mon bonheur, lorsqu'au mois d'octobre 185 1 il fallut retourner à Québec, ma paroisse natale, pour y recevoir une nouvelle mission. J'étais loin de croire, hélas î que le Seigneur m'appelait à la tête d'une paroisse, bien plus, à la tête de plusieurs paroisses, en qualité de missionnaire ; mais, bon gré mal gré, il fallut, en vertu du vœux d'obéissance que j'avais prononcé aux pieds des
autels, partir pour les Bois-Fraucs, à la voix de mon évêque qui, en me laissant me fit remettre la lettre suivante, qu'il accompagna verbalement des vœux les plus ardents pour la prospérité des postes où je devais exercer les fonctions du saint ministère.
" Québec, ler Octobre 1851 Révérend M. Suzor, Ptre.
à Québec Monsieur,
Je vous confie par la présente le soin de la cure et paroisse deSt-Christophe d'Arthabaska, ainsi que des missions de St-Médard de Warwick, de St-Jules de Bulstrode, (i) puis des familles catholiques établies sur le plus petit bras de la rivière Nicolet, régulièrement appelée rivière au loup, (dans le townsliip de Horton) (2) vous recevrez des fidèles de ces différentes localités les dîmes et oblations d'usage, et vous exercerez en leur faveur, outre les pouvoirs ordinaires des curés du diocèse, les pouvoirs extraordinaires dont la liste accompagne la présente.
Je ne doute pas que vous ne vous employiez avec beaucoup de zèle à faire de bons chrétiens de tous ceux qui vous sont confiés, et je souhaite que le succès réponde à vos efforts.
Je demeure, etc
t P.-F. archevêque de Québec."
(1) St-Jules de Bulstrode. — Ce nom fut changé lors de l'érection canonique delà paroisse, le 2 juillet 1860, Mgr Thomas Cooke, évêque des Trois-Rivières, nomma cette paroisse St-Valère en l'honneur de Monsieur Valère Guillet, un des commissaires pour l'érection civile des paroisse.
(2) Aujourd'hui St-Samuel.
SAINT-CHRISTOPHE d'ARTHABASKA 365
" Je partis, le 16 octobre 185 1, pour mes missions lointaines, je dis lointaines, car bien que St-Christoplie ne soit qu'à 26 lieues de Québec, les difficultés qu'il fallait surmonter pour s'y rendre, à l'époque dont je parle, étaient telles, qu'il ne fallait pas moins de deux grandes journées pour le voyage. Le 18, dans l'avant-midi, j'arrivai à Somerset, alors la Métropole des Bois-Francs, où demeurait M. l'abbé Charles Trudelle, qui me reçut avec toute l'affection d'un père. Après quelques heures de repos, je me rendis à Stanfold, que desservait M. l'abbé Antoine Racine. Je désirais vivement me rendre à mon poste le même jour, d'autant plus que je croyais être attendu, et que je savais que l'arrivée d'un curé faisait époque parmi les colons. Mais comme si la Providence eût voulu s'opposer à la réalisation d'un vœu si légitime, une pluie torrentielle me força d'acquiescer à l'invitation pressente de M. le curé de St-Eusèbe de Stanfold et de passer le dimanche chez lui.
" Je reconnus, après coup, que ce retard avait été pour mon plus grand bien ; car il m'avait épargné un voyage qui m'eût probablement découragé, au début de ma carrière pastorale. Du moins, c'est la léflexion que me fît, dans le temps, mon aimable voisin, M. de Villers, dont les conseils et les avis m'ont si souvent fortifié au milieu des fatigues inséparables de la vie de missionnaire.
Sans autre préambule, je dirai qu'après une première visite faite à mes paroissiens, avec M. le desservant d'Arthabaska, je me rendis pour prendre possession de mon poste, le 25 octobre au soir, 1851. Le lendemain, qui était un dimanche, je chantais la messe dans ma chapelle, qui avait quatre châssis et pour tout ornement, à l'intérieur,
quatre chandeliers de bois argentés, un crucifix, une image représentant la dernière Cène du Sauveur, un missel, un paire de burettes, un calice et deux chasubles, le tout déposé sur une petite table de bois de quatre pieds carrés, qui servait d'autel. C'est le même jour que je fis la lecture du décret qui donna à la mission de St- Christophe une existence paroissiale.
" Ce décret, signé par Mgr P.-F, Turgeon, archevêque de Québec, est daté du 24 septembre 1851.
" Saint-Christophe comptait à mon arrivée 350 communiants. Une dizaine de maisons formaient tout le village, y compris la chapelle qui n'avait que les quatre pans, exposés aux quatre vents du ciel, et une bien chétive couverture. C'est elle qui devait plus tard me servir de presbytère. Je dis, plus tard, car pour le moment, elle n'était pas habitable. Je dus donc, en arrivant à St- Christophe, demander l'hospitalité, pour quelque temps, à quelqu'un de mes paroissiens. Je logeai chez M. Uldorique Béliveau, qui était établi, depuis un certain temps près de l'église, pendant l'espace d'un mois."