DEUX AMIS DOMESTIQUES LA HUCHE ET LE FOUR
La Huche
Chez nos ancêtres la huche faisait partie de l'ameublement d'une maison. Pas de huche ou une huche vide, c'était le signe de la pauvreté. C'est dans la huche que se faisait le boulangeage de la pâte avant de la mettre dans les casserolles pour le levage. Après la cuisson, elle avait la garde du pain. Elle était le réservoir contenant la partie principale de la nourriture à l'homme. La huche était l'amie de toute la maisonnée, mais particulièrement des enfants. Après l'école, nous nous en souveno^-is, nous qui ne sommes plus jeunes, notre mère ouvrait la huche et en sortait de bonnes miches de pain brun que notre père avait récolté sur sa terre et que cette bonne mère avait pétri de ses mains. Oh ! qu'elles étaient délicieuses ces miches de pain recouvertes de crème sucrée, ou de confitures aux framboises, aux fraises ou aux bluets !
La huche disparue, adieu à toutes ces friandises. Les enfants de nos jours grugeront des biscuits achetés dans les magasins.
Oraison funèbre de la huche.
Dans la vieille maison au '' pays ", tout au fond du grenier, est une vieille huche de fresne, si vieille, presque ridée.
Elle est encore '' sur pattes " malgré son âge et serait féconde encore si on le voulait.
1 Mais Tenfant ne lui demande plus la miche fraîche si bonne au sortir de Técole et le laboureur trouve son pain bis au fond du placard vitré ; la bonne grand'mère regrette le temps de jadis et parle encore du pain des anciens jours, dii bon pain de la vieille huche.
Combien de générations elle a nourries, la vieille huche, œuvre du grand-père de mon grand-père !
Combien de " poches de fleur " a-t-elle englouties pour garnir ensuite la table de gros pains bruns à l'odeur si suave, à l'allure bon enfant, à la mine invitante !
C'était toujours fête autrefois à la table de ma grand'mère.
Je comprends maintenant pourquoi les quéteux de Saint-Raphaël venaient si souvent bonjourer les Beauprés.
Puis, après avoir béni la vieille huche, ils s'en retournaient. ... on ne sait où, tout en révérences, semblant dire en se léchant les lèvres : " T'as du bon pain, la vieille ".
Ah ! la vieille huche de f resne, si vieille, presque ridée !
^Autrefois, lorsque grand-père était encore enfant, le croirait-on, elle avait servi d'autel, la vieille huche. Oui, agenouillés devant elle, les gars du " sept " et du '' huit " priaient Jésus-Hostie qui venait leur promettre des huches
toujours pleines et des bouches pour les vider, pout
vider la vieille huche de f resne, si vieille, presque ridée
Le Four
Les vieux fours que l'on voit le long des routes, près des vieilles maisons, sont les témoins d'une époque qui fut prospère ; ils rappellent la fertilité ancienne de nos terres à blé ! Leur présence nous fait songer au pain brun,
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généreux, où nos pères retrouvaient leurs forces ; elle accuse nos gens qui le délaissent d'infidélité coupable, et d'avoir sacrifié aux faux dieux du pain blanc.
Avant qu'il disparaisse, rassemblons les traits essentiels de son image ; voyons comment nos pères savaient l'ériger sur ses bases rustiques, et comment ils y faisaient cuire le pain de ménage, le pain généreux et brun.
Construction d'un four ancien.
La construction du vieux four est à la fois simple, ingénieuse, économique : elle révèle des qualités certaines de nos pères.
La matière première n'est pas rare : c'est de la glaise ; de l'argile ou de '' l'ardille " bien pure prise généralement dans le lit des rivières. Cette argile diffère peu de celle qui compose nos meilleures terres à blé. Le pain est cuit dans la même argile qui a fait croître l'épi.
On construit le four tout près de la maison, ou du vieux hangar, au bord du chemin.
Le site du four une fois déterminé, on établit une solide base rectangulaire de 6 x 7 pieds environ, construite en pierres des champs ou en bois. Si la base est en bois, deux '' limandes " ou pièces longitudinales parallèles sont appuyées sur une pierre à chacune de leurs extrémités. Des madriers équarns à la hache ou des "croûtes de cèdre" de six pieds de long recouvrent les limandes transversalem<^nt. Des écorces de cèdres (thuya) assuraient ensuite l'étanchéité de cette plate-forme destinée à porter immédiatement l'âtre.
Une fois la base solidement établie, on procédait au
^pétrissage des matériaux dont sera fait le four lui-même, lur un terrain uni, bien nettoyé, la glaise était additionnée d'environ un tiers de sable avec de Teau par petites quantités. Le malaxage pouvait s'opérer de deux façons. La première consistait à remuer, écraser, tordre et étirer le mélange en tous sens au moyen de pioches, '' masses " et bêches. C'était un travail pénible de plusieurs heures.
Plus souvent l'argile était pétrie et mélangée sous les sabots lourds d'un cheval. Pendant une couple d'heures, sous la direction de son cavalier, l'animal docile ne cessait de '' piloter " ou de fouler l'argile collante pour la rendre malléable et plastique.
Ce pâton glaiseux était ensuite découpé en "torches '' ou pièces de douze à quinze pouces de longueur par six pouces de diamètre. Un ouvrier plaçait les torches sur le '' gris " (structure de la base), pendant qu'un autre, armé d'une masse, frappait à coups redoublés sur l'âtre pour tapper la glaise comme il faut. On obtenait ainsi une masse de six pouces d'épaisseur, à surface plane et lisse parfaitement apte à porter le pain.
Dans la glaise molle de l'âtre, on enfonçait ensuite latéralement les deux extrémités de petites tiges ou branches d'arbres souples, recourbées, qui constituaient des cintres. On formait ainsi le squelette de cette petite voûte dont le point culminant était à environ trois pieds au-dessus de l'âtre. Des écorces de cèdres venaient encore recouvrir ce dôme pour retenir mieux l'argile.
L'ouverture du four était encadrée le plus souvent par un vieux " braisier " (chaudron) défoncé. On utilisait encore les vieilles '' lisses de carrioles '\ les bandages de
roues hors d'usage. Plus tard on apprit à se servir dc\s portes de poêle en fonte. Un couvert de chaudron, un panneau de bois nu ou recouvert de tôle devait fermer l'ouverture.
Les torches étaient ensuite disposées en assisses régulières autour de cette structure de squelettique, après avoir été au préalable mélangées avec un peu de foin pour faire plus de liant. Avec un maillet de bois franc, on battait énergiquement l'argile pour l'aplatir et faire adhérer les pièces entre elles.
Au troisième rang des torches, on plaçait, à l'arrière du four, un bouchon de bois qui devait modeler le trou du four. Le trou du four est un espace circulaire libre de quelques pouces de diamètre destiné à favoriser l'expulsion des gaz de la combustion ou à donner de la " tire " ou de la " halle ". Le retrait de la glaise permettait plus tard d'enlever ce bouchon.
Une fois terminé, le four était mis à sécher d'abord par le seul effet du grand air pendant quelques jours, puis ensuite par de petites attisées de plus en plus fréquentes. La flamme n'avait de cesse ensuite pendant une couple de jours. Au cours de ces flambées, l'argile s'était graduellement durcie, et les cintres qui la soutenaient avaient été brûlés. Il ne restait plus que l'empreinte de Vécorce de cèdre à l'intérieur de la voûte.
Quatre chevrons fixés en terre supportaient un toit de vieilles planches qui couvraient le four. Ce toit servait à garantir le four contre les intempéries des saisons et aussi contre les assauts des gamins qui, volontiers, auraient escaladé son dôme d'argile.