TRINITÉ SYMBOLIQUE DU LABOUREUR
I r» ORSQUE, il y a tout près de quatre siècles, Tim- -■ — ^ mortel Jacques Cartier abordait sur les rivages inconnus de notre magnifique Saint-Laurent et d'un geste simple autant que sublime, y plantait la croix civilisatrice et rédemptrice, les vastes et majestueuses solitudes des déserts durent tressaillir dans toute leur immense profondeur, car dès ce jour, c'était leur arrêt de mort que, par cet acte pieux, signait la Providence.
La Croix ! mais qu'était-ce donc ? et qui connaissait ce trophée sur cette terre lointaine et barbare ? Hélas ! avant que les fiers enfants des bois eussent appris sa divine origine et la puissance de son rayonnement sur les individus et les peuples, avant qu'ils aient courbé leurs fronts altiers sous sa domination régénératrice, ils répandirent à flots le sang des martyrs, et cette rosée salutaire, versée au nom de la foi, féconda le sol canadien et en assura la possession au Dieu de la Croix. Aussi, de même que, les yeux et rame immuablement fixés vers cette Croix, mémorial de notre salut, nos pères furent guerriers sans peur et sans reproche devant l'Iroquois farouche et menaçant, de même surent-ils armer leurs bras vaillants, non de la terrible hache de guerre des redoutables indigènes, mais de la hache
du défricheur, laquelle devenait, entre les mains de ces héros de la civilisation, l'instrument de première valeur, le fer pacifique qui, à travers les sombres forêts du Canada, allait frayer la route aux générations à venir, défricher le désert inculte d'où naîtrait bientôt du sillon tracé par la charrue et béni de Dieu, la moisson ferme et drue qui assurerait aux colons la plus sainte des libertés : celle de ne devoir qu'à Dieu et l'existence et le moyen de subsister. La Croix, la Hache, la Charrue, voilà donc la triple essence, dirais-je, qui a jeté les bases puissantes de notre nationalité canadienne-française, qui a conservé partout et toujours les mœurs patriarchales, les joies pures et saintes du foyer, qui en un mot a mérité à nos ancêtres une véritable auréole de noblesse, en posant sur leurs fronts le sceau de la vraie grandeur humaine, toujours fausse quand elle n'est pas accompagnée de la valeur morale à laquelle nul plus que le laboureur n'a le droit de prétendre puisqu'il est constitué de par Dieu le nourricier du genre humain.
En effet, supprimez le laboureur et les nations et les
peuples épouvantés, éperdus, s'étioleront, puis succomberont sous la plus terrible des calamités, la famine et ses sombres désespoirs. Honneur donc au vaillant et pieux laboureur ! roi de son domaine, mais dont le travail incessant fit si belles nos riches campagnes que sa foi parsema du signe Rédempteur presqu'à chaque détour de sentier, comme d'autant de jalons devant servir, sur la route poudreuse de la vie, à lui rappeler le Maître divin qui connut le travail, la souffrance et la mort, et a promis à ses serviteurs fidèles les récompenses et le repos éternels de la céleste Patrie. *' La Croix du Chemin " comme on l'a justement
appelée, — soit dit en passant — sachons en conserver le culte comme l'ont fait nos pères, aimons-la, respectons-la, perpétuons-la toujours ; de ses deux bras étendus, elle garde nos champs, et son ombre protectrice appelle sur eux les bénédictions du Ciel. La hache et la charrue sont tellement liées à la vie du laboureur, qui ne se peut concevoir sans le défricheur, que relater la vie et les vertus de Tun de ces nobles fils du terroir, c'est par le fait même écrire leur épopée ; ainsi nous la verrons se buriner nettement, cette épopée de la hache et de la charrue, dans les trop modestes pages qui suivent, consacrées qu'elles sont, de droit, au premier colon des Bois-Francs, Charles Héon, mais de fait, à tous ses contemporains et leurs descendants, qui ne lui cèdent en rien, en mérite et en valeur. La Croix ! La Hache ! La Charrue ! Il faudrait une âme de poète pour chanter dignement ces humbles mais glorieux symboles du laboureur, et ma plume à moi ne sait qu'imparfaitement traduire les modestes accents d'un cœur épris d'une admiration qui le rend muet, à force d'être convaincu de son impuissance, puisqu'il sait et proclame que devant ce triple symbole, si vil aux yeux des fats et des pédants, non seulement tout Canadien Français digne de ce nom, mais encore l'humanité reconnaissante tout entière doit se découvrir et saluer.
Le premier Centenaire des Bois-Francs
CHARLES HEON
HARLES HEON, premier colon Canadien Français, ^^ résidant dans les Bois-Francs, et fondateur de la paroisse de Saint-Louis, dans le canton de Blandford.
Ce fut lui qui, en dépit de grands et de nombreux obstacles, par son seul courage et sans aucune protection, a tracé aux autres la route.
L'histoire des cinquante-sept années que Charles Héon a vécues à St-Louis, canton de Blandford, a été écrite dans le Tome premier de notre Histoire des Bois- Francs, à la page 164 et les suivantes ; nous n'y reviendrons pas. Ce qu'il importe en cette année du premier centenaire de la fondation des Bois-Francs, c'est de rappeler, de signaler, à l'attention du public, la part active, prépondérante que Charles Héon a prise dans la découverte et l'établissement des Bois-Francs, et la grande somme de mérites et de gloire qui lui revient.
Charles Héon fut la première sentinelle clairvoyante qui traversa l'immense et épaisse forêt qui séparait alors
les paroisses du fleuve du beau territoire que la Divine Providence réservait aux travailleurs du sol canadien.
Charles Héon fut l'homme choisi par cette même Divine Providence pour organiser, diriger la fameuse croisade de rétablissement et du défrichement des Bois- Francs. Les appels chaleureux et patriotiques du porteétendard de la colonisation, furent entendus, écoutés. C'est alors qu'on vit une véritable armée de vaillants défricheurs, hache à l'épaule, sac au dos, se mettre en marche, allant à la conquête du fertile territoire que Charles Héon venait de découvrir et de leur faire connaître.
Le rôle de Charles Héon semble, à première vue, bien humble, et a demeuré trop ignoré, car, que d'imjmenses services n'a-t-il pas rendus à la cause agricole et à la patrie !
Il fut véritablement un grand patriote. Ce n'est pas seulement sur les champs de batailles et dans la vie des héros que le patriotisme est admirable. Nous osons même dire que ce n'est pas là qu'il est le plus sublime. L'auréole glorieuse qui couronne le défenseur de son pays au champ de l'honneur, l'exemple des chefs et des vaillants compagnons d'armes surexcitent les sentiments les plus élevés du cœur ; cette vue enthousiasme même les plus froids et rend plus facile l'abnégation et le dévouement que demande la patrie.
Il y a un autre champ d'honneur, moins brillant à la vérité, plus méritoire en réalité, où la patrie appelle ses enfants. C'est la conquête, par le travail, de son sol encore inhabité et la mise en valeur. Oui, le défrichement et l'exploitation d'un pays comme le nôtre demandent des sacri-
fices plus héroïques et plus méritoires que ceux qu'il faudrait faire pour repousser Tennemi envahisseur, à raison de risolement, des privations prolongées auxquels il faut se soumettre pour les accomplir. Le courageux pionnier de la colonisation a certainement autant de droits à la reconnaissance de son pays que le plus vaillant soldat. Si celui-ci fait respecter son territoire, l'autre l'en met en possession, après l'avoir fertilisé de ses sueurs et quelquefois de ses larmes.
Charles Héon n'a pas combattu à la tête d'un bataillon de soldats armés, mais il a recruté, organisé un régiment de défricheurs, de laboureurs qui ont travaillé vaillamment, glorieusement pour la plus noble des œuvres nationales, la culture du sol.
Avons-nous jusqu'à présent témoigné à ces patriotes, à ces héros, toute la reconnaissance, toute la considération que nous leur devons ?
La classe agricole a droit à la glorification de ses chefs autant que n'importe quelle autre caste de la nation Canadienne-Française.
L'oublier serait un acte humiliant pour les ouvriers
du sol.
L'apothéose de Charles Héon et des premiers colons des Bois-Francs ne serait-elle pas l'apothéose de la classe agricole, de l'œuvre de la colonisation tant prônée de nos
jours ?
Une démonstration solennelle, organisée à la mémoire des valeureux pionniers de jadis, serait une glorification réelle de la profession du bûcheron et du laboureur.
Elever une statue à Charles Héon à l'endroit où il a passé une très grande partie de sa vie ne serait-il pas un
acte fort louable ? Personne mieux que lui n'a mérité qu'on lui élevât un monument.
Le général en chef de l'armée des bûcherons qui a commencé à envahir les Bois-Francs, il y a cent ans, n'estce pas Charles Héon ? A lui donc la palme du triomphateur !
Le berceau des Bois-Francs n'est-il pas là où Charles Héon a bâti une maisonnette en bois rond pour y demeurer d'une manière permanente ?
Allons sur la rive nord de la rivière des Ecarts, petit affluent de la rivière Bécancour (1) dans la paroisse de Saint-Louis, canton de Blandford : nous y contemplerons l'humble théâtre sur lequel la grande épopée de la fondation des Bois-Francs a commencé à se dérouler.
(1) "La rivière Bécancour, nous dit Eugène Rouillard dans son ** Dictionnaire des Rivières et des Lacs de la Province de Québec ", après avoir pris sa source dans les cantons, Broughton et Leeds, comtés de Beauce et Mégantic, se mêle à plusieurs cours d'eau sortant des cantons Inverness, Halifax et Ireland. Elle arrose les cantons Nelson et Somerset ainsi que le nord des cantons Stanfold et Bulstrode, dans la direction de l'Est, pendant environ 46 milles, puis tourne au Nord-Ouest, coule l'espace d'environ 21 milles entre Aston et Maddington et va se décharger dans le fleuve Saint-Laurent. Cette rivière est coupée, en plusieurs endroits, par des chutes et des rapides. Citons notamment celle du Sault Rouge, à trois milles du village de Ste-Anastasie de Nelson, qui alimente plusieurs moulins. Près de sa source, les rives de cette rivière sont assez élevées et rocheuses ; elles diminuent en élévation à mesure que l'on descend. On pêche dans cette rivière le maskinongé, le doré et d'autres poissons ".
Ajoutons le Sault Blanc, à Daveluyville, comté d'Arthabaska, chute de 45 pieds de hauteur. Aujourd'hui, ce n'est plus le Sault Blanc, les angliciseurs l'appellent : Maddington Falls.
Les Abénakis appelaient la rivière Bécancour rivière Solinak, rivière qui fait plusieurs détours. Ils lui avaient aussi donné le nom de rivière Puante. Voici pourquoi, nous dit Benjamin Suite, dans ses " Chroniques trifluviennes ", ils l'avaient ainsi nommée :
"La nation de l'Iroquet était de la race algonquine, mais elle faisait la guerre aux Algonquins des Trois-Rivières, de même que certaines tribus de la race iroquoise s'alliaient aux ennemis des Iroquois. Les Hurons (et les Iroquois probablement) appelaient les gens de l'Iroquet Onnontchataronons. Après leur défaite, ceux-ci furent adoptés par la nation algonquine, sans perdre leur principal chef nommé Iroquet.
Un jour qu'un grand nombre de guerriers de cette tribu se présentaient en force devant les Trois-Rivières, les Algonquins s'avisèrent, pour les détruire, d'employer un stratagème qui leur réussit. Le gros des Algonquins se cacha dans les bois qui bordaient la rivière Bécancour, à quelques centaines de pas de son embouchure, et quelques canots res-
LES BOIS-FRANCS 2f
L'acteur premier de ce grand et sublime drame ne fut-il pas Charles Héon ?
Le grand patriote de 1825 n'est plus, mais il revit dans sa descendance. Son souvenir, sa mémoire se perpétuent de génération en génération. La maisonnette qui a abrité pendant environ 2 ans (1) Charles Héon et sa famille est disparue, mais la parcelle de terre sur laquelle elle reposait est encore là. Ce petit coin de terre embaumé du plus noble patriotisme a été arrosé par les sueurs et les
tèrent sur le fleuve, occupés apparemment à pêcher. Ce qui avait été prévu arriva, les Iroquois se lancèrent sur les pêcheurs isolés, qui prirent la fuite vers la rivière, en poussant des cris de désespoir. Derrière eux arriva toute la flottille iroquoise, sans se douter du danger vers lequel elle courait et croyant tenir une proie facile. L'embuscade avait été si bien préparée que presque tous les coups eurent de l'effet, dès que les Iroquets furent à portée du trait. Une seconde décharge eut le même résultat, puis le tomahak assomma ceux qui avaient échappé aux flèches. Charlevoix dit qu'il n'en survécut pas un seul, car les Algonquins ne voulurent faire aucun prisonnier. Le grand nombre de cadavres qui restèrent dans le lit de la rivière et sur ses bords infesta l'eau à tel point qu'elle en prit le nom de rivière Puante. Cela se passait vers 1560, autant qu'il est possible de s'en assurer. La nation de l'Iroquet ne se releva jamais de -cet échec."
La rivière Solinak ou rivière Puante fut appelée rivière Bécancour en mémoire de René Robineau, Sieur de Bécancour. Faut-il écrire le nom Bécancour avec un t ou sans t ? De nos jours on écrit assez généralement Bécancour avec un t. Nos écrivains les plus autorisés : A. Gérin-Lajoie, dans " Jean Rivard, le défricheur " ; Benjamin Suite, dans ses " Chroniques trifluviennes " ; P. G. Roy, dans son ouvrage " Noms Géographiques de la Province de Québec " ; Eugène Rouillard, dans son '^Dictionnaire des Rivières et des Lacs de la Province de Québec ", et d'autres écrivent le nom Bécancour sans t. Il en est de même sur les cartes géographiques approuvées par le gouvernement. D'ailleurs les auteurs que nous venons de citer ont adopté l'orthographe des anciens écrivains. Les Jésuites dans leurs " Relations " écrivent Bécancour sans t.
Enfin, puisque la rivière Bécancour doit son nom à René Robineau, Sieur de Bécancour, sa signature authentique doit nous servir de modèle. Or, René Robineau, voyez-vous, dans les vieilles archives, signait Sieur de Bécancour sans t.
Sans condamner ceux qui écrivent Bécancour avec un t, nous trouvons que les partisans du nom Bécancour sans t sont en bonne compagnie.
(1) Dans le cours de l'année 1827, Charles Héon se construisit un logement plus grand, plus confortable. Cette maison était en pièces éqnarries, située sur le côté sud de la rivière des Ecarts, en avant de la maison actuelle. C'est dans le haut de cette maison qu'au mois de février 1828, Monsieur l'Abbé Claude Gabriel Courtin, curé de Gentilly, offrit le saint sacrifice de la messe.
C'était la première messe dite sur le territoire des Bois-Francs.
larmes de Charles Héon et de sa courageuse épouse, Louise Cormier. Son histoire, tantôt joyeuse, tantôt angoissante, fut néanmoins toujours rayonnante de la plus ferme espérance» S'il pouvait parler, ce petit coin de terre, que de secrets précieux il nous révélerait, que de souvenirs émouvants il évoquerait !
Le son de sa voix ne peut frapper nos oreilles, mais allons le visiter et en sa présence nos cœurs seront fortement remués. Quand j'étais curé à St-Louis, canton de Blandford, il me faisait toujours plaisir de revoir l'emplacement de la chaumière du premier colon Canadienfrançais dans les Bois-Francs. J'aimais à visiter la chaussée qu'il avait construite sur une des petites Cascades de la rivière des Ecarts. Le vieux moulin à farine et à scie m'intéressait beaucoup. Le panorama qui se présente à nos regards à cet endroit est vraiment pittoresque. Au cours de ces visite j'étais toujours heureux d'entendre les anciens me faire le récit des faits historiques que Charles Héon lui-même leur avait racontés.
Les traditions, les légendes conservées au foyer familial avaient pour moi bien des charmes.
Ces récits historiques contribuèrent pour beaucoup, s'ils ne furent pas eux-mêmes la première semence d'où naquit plus tard, sous ma plume modeste mais forte de recherches authentiques et de souvenirs " L'Histoire des Bois-Francs ". C'est avec une indicible joie que j'apprends que les descendants du fondateur des Bois- Francs s'apprêtent à commémorer le grand événement accompli par l'aïeul, en 1,825.
En cela la famille Héon prouve une fois de plus qu'elle
a le culte du souvenir, Tamour de Thistoire. Honneur et gloire aux fils reconnaissants !
Le noble et patriotique projet de la famille Héon recevra certainement l'approbation et Tencouragement de toute la population des Bois-Francs.
En effet, dites-le-moi, y a-t-il parmi nos compatriotes un homme qui a plus mérité d'avoir une statue que Charles Héon. Y a-t-il une profession qui mérite plus d'être honorée que la profession du Cultivateur personnifiée en Charles Héon ?
Charles Héon n'a pas paru dans les grandes assemblées pour y faire des discours, il n'a pas écrit de livres sur la Colonisation, sur la noblesse de la culture de la terre, mais il a été vu déboisant, défrichant, labourant, ensemençant son champ. Ces exemples qu'il a donnés n'étaient-ils pas de véritables leçons ou conférences agricoles, ne parlaient-ils pas aussi éloquemment que les plus grands discours ?
Charles Héon a enseigné et pratiqué lui-même la culture de la terre. Conséquemment le patriotique projet d'élever une statue ou un monument, d'un autre genre, si on le préfère, à Charles Héon soit en face de l'église de Saint-Louis soit sur les rives de la rivière des Ecarts, est un projet qui recevra, nous n'avons aucune raison d'en douter, l'approbation, l'encouragement de toute la population des Bois-Francs.
Les membres des Associations d'agriculture, de colonisation, les membres des diverses Sociétés de bienfaisance, tous les cultivateurs sont appelés à coopérer activement au succès de cet important projet. Le dépar-
tement de la Colonisation de la Province de Québec, aura sans doute pour agréable ce noble et patriotique projet et le prendra sous sa haute et active protection. En définitive les honneurs rendus à Charles Héon ne rejaillirontils pas sur tous ses compagnons d'armes, sur toute la population des Bois-Francs ?
Si toutefois on trouvait le projet trop grandiose et si Ton ne juge pas à propos de faire autant de dépenses pour honorer le défricheur, le laboureur, peut-on sans forfaire à l'intérêt que Ton porte à la culture de la terre s'abstenir de toute démonstration dans la présente circonstance ?
Dans les discours, dans les conférences, dans les écrits des journalistes on conseille fortement, et à bon droit, aux cultivateurs de rester sur leurs terres, on supplie la jeunesse de ne pas déserter la campagne, on clame bien haut la noblesse de la culture de la terre.
Prouvons à la classe agricole, par des actes tangibles de considération, l'intérêt que nous portons à la grande oeuvre qu'est la source première de la richesse de notre pays.
Je vous le demande, y a-t-il un moyen plus efficace pour convaincre les cultivateurs et leurs fils que leur profession est honorable et honorée, qu'ils sont dans la société des membres des plus utiles et des plus nécessaires ? Convaincu de la bonne volonté, du zèle, du dévouement de tous, nous entretenons le ferme espoir que le plus brillant succès couronnera la grande démonstration du premier Centenaire des Bois-Francs. En outre de la Statue Héon on
a émis Tidée d'élever un monument pour commémorer le premier Centenaire de la fondation des Bois-Francs.
N'est-ce pas une idée qui mérite notre grande attention ? Pourquoi ne pas ériger, sur une des plus hautes cimes des montagnes qui traversent le Canton d'Arthabaska, une grande croix, appelée la Croix du Centenaire ?
L'une des cimes du Mont Saint-Michel (I), en face de l'Hôtel-Dieu, ne serait-ce pas un site bien approprié pour y élever cette croix enjolivée d'une inscription commémorative, munie d'un courant électrique, pouvant être illuminée de temps à autres dans les beaux soirs du printemps, de l'été et de l'automne ? Oh ! quel beau spectacle s'offrirait alors à nos regards !
La famille Héon a été dans le passé, et est encore de nos jours, une des plus respectables et honorables, non seulement de la paroisse de Saint-Louis, mais de tous les Bois-Francs. Elle a joui et jouit encore de la considération et de la confiance de tous ceux qui ont eu l'avantage
(1) Le Mont Saint-Michel est la partie des Alleganys située au sud-est des terrains de l'Hôtel-Dieu, dans le quatrième rang de la paroisse de Saint-Christophe. Son nom figure pour la première fois sur une carte dressée, en 1885, par l'arpenteur J. N. Gastonguay. Sa dénomination remontait à l'année précédente. En 1884, il était question de fonder un Hôtel-Dieu à Arthabaska, et d'en confier la direction aux Hospitalières de Saint-Joseph de Montréal. Au mois d'août 1884, la Très Révérende Mère Saint-Louis, supérieure de l'Hôtel-Dieu de Montréal, accompagnée de la Très Révérende Mère Bonneau, ex-supérieure, vint à Saint-Christophe, pour s'enquérir de la possibilité d'y ouvrir une maison pour les pauvres. Pendant leur séjour à Arthabaska, les distinguées visiteuses furent enchantées du magnifique panorama qui s'offrait à leurs regards. En effet, à cette saison de l'année, les montagnes d'Arthabaska sont vraiment belles à voir.
En contemplant ce ravissant tableau de la nature, la Très Révérende Mère Saint-Louis dit à sa compagne : " Si nous venons fonder un Hôtel-Dieu à Arthabaska, nous appellerons cette jolie montagne le " Mont Saint-Michel". Voilà l'origine de la dénomination du Mont Saint-Michel.
de la connaître. Dernièrement mourait un des arrièrepetits-fils du fondateur de la paroisse de Saint-Louis, Ernest Héon, fils de Philippe.
Le vibrant témpignage d'estime et de considération que les paroissiens de Saint-Louis ont déposé sur sa tombe prouve que la famille reste fidèle aux saines traditions de son passé, et qu'elle poursuit avec honneur sa marche en avant dans les sentiers de la religion et du devoir, qui fut la véritable voie tracée par l'aïeul.
Ajoutons en passant que Philippe Héon a, de plus, le culte du sol, témioin des vertus et des labeurs de ses ancêtres, et qu'il possède à l'heure actuelle la magnifique propriété où Charles Héon abattit le premier arbre de son modeste domaine.
La famille Héon et la famille Jean-Paul Landry, (1) de St-Valère de Bulstrode, sont les deux seules familles qui possèdent encore les terres ancestrales. Dans les autres Cantons des Bois-Francs, les terres des fondateurs sont passées en des mains étrangères.
GEORGES HEON
Georges Héon, fils de Raymond Héon et de Marie Richard, né à Bécancour, le 31 mai 1810, baptisé le lendemain, décédé, dans le canton de Blandford, le 1 août 1828 et inhumé dans le cimetière de la paroisse de Bécancour, le lendemain, âgé de 18 ans.
Georges Héon avait contracté une pleurésie et mourut après quelques jours seulement de maladie. La mort de
(1) Généalogie Landry, vol. 3, page 119.
ce jeune homme causa un grand chagrin à toute la famille, mais ce qui attristait surtout les parents c'était de le voir mourir sans l'assistance du prêtre, privé de la réception des derniers sacrements. Comme à cette époque de l'année on ne pouvait songer à voyager en voiture à travers la forêt et les savanes, Charles Héon prit courageusement le parti de descendre le corps de son frère en canot. Ce voyage n'était pas des plus faciles car il fallait passer plusieurs rapides et conséquemment faire plusieurs portages.
Le plus fort de ces rapides était le Sault Blanc, aujourd'hui affublé d'un nom anglais, Maddington Falls. La pensée de pouvoir faire enterrer son frère dans le cimetière de la paroisse natale soutenait le courage de Charles Héon et lui faisait trouver le travail moins lourd. La dépouille mortelle de son frère George étant déposée en terre bénite, Charles Héon visita les parents et les amis, après quoi il embarqua dans son canot et reprit hardiment le chemin du retour. Le trajet se fit heureusement, mais non sans beaucoup de fatigues, puisqu'il fallait cette fois remonter le courant de la rivière.
L'absence de Charles Héon avait duré une dizaine de jours.
NOTES BIOGRAPHIQUES GENEALOGIQUES