DEDICACE
Laudemus viros gloriosos et parentes nostros in generatione sua.
Louons ces hommes célèbres qui furent nos ancêtres.
\^ OUS sommes en Tan 1925, l'année du premier cente- •^ ^ naire de la fondation des Bois-Francs. Un siècle s'est écoulé, depuis l'arrivée du premier colon canadien français. En effet, ce fut en mars 1825 que Charles Héon vint se bâtir une cabane en bois rond et se fixer d'une ma-nière permanante sur les bords de la rivière Bécancour, dans la partie extrême sud du Canton de Blandford.
Ce fut Charles Héon qui, en dépit de grands et de nombreux obstacles, par son seul courage et sans aucune protection, a tracé aux autres la route.
Aussi à peine dix années s'étaient écoulées que déjà d'autres vaillants colons s'étaient enfoncés plus avant dans la forêt, au-delà de la grande et périlleuse savane de Stanfold.
C'est donc à la pieuse mémoire de Charles Héon, premier colon Canadien Français résidant dans les Bois- Francs, et fondateur de la paroisse de St-Louis de Bland-
ford, et à ses courageux imitateurs, à Edouard Leclerc, fondateur de la paroisse de St-Eusèbe de Stanfold, à J.-B. Narcisse Béliveau, fondateur de St-Norbert d'Arthabaska, à François Marchand, fondateur de Ste-Victoire d'Arthabaska, à Charles Beauchesne, fondateur de St-Christophe d'Arthabaska, à J. Baptiste Lafond, fondateur de St- Calixte de Somerset, à Jean-Paul Landry et à ses deux compagnons, Raphaël et Joseph Poirier-Doiron, fondateurs de St-Valère de Bulstrode, à Charles PIoud-Desrochers, fondateur de St-Paul de Chester, et à leurs dignes et courageuses épouses : à Louise Cormier, à Marie-Zoé Landry- Bercase, à Esther Billy, a Marguerite Beauchesne, à Marguerite Levasseur, à Marguerite Poirier, à Marguerite Vigneault, à Lucie Morissette et à Hermine Tourigny, que je dédie le Tome quatrième de l'Histoire des Bois-Francs.
Humble, faible, mais sincère témoignage de mon respect, de ma vénération, pour ces braves défricheurs, aux premiers jours de l'établissement de notre petite colonie, et pour tous ceux qui dans la suite marchèrent vaillamment sur leurs traces, suivirent les sentiers par eux battus. Ils furent les véritables ouvriers de la colonisation.
De cette importante, patriotique et sublime œuvre de la colonisation ils furent les artisans pratiques en utilisant la hache et en tenant les manchons de la charrue.
Ils n'attendaient aucune rémunération des gouvernants, ils travaillaient sans trêve et sans relâche. Leur unique ambition était d'agrandir le champ de blé, pour mieux nourrir la famille, souvent assez nombreuse, et aussi servir la patrie.
Si parfois le courage semblait faiblir, appuyés sur les manchons de leur charrue, ils jetaient un regard sur la croix, qu'ils voyaient près d'eux, ou sur une élévation dans le lointain. Alors le courage renaissait, le travail semblait moins âpre, moins rude. De nouveau ils s'attaquaient aux arbres géants pour les terrasser. Les manchons de la charrue paraissaient moins lourds.
Que le souvenir de ces pieux ouvriers du sol que nous foulons ne parte pas de notre mémoire. Ils ont été nos devanciers, ils nous ont donné l'exemple de l'énergie, de la vaillance, du pur patriotisme.
Admirons-les, imitons-les. Et ce qui plus est, ne nous bornons pas à une stoïque admiration. Prouvons par nos actes que nous comprenons, que nous apprécions l'œuvre par excellence que ces chevaliers du travail du sol ont accomplie dans notre région pour le bénéfice de la patrie et de la colonisation.
Marchons vaillamment, courageusement, dans les sentiers tracés par nos ancêtres.
Conservons pieusement dans nos cœurs l'amour du sol natal. Les paroles, les écrits peuvent bien chanter la noblesse, la grandeur de la culture de la terre, c'est là l'œuvre des théoriciens. Mais le développement véritable de la colonisation, l'agrandissement du territoire arable ne s'effectuera réellement qu'au moyen de la hache et de la charrue.
Respect, honneur, gloire à tous ces hommes, à toutes ces femimes, vraiment patriotes, à ces hommes et à ces
femmes qui furent les propagateurs de la religion catholique et de la langue française, dans un territoire destiné à être anglais et protestant.
Etudions la vie de ces véritables héros.
Leur fidélité à accomplir la mission que la divine Providence leur avait confiée les rendit agréables au Seigneur qui, en retour, les combla d'abondantes bénédictions. Ces hommes bénis de Dieu, vraiment dignes de notre vénération, sont, ne l'oublions pas, nos ancêtres.
Inscrire leurs noms dans nos Annales n'est pas suffisant, c'est dans le marbre ou dans le bronze qu'il faut les graver.
Soyons fiers ! nous avons un passé sans exemple. Rempli de grands exploits et de hautes leçons !
La Croix, la Hache, la Charrue