LE REVEREND MESSIRE J. N. HEROUX, PRETRE-CURE
M. l'abbé Joseph-Napoléon Héroux naquit à Saint- Isidore de Laprairie, le 1er mai 1835, fils de Pierre Héroux et de Marie-Anne Hébert. Il passa la plus grande partie de son enfance et de sa jeunesse à Nicolet, chez son grandpère Hébert, dont il devint plus tard Tunique héritier.
M. Hébert, de Nicolet, était l'un des riches cultivateurs du temps, et M. Héroux reçut en héritage sa riche et grande ferme. Il la vendit bientôt ; mais, selon l'opinion générale dans le temps, il l'avait sacrifiée.
Il fit ses études classiques et théologiques au Séminaire de Nicolet, où il fut ordonné prêtre le 19 septembre 1858, le même jour que Monseigneur Isaac Gélinas. Jusqu'en 1862, il fut vicaire successivement à la Baie du Febvre, à Yamachiche et aux Trois-Rivières.
A la Baie du Febvre, il desservit la paroisse pendant ((uelques mois, après la mort de M. le curé Carrier, jusqu'à l'arrivée de M. le curé Didier Paradis. Au mois de septembre, il devenait directeur des ecclésiastiques, professeur de théologie et procureur au collège naissant des Trois- Rivières.
MM. LES ABBES J.-N. HEROUX, ED. BUISSON ET F.-X. LESSARD
Voici comment M. Tabbé Maj. Ls Richard, dans ses notes historiques sur le Séminaire des Trois-Rivières,, parle de la nomination de M. Tabbé Héroux : ''Il joignait aux connaissances théologiques puisées au Séminaire de Nicolet, Texpérience d'un ministère actif et difficile. Il était donc tout à fait apte à remplir la charge importante et délicate que son Supérieur voulait lui confier. En outre, les liens de parenté et d'intimité qui l'unissaient à M. Panneton rendaient à tous deux la besogne moins lourde et le séjour du vieux manoir plus agréable. Cette nomination était tout à fait heureuse, non seulement pour les raisons exposées déjà, mais puisqu'elle devait contribuer à donner une importance plus grande et un nouveau relief à l'institution. En outre, M. Héroux venait, par la mort de ses grands-parents, d'acquérir les biens d'une jolie succession et il pouvait, dans un moment donné de détresse, devenir la Providence du collège, comme en effet il le fut plus tard."
Les commencements du Séminaire des Trois-Rivières furent rudes et très difficiles. Habitué dès son enfance à ne manquer de rien, aimant naturellement les choses belles et riches, M. Héroux n'était peut-être pas le procureur qu'il fallait dans ce Séminaire pauvre et naissant. Dans tous les cas, les difficultés financières arrivèrent et des divergences d'opinion avec M. le Supérieur, M. l'abbé Panneton. M. l'abbé Héroux quitta le Séminaire des Trois-Rivières, après un séjour de cinq ans, et fut nommé à la nouvelle cure de Sainte- Victoire d'Arthabaska.
C'est durant son séjour au Séminaire des Trois- Rivières qu'il fit son voyage de quelques mois en Europe : Italie, France et Angleterre durant l'année 1864.
Il fit la traversée et le voyage pour aller, en compagnie de M. Tabbé Elz. A. Taschereau, qui s'en allait étudier à Rome, et qui devint plus tard Cardinal-Archevêque de Québec. Après avoir entendu le doux parler de France, M. Héroux racontait souvent combien il avait, à son retour, trouvé rude et peu correct le parler canadien ! Il n'y a pourtant pas tant de différence que cela ! A son arrivée aux Trois-Rivières, il allait faire visite au rusé curé de la cathédrale, M. Tabbé Baillargeon, qui lui demanda : "Quand es-tu arrivé ? Hier soâre, répondit le nouveau parisien. Viens t'assire ! lui répliqua M. Baillargeon ! ''
A l'automne de 1867, Mgr Tévêque des Trois-Rivières le nommait à la cure de Sainte-Victoire d'Arthabaska, et il devenait ainsi le premier curé de cette nouvelle paroisse, détachée* de Saint-Christophe. Il eut là à compléter les premiers édifices religieux, qui servirent jusqu'à la construction, sous M. le curé Tessier, de la splendide église et du beau presbytère d'aujourd'hui.
Sainte-Victoire d'alors n'était pas ce qu'est Victoriaville de maintenant, et M. Héroux disait souvent qu'il avait àxx y sacrifier une partie de son patrimoine.
Aussi, ce lui fut une grande joie, lorsqu'au départ de M. l'abbé Suzor, au mois de février 1878, S. G. Mgr Laflèche l'appela à la belle cure de Saint-Christophe. Il allait y trouver une magnifique église, une société instruite et choisie, ce qui était pour lui plaire. Le fait saillant de son administration à Saint-Christophe, à part la construction de dépendances à la cure et d'un mur surmonté d'une belle balustrade, en avant du presbytère, fut l'achat d'un très bel orgue pour l'église. Le facteur de cet orgue fut
M. Louis Mitchel, de Montréal, au prix de $2,200.00. L'inauguration eut lieu le 12 janvier 1882. L'orateur de la circonstance fut M. Honoré Paquet, de Québec.
Ce fut aussi durant l'administration de M. le curé Héroux que les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, de Montréal, vinrent fonder un Hôtel-Dieu à Arthabaska.
M. Auguste Quesnel, shérif pour le district d'Arthabaska, fut le promoteur de cette entreprise.
M. le curé Héroux reçut les Religieuses et organisa les fêtes qui accompagnèrent leur arrivée. Dans les premiers jours d'octobre 1884, les Religieuses de l'Hôtel-Dieu Saint-Joseph, de Montréal, destinées au nouvel Hôtel-Dieu d'Arthabaska, arrivaient à Arthabaska.
Elles arrivèrent au Couvent de la Congrégation, firent visite au presbytère et se rendirent ensuite à leur maison. Le lendemain, elles vinrent faire la Sainte Communion au Couvent de la Congrégation. A l'heure de la messe, elles se rendirent à l'église, où S. G. Mgr Laflèche prononça un éloquent sermon sur le but des communautés religieuses. Sa Grandeur se rendit ensuite au nouvel Hôtel-Dieu pour l'installation des Religieuses Hospitalières. Les paroissiens allèrent les reconduire en procession jusqu'au seuil da cloître. Le 29 juin 1885 avait lieu la bénédiction de la pierre angulaire de l'Hôtel-Dieu. Il pleuvait abondamment ce jour-là, et on ne put faire !a cérémonie en plein air, au lieu même de la construction. En conséqueence, la pierre angulaire fut apportée à l'église paroissiale, où S. G. Mgr Laflèche en fit la bénédiction. Sa Grandeur donna aussi, avec son éloquence ordinaire, le sermon de circonstance. La cérémonie dura plus de
deux heures, c'est-à-dire de 4 heures à 6^ heures. M. Héroux et son vicaire furent, pendant quelques mois, les chapelains de ce monastère.
L'Hôtel-Dieu passa par des difficultés qui retardèrent ses progrès, mais aujourd'hui il est en pleine prospérité. En 1925, il y a soixante et dix religieuses, et la Communauté vient de terminer de très importantes constructions : un orphelinat de 140 x 60 pieds et une chapelle de 50 x 40. Cette maison fait un très grand bien dans notre district.
Il est agréable de parcourir les registres de la Fabrique de Saint-Christophe, durant le terme d'office de Monsieur Héroux. L'ordre le plus parfait, la calligraphie la plus élégante, la propreté la plus complète, en font de vrais modèles.
A l'automne de 1885, S. G. Mgr Gravel, premier évêque du nouveau diocèse de Nicolet, choisissait M. l'abbé Héroux pour la plus importante paroisse, alors, du diocèse de Nicolet, La Baie du Febvre. Il quitta Arthabaska avec une joie non dissimulée ; il aspirait maintenant à un poste plus tranquille, où il y eût moins de relations sociales et où il lui fût possible de se reposer.
A La Baie du Febvre, il eût beaucoup désiré construire une nouvelle église, mais, à tort ou à raison, comme il n'avait pas la réputation d'être financier, toutes ses tentatives furent inutiles, et les paroissiens ne voulurent pas consentir à bâtir sous son règne. Ce fut son successeur, M. l'abbé Elzéar Bellemare, qui fit construire la superbe église d'aujourd'hui.
Dans son histoire de La Baie Saint- Antoine, peut être la mieux faite de toutes nos histoires de paroisses, M. le curé Elzéar Bellemare apprécie ainsi M. le curé Héroux :
'* Le Rév. M. J. N. Héroux avait acquis déjà un certain renom comme curé des paroisses de Sainte-Victoire et de St-Christophe. C'était le type du gentilhomme, un prêtre à Tair noble, de manières distinguées, exquis en étiquette, convenances ecclésiastiques et sociales. Il possédait à un haut degré le don de la conversation, qu'il égayait de bons mots et de saillies spirituelles. Cette facilité d'élocution lui était précieuse comme pasteur des âmes. Il était bon prédicateur. Malheureusement, cet homme, si bien doué, était victime d'une cruelle maladie, le rhumatisme, qui le forçait à la réclusion pendant des mois entiers — maladie qui, en martyrisant son corps, affectait son humeur et aigrissait son caractère. Naturellement gai et sociable, il devenait alors sombre, taciturne et irascible, et malheur à celui qui osait le contrarier dans ces heures : il écrasait littéralement l'imprudent. Cependant, même dans ces heures d'humeur morose, un bon mot, un trait d'esprit, jeté à propos, le désarmait incontinent.
Cet état maladif ne lui permit pas de se livrer à toute l'ardeur de son zèle, et le fardeau du ministère a dû reposer, en grande partie, sur les épaules de ses vicaires. Il suivait toutefois ses paroissiens avec sollicitude et ne négligeait aucun moyen de les pousser au bien."
C'est là une bonne et juste appréciation de M. le Curé Héroux. Il était un prêtre pieux, à l'esprit de foi très vif. Cela suffisait pour lui mériter la vénération de ses paroissiens, dans les trois paroisses où il a eu charge d'âmes, et son souvenir est précieusement conservé par tous ceux qui ont eu l'avantage de le connaître. Après douze ans de séjour à La Baie, comme curé, Monsieur Héroux
mourut le jour de Noël de l'année 1897. Depuis longtemps, il prévoyait sa mort et il s'y préparait avec un grand esprit de foi.
Il était âgé de soixante-deux ans et huit mois. Ses funérailles eurent lieu le 29 décembre, sous la présidence de Mgr Gravel, qui prononça l'oraison funèbre, en présence d'un nombreux clergé et d'une grande affluence de peuple. Son corps repose dans le cimetière de La Baie
du Febvre.
LE REV. M. WILFRID EDMOND BUISSON, Sème Curé d'Arthabaska
Né à Saint-Grégoire de Nicolet, le 7 mars 1843, M. l'abbé Edmond Buisson était le fils de Charles Buisson et de Sophie Beaudry.
Il fit ses études classiques et théologiques au Séminaire de Nicolet, où il fut ordonné le 23 septembre 1866.
Ecclésiastique, il passa un an à Toronto, pour y étudier l'anglais. A son retour à Nicolet, il enseigna deux ans au Cours Commercial. En 1866, il devenait professeur en rhétorique, charge qu'il garda pendant dix-neuf ans.
A l'automne de 1885, il était nommé, par S. G. Mgr Gravel, à la cure de Saint-Christophe d'Arthabaska. Il demeura à Arthabaska pendant huit ans, jusqu'à l'automne 1893, où il partit pour la cure de St-Bonaventure d'Upton.
Au mois d'octobre 1894, il prenait possession de la cure de Saint-François du Lac, qu'il garda jusqu'en 1906.
Au miois d'octobre 1906, S. G. Mgr Brunault l'appelait à la cure de Sainte-Victoire d'Arthabaska, la plus importante du diocèse de Nicolet.
C'est là qu'il mourut, le 1er juillet 1913, à l'âge de soixante-dix ans et quatre mois. Son corps repose dans le cimetière de Victoriaville.
Tous ceux qui ont connu M. Pabbé Buisson conservent de lui un souvenir pieux et ineffaçable. C'est que ce prêtre était vraiment un prêtre selon le cœur de Dieu, et un homme doué des plus belles qualités de l'esprit et du cœur.
Les nombreuses générations d'écoliers qui l'ont connu, comme professeur de rhétorique au Séminaire de Nicolet. aiment toujours à parler de ses talents, de ses connaissances étendues en littérature, de son goût toujours si délicat. Il goûtait les beautés de la littérature et savait les faire goûter. Souvent, lorsqu'il lisait une page choisie, d'un auteur aimé, les élèves voyaient couler les larmes de ses yeux.
Sa santé ne lui permit pas de passer toute sa vie dans l'enseignement. Son départ fut une grande perte pour le Séminaire, car il était non seulement un professeur qui honorait la maison de Nicolet, mais aussi un homme d'initiative, qui avait à cœur de tenir le Séminaire à la hauteur des meilleurs dans le pays. Avec Mgr Douville, il exerça une influence des plus salutaires au Séminaire de Nicolet.
Curé, Monsieur Buisson sut, par son prestige et ses belles qualités, attirer la confiance de tous et accomplir les œuvres les plus utiles et les plus considérables : à Arthabaska, terminer l'église et en faire l'une des plus belles du diocèse, bâtir un magnifique presbytère et faire d'importants travaux au cimetière ; à Saint-François du Lac,
construire un grand et splendide presbytère ; à Victoriaville, embellir Téglise, l'enrichir de tableaux et de verrières dans le sanctuaire, et faire du cimetière Tun des plus beaux de cette province.
Chose étonnante, ce prêtre, d'une santé délicate, aimait à faire des travaux, c'était un bâtisseur.
Le départ de M. Buisson d'Arthabaska fut la grande épreuve de sa vie ; mais c'est bien lui qui en fut la cause, et non pas Mgr Gravel comme les paroissiens d'Arthabaska le crurent un instant.
M. Buisson avait commencé vieux à prêcher et il redoutait beaucoup la prédication ; c'était pour lui un grand fardeau. Bien des fois, il manifesta le désir d'avoir une autre paroisse moins importante, où la prédication lui serait moins pénible, et il mentionnait particulièrement Saint-Bonaventure. Au dimanche de son entrée à Arthabaska, le sacristain, à qui il demandait s'il avait fait les choses passablement, lui répondit : '' Ça viendra, ça viendra ! " Ce n'était guère encourageant, mais le sacristain n'était pas une autorité. On reprochait trois choses à la prédication : il parlait trop bas, il parlait trop vite, et disait des choses trop relevées. M. Buisson s'exagérait les difficultés de la prédication, car il était un prédicateur intéressant. S'il avait pu se débarrasser de cette crainte excessive, chez un homme de sa valeur, et transporter en chaire les charmes de sa conversation ordinaire, il eût été un prédicateur remarquable, car il était un causeur étonnant, des mieux renseignés et des plus autorisés.
Cette crainte de la prédication lui fit seule désirer et
accepter un autre poste. Monseigneur Gravel estimait M. Buisson ; il l'avait nommé à Arthabaska, et jamais il ne lui eût imposé une autre paroisse.
M. Buisson partit d'Arthabaska, emportant les plus vifs regrets de tous ses paroissiens. Plus tard, le séjour des belles paroisses de Saint-François et de Victoriaville le consola de son épreuve, mais jamais il n'a oublié sa paroisse d'Arthabaska.
M. l'abbé Buisson n'était pas seulement un littérateur de grand mérite et un homme de société, mais il était aussi un prêtre à la foi vive, à la piété ardente et vraie. Souvent, le soir, lorsque l'église était bien silencieuse, il aimait à faire sa visite au Saint Sacrement, et là, prosterné devant le tabernacle de son église, dans une prière fervente, dans des élans de foi, il répandait son âme devant le Dieu de l'Eucharistie.
Et puis, avec quels sentiments de foi il disait sa messe tous les jours ! Au Séminaire, il avait choisi un endroit isolé et tranquille pour y dire la messe ; et plus tard, c'était son bonheur de célébrer la messe dans la silencieuse chapelle du couvent de sa paroisse.
La vie du regretté défunt a été celle d'un excellent prêtre, et c'est là le plus bel éloge que l'on puisse faire de lui. Dieu l'avait doué de belles et nobles qualités, mais son plus beau titre est dans le fait qu'il a toujours été un prêtre selon le cœur de Dieu. Sa carrière a été longue, bien remplie, utile à l'Eglise et à l'éducation de la jeunesse. Il restera dans la mémoire et le souvenir de tous ceux qui l'ont connu, comme l'un des prêtres les plus dignes et les plus distingués du pays.