MONSEIGNEUR P.-H. SUZOR
que quatre chandeliers de bois, un crucifix, une image représentant la cène, un missel, une paire de burettes, un calice et deux chasubles, le tout déposé sur une petite table de quatre pieds carrés, qui servait d'autel.
Il n'y avait alors dans toute la paroisse de Saint- Christophe que 350 comjmuniants. Le village se composait d'une douzaine de maisons. La chapelle qui devait servir au culte jusqu'en 1875 n'était pas encore terminée. Tout était à organiser. Trois missions à desservir, à part la paroisse principale ; des voyages continuels à faire ; l'organisation à préparer dans ces missions de Warwick, de Bulstrode et de Horton. Il est facile de se faire une idée des fatigues et des soucis que devaient occasionner tous ces travaux au curé-missionnaire.
Cependant, au milieu de tous ces travaux, le jeune curé éprouvait de la joie, à la vue du bien accompli. Nous avons en mains le premier coutumier de la paroisse de Saint-Christophe. Ce cahier n'est pas d'hier ; il a été acheté à la librairie Crémazie, à Québec, et il a 7(^ ans d'existence.
Voici ce que nous y lisons, quelques semaines après l'arrivée du curé : '' Noël, confessions depuis 2 heures jusqu'à 11.3^ heures. Beaucoup de monde à la messe. EgHse bien éclairée, 14 livres de chandelles. Messe de l'aurore après la messe de minuit. 1^ tablée de communions ! chants, messe avec quatre servants." C'était du luxe pour le temps.
Mais si les offices n'étaient pas pompeux, ils étaient faits avec régularité. Le curé en prévenait ses heureux paroissiens, au dimanche de prise de possession. Nous lisons à la première page du coutumier de 1851 : ''La
grand'messe commencera tous les dimanches à 9j4 heures. Les vêpres à 1^ heure. La messe se dira tous les matins à 7y2. heures, et sera annoncée, comme la grand'messe, par quelques cris de hourgo. Je confesserai tous les matins régulièrement avant ma messe. La veille du dimanche cl des fêtes d'obligations, je confesserai l'après-midi à 3 heures. L'heure sera scrupuleusement suivie et cela pour l'avantage de tout le monde."
Mais aussi, sous l'active direction de ce zélé curé que l'Evêque de Québec avait donné à Saint-Christophe, les choses allaient rapidement changer.
Le hourgo fut bientôt remplacé par une belle cloche. Cette cloche de 500 livres, consacrée par le Grand-Vicaire Thomas Cooke, le 14 janvier 1852, a sonné les offices jusqu'en 1896 ; elle est maintenant à Kingsey-Falls.
L'humble chapelle céda la place à une très belle et grande église en pierre ; église solide, aux proportions élégantes, encore aujourd'hui, l'une des plus belles du diocèse. Il faut lire dans les archives de l'église de Saint- Christophe les soucis et les peines que lui causa la construction de cette église. En 1869, il avait été décidé de bâtir une église. Les difficultés et les oppositions commencèrent et il fallut ajourner ce projet. Ces difficultés faillirent décider Monsieur le curé Suzor à accepter la demande pressante qui lui était faite par les autorités du Séminaire des Trois-Rivières, d'aller exercer un emploi dans cette maison d'éducation. Heureusement, les oppositions s'apaisèrent, le digne curé resta dans sa paroisse de Saint-Christophe. L'église se bâtit, avec beaucoup de contre-temps et de dépenses, et le 15 juillet 1875,
PREMIERE EGLISE DE 8T-CIiRIST()PHE
elle recevait la bénédiction solennelle de TEglise, par Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières.
M. le curé Suzor s'occupa activement de l'instruction de la jeunesse. Il construisit un couvent qu'il confia, heureusement, aux Dames de la Congrégation de Notre-Dame, de Montréal. C'était un choix judicieux et qui dit beaucoup en faveur de M. Suzor. Depuis 1870, ces excellentes éducatrices continuent toujours à donner une forte instruction et une éducation distinguée aux jeunes filles d'Arthabaska et des environs. En 1872, le premier au Canada, il appelait de France les Frères du Sacré-Cœur, pour leur confier l'instruction des jeunes garçons.
M. le curé Suzor fut aussi le premier fondateur du journal " L'Union des Cantons de l'Est ". En 1866, il y avait quinze ans qu'il était arrivé à Arthabaska comme curé. Il y avait huit ans que le village d'Arthabaskaville était incorporé. Arthabaska était devenu le chef -lieu d'un district judiciaire. La population des Cantons de l'Est était assez considérable ; il devenait très utile d'avoir un journal pour faire connaître cette partie du pays, qui s'ouvrait à la colonisation, sous de si brillants auspices.
M. le curé Suzor plaida la cause d'un journal auprès des principaux citoyens d'Arthabaskaville, et intéressa quelques curés voisins, et le nouveau journal paraissait pour la première fois le 14 décembre 1866.
C'était un événement important pour les Cantons de l'Est. Ce journal y a rendu de grands services jusqu'aujourd'hui. Ils sont rares au pays les journaux qui vivent aussi longtemps. " L'Union des Cantons de l'Est " doit sa longue vie à la forte impulsion qui lui fut donnée dès le début, et surtout au travail des hommes instruits et distin-
gués qui se sont succédé à sa rédaction, et qui, toujours, en ont fait un journal digne et intéressant.
En peu d'années, la paroisse de Saint-Christophe était devenue, à tous les égards, l'une des plus importantes de la province de Québec. Et, lorsqu'en 1878, Mgr Laflèche lui confiait la cure de Nicolet, la plus importante de l'ancien diocèse des Trois-Rivières, M. le curé Suzor pouvait se rendre le témoignage d'avoir efficacement travaillé dans cette paroisse que Mgr Turgeon lui avait confiée en 1851.
Durant sa longue administration de vingt-sept ans, il avait pu rencontrer quelquefois des contradictions, éprouver quelques chagrins, mais, toujours, les paroissiens de Saint-Christophe ont conservé le plus profond respect et Ja plus grande reconnaissance pour celui qui avait fondé et formé leur paroisse, qui l'avait dotée de maisons d'éducation, et qu'ils regardaient, avec raison, comme l'un des plus dignes et des plus vénérables parmi les prêtres.
Lui-même a toujours conservé la plus vive affection pour ses anciens paroissiens et pour Saint-Christophe, sa paroisse de prédilection. Tant que ses forces le lui ont permis, il aimait à venir visiter son ancienne paroisse, son église, son cher couvent de la Congrégation, qui lui témoignait en toute occasion sa vénération et sa reconnaissance.
En souvenir et en reconnaissance des éminents services rendus ici par ce curé fondateur, les paroissiens ont voulu lui faire célébrer, dans leur église, un service solennel, quelques jours après sa mort, et auquel ils assistaient en foule. L'action de M. le curé Suzor a été considérable dans les Cantons de l'Est ; elle le fut encore plus à Nicolet
A Nicolet, ce fut le même ministère actif et fructueux. Là comme ici, il fut respecté et aimé par ses paroissiens.
Les paroissiens de Nicolet aiment à rappeler l'éclat
qu'il donna au culte dans leur église, son zèle pour le ministère en général et surtout pour la direction spirituelle des jeunes gens. Ils se rappellent les sermons substantiels donnés chaque dimanche par le curé qu'ils étaient fiers de posséder.
En 1885, à l'arrivée d'un évêque à Nicolet, M. l'abbé Suzor fut choisi par Mgr Gravel pour son vicaire-général, et resta encore quelques années curé d'office à la cathédrale. En 1899, au milieu de grandioses fêtes, M. le Grand- Vicaire Suzor célébrait ses noces d'or sacerdotales, et il était élevé par S. S. le Pape Léon XIII, à la dignité de Prélat Domestique, avec le titre de Monseigneur, C'était la digne récompense d'une longue et belle vie.
Retiré à Nicolet, Mgr Suzor a été entouré de la considération générale. Ses anciens paroissiens allaient souvent le visiter et se recommander à ses prières. Il assistait régulièrement aux offices de la cathédrale. Tous les jours, dans l'après-midi, on le voyait se diriger vers la cathédrale, où il priait longuement. Il a conservé toutes ses facultés et une santé assez bonne, jusque dans les derniers temps.
Mgr Gravel disait un jour : " Ce qui distingue Mgr Suzor c'est son grand sens ecclésiastique ". C'est le plus bel éloge que l'on puisse faire d'un prêtre. Dans l'accomplissement de ses fonctions de prêtre, dans la prédication, dans la célébration de la messe, dans l'administration des sacrements, il était toujours digne. C'était un bon serviteur de Dieu et de l'Eglise.
Mgr Suzor est décédé à Nicolet le 5 octobre 1917, à l'âge très avancé de 91 ans et cinq mois.
Les funérailles furent très imposantes dans la cathédrale de Nicolet ; elles eurent lieu le mardi 9 octobre.
Le service fut chanté par Sa Grandeur Mgr J.-S.-H. Brunault, évêque de Nicolet.
Le corps du vénérable prélat repose au pied de la croix, dans le cimetière des Sœurs de TAssomption, à Nicolet.