‹ Les Bois-Francs (volume 3)Chapitre 73 sur 127 · ET JUSTIN, COLLEGE DU SACRE-CŒUR · texte numérisé non relu

ET JUSTIN, COLLEGE DU SACRE-CŒUR

VICTORIAVILLE, 13 août 1922.

Dimanche, le 13 août, à la clôture de la retraite annuelle, les Frères du Sacré-Cœur célébraient, dans l'intimité, les noces de diamant des Frères Octavius et Justin. Ces deux vétérans de l'enseignement sont bien connus dans nos Cantons de l'Est, où s'est écoulée la plus grande partie de leur longue et féconde carrière. Sa Grandeur Mgr J.-S.-H. Brunault, évêque de Nicolet, malgré la fatigue de deux retraites épiscopales, voulut bien apporter aux vénérés jubilaires, avec l'honneur de sa présence, le réconfort de sa parole si éloquente surtout quand elle exalte l'éducation et le religieux éducateur.

La fête débuta par la communion générale et la rénovation des vœux, présidée par Monseigneur.

A 9>4 heures, M. Tabbé O. Milot, curé de Victoriaville, et ami intime des jubilaires, célébra la Sainte Messe, assisté de M. G. Bourbeau, curé de Tingwick, et de M. E. Russault. Monseigneur assistait au trône, ayant à ses côtés, M. A.-O. Papillon, curé de Princeville, et M. W. Cannon. Au chœur on remarquait : M. J.-U. Tessier, ancien curé, M. L.-A. Côté, curé d'Arthabaska, M. C.-E. Mailhot, le Rév. Père Vandandaigne, S. J., M. J.-E. de Chatillon, aumônier du Noviciat, M. R. Faucher, aumônier du Collège, M. L. Morin, secrétaire de Monseigneur, M. L. Farly, aumônier de THôtel-Dieu.

Sur un banc d'honneur étaient les Frères Octavius et Justin, accompagnés des Frères Sévérien et Faustinien. Un choeur puissant, sous la direction des FF. Léandre et Télesphore, exécuta, avec une précision parfaite, la messe de Perosi et divers chants de circonstance. Après l'Evangile, M. L.-A. Côté, curé d'Arthabaska, le sympathique et bien disant orateur, monta en chaire et prononça l'éloquent sermon que nous sommes heureux de publier ci-après.

Habebitis autem hune diem in monumentum, et celebrabitis eam solemnem Domino.

Ce jour vous sera mémorial et vous le célébrerez solennellement à l'honneur du Seigneur. (Exode, XII, U).

Monseigneur,

Votre Grandeur nous donne aujourd'hui une nouvelle preuve de la délicatesse de sa bonté. Après les fatigues d'une retraite pastorale, vous avez bien voulu venir présider et rehausser de votre présence les fêtes de ce jour, et donner ainsi aux Frères du Sacré-Cœur, un nouveau témoignage de votre estime et de votre considération. Ce témoignage s'adresse particulièrement, en ce moment, aux

deux dignes jubilaires qui célèbrent aujourd'hui le soixantième anniversaire de leur profession religieuse. Nous tous, ici présents, qui vénérons ces deux excellents religieux nous remercions Votre Grandeur de cet honneur, et nous en conserverons le plus précieux souvenir.

Bien chers Frères Jubilaires,

Soixante ans de vie religieuse ! c'est une longue étape dans la vie. C'est une distance qui n'est permis qu'à un petit nombre d'atteindre. Soixante ans de dévouement, de renoncement, de fidélité à la règle ; soixante ans d'un zèle constant, à l'éducation de la jeunesse chrétienne, c'est un don de Dieu pour lequel il est juste de le remercier et de le bénir. C'est ce que vous venez faire ce matin, au pied des autels, en présence de votre Evêque qui vous honore de sa présence ; et nous sommes heureux de nous unir à vous pour remercier Dieu des grâces nombreuses et précieuses qu'il vous a accordées durant ces soixante années consacrées à son service.

Bien des souvenirs se pressent aujourd'hui dans votre esprit et dans votre cœur : souvenir de la maison paternelle qui reste toujours si cher au cœur ; souvenir d'un père et d'une mère qu'il est toujours si pénible de quitter.

Vous étiez encore bien jeunes lorsque vous êtes entrés dans l'Institut des Frères du Sacré-Cœur, alors presqu'à ses débuts. A l'appel de Dieu vous avez répondu avec empressement et générosité. Il s'agissait de quitter les vôtres, tous ceux qui vous étaient chers ; mais c'était pour Dieu, et, comprimant votre cœur, vous fîtes courageusement ce sacrifice.

Non contents de cette première oblatîon, après quelques années, vous vous êtes offerts et vous avez été choisis

pour nos écoles du Canada qui avaient alors un si grand besoin de maîtres religieux. Il fallait, cette fois, vous éloigner beaucoup plus de votre famille, quitter votre beau pays, la France, qui a été non seulement le premier royaume de la terre, mais qui est bien toujours aussi le plus beau pays du monde. Ce sacrifice était encore plus grand que le premier.

Dans une fête comme celle-ci, il est juste de payer à notre chère Mère-Patrie, la France, le tribut de reconnaissance. D'elle nous sont venus ces missionnaires qui ont implanté la religion parmi nous. D'elle nous sont venus tous ces religieux, qui ont fondé ces communautés enseignantes qui ont été depuis de longues années, et qui sont encore aujourd'hui, notre force et notre gloire. Qu'aurionsnous fait sans les Frères ? Si notre Province de Québec est profondément chrétienne, elle le doit en bonne partie aux Religieux et aux Religieuses de nos communautés enseignantes. Et ces communautés, pour la plupart, nous viennent de France.

Honneur donc et reconnaissance aux religieux français ! Honneur et reconnaissance à la France qui, malgré ses fautes, communes d'ailleurs aux autres nations, a toujours été si noble et a évangélisé tant de pays.

Depuis de longues années déjà, chers Frères du Sacré- Cœur, vous travaillez dans notre Province et particulièrement dans nos Cantons de l'Est, avec un zèle admirable et une activité infatigable, à l'éducation de la jeunesse. La présence des Frères dans une localité est toujours une grande faveur de la Providence, car le religieux est bien le maître idéal de l'enfance et de la jeunesse.

Les maîtres laïques peuvent bien remplir avec talent et avec zèle la tâche difficile qui leur est confiée ; mais combien leur sont supérieurs les maîtres religieux !

Le maître religieux n'a pas moins de science que le maître laïque le mieux qualifié ; et, ce qui est important, il enseigne avec plus d'autorité, et ses enseignements religieux sont plus solides.

L'église vous a appelés Frères, et elle vous a bien nommés. Sortis presque tous travailleurs, vous êtes bien leurs frères, car vous leur rendez le plus grand des services en apprenant à leurs enfants, par vos exemples et vos paroles, la vertu, l'obéissance, la justice, le respect de Dieu et de l'autorité.

Pourquoi le religieux est-il maître idéal de l'enfance et de la jeunesse ? Après la méditation du matin, après la Sainte messe et la Sainte Communion, vous portez sur votre front la force et le reflet de la lumière céleste. Partout où vous irez, on devra remarquer en vous ce cachet surnaturel qu'a imprimé sur vos traits le tête-à-tête auguste que vous venez d'avoir avec Dieu. On devra voir que vous n'êtes pas des hommes ordinaires, mais des religieux, c'est-àdire des hommes voués à Dieu à qui rien, par conséquent, ne peut être plus à cœur que les intérêts de la gloire de Dieu et le bien des âmes.

Où et comment manif esterez-vous ces sentiments qui vous seront habituels ? Partout où vous aurez afifaire ; mais surtout dans ce qui doit être votre occupation principale : dans l'enseignement et l'éducation des enfants. Vous allez en classe comme maîtres chargés d'instruire les enfants qui vous sont confiés ; mais vous y allez surtout comme religieux ; c'est-à-dire comme représentant du Dieu des

sciences, qui vous délègue pour enseigner à sa place, et qui vous investit du soin de le faire connaître et aimer. Comme maîtres ordinaires vous devez faire la classe consciencieusement, de manière que vos élèves profitent bien de tout ce que vous avez à leur enseigner. Comme maîtres religieux vous devez surtout imprimer un cachet religieux à tout ce que vous leur dites et à tout ce que vous faites chaque jour devant eux ; car c'est ce qui distingue l'enseignement religieux de l'enseignement laïque.

Mais comment la religion peut-elle intervenir dans une classe au point de former la base de votre enseignement et d'être l'âme de tout ce que vous faites et de tout ce que vous dites ? Je vois surtout pour cela trois moyens : lo La prière que vous faites avec vos élèves et que vous faites encore plus en communauté et en particulier ; 2o la parole par laquelle, ou bien vous enseignez directement les vérités de la foi, ou bien vous profitez de toutes les circonstances pour rappeler ce qui peut porter les âmes vers Dieu et les animer à la pratique de la vertu et à la fuite du mal. Une parole que vous pouvez dire à vos enfants durant la classe, laissera peut-être dans leur esprit des traces qui ne s'effaceront jamais. Un élève a raconté ce fait : *' Je me rappelle un jour, dit-il, où notre professeur de rhétorique nous parlait de la prédestination et de la damnation. Son explication donnée, il s'arrêta pour dire '

'' Qui sait s'il n'y aura pas dç damnés parmi nous ?

y en aura-t-il ? qui sera-ce ? Puis, continue

cet élève, comme j'étais le plus près de la tribune et le plus jeune de la classe, il s'adressa à moi : " Sera-ce vous ?" me demanda-t-il. Cette question me fit froid dans tous les membres ; et comme je n'osais pas répondre, un de

mes amis répondit pour moi : '' Oh ! non, ce ne sera pas lui, j'en réponds ". Quelle émotion, et comme elle dura longtemps !" 3o Enfin, le religieux donne l'enseignement par l'exemple par lequel vous faites voir en vous-mêmes les vertus que les enfants doivent pratiquer.

Depuis soixante ans, chers Jubilaires, vous exercez, à l'édification et à l'approbation de tous, ce rôle si élevé d'éducateurs. Toujours vous avez été ces éducateurs dont je viens de parler. Si nous interrogions aujourd'hui vos Frères en religion, ils seraienr unanimes à corroborer ce témoignage.

J'ai moins connu le cher Frère Justin, mais je sais parfaitement qu'il a été un éducateur zélé, un vaillant directeur, et ce qui est mieux encore, un très bon religieux. Sans cesse à la besogne, la vieillesse ne l'empêche pas de rendre encore des services très appréciables. C'est l'ouvrier du Seigneur qui ne veut se reposer qu'au ciel.

J'ai eu l'avantage de vivre dans l'intimité du cher Frère Octavius pendant vingt ans. Pendant vingt ans, j'ai pu le voir à l'œuvre comme directeur du premier collège de l'Institut au Canada. Si aujourd'hui votre collège est devenu l'un des pensionnats les plus importants et les mieux organisés dans notre province, il le doit pour une part considérable à ses efforts, à son zèle et à son dévouement.

Choisi pour remplir la charge de Provincial, principale et première fonction dans l'Institut au Canada, il y a mis les mêmes qualités : une dignité constante, un dévouement inaltérable, un zèle qui ne se démentait jamais.

Ceux qui vous ont vu à l'œuvre, mon cher Frère, ont toujours été étonnés de la somme de travail que vous douiez chaque jour. Vous n'avez jamais ménagé vos peines:

VOUS n'avez jamais regardé à vos fatigues. Les médecins et les parents du saint pape Pie X lui recommandaient de ménager sa santé. Il leur répondit : " Le Saint Siège n'est pas un siège à sommeil mais à soucis ". Vous auriez pu répondre de même : la fonction de directeur n'est pas une fonction de repos mais de fatigue.

Vous avez fortement travaillé à inspirer la piété aux jeunes gens qui ont été sous vos soins. Vous leur avez donné votre travail, votre parole ; vous leur avez donné l'exemple ; l'exemple toujours irréprochable du vrai religieux conscient et rempli de son devoir. Aussi, elle est belle aujourd'hui la nombreuse lignée de vos anciens élèves. Ils sont un peu partout au Canada et aux Etats-Unis. Plusieurs remplissent des charges importantes. Ils sont dignes des soins qu'il ont reçus ; et, s'ils étaient ici, ils s'uniraient à nous, d'une commune voix, pour proclamer hautement que vous avez bien mérité de Dieu, de l'Eglise, de la Patrie et de votre Communauté.

Vous me pardonnerez, chers Jubilaires, le témoignage que je rends de vous aujourd'hui. Il peut être pénible à votre humilité ; mais, en présence de vos nombreux confrères et de vos amis, il est juste de dire ce que vous avez été, ce que vous avez fait, et de vous proposer comme modèles à imiter. Le bon Dieu, qui ordonne d'honorer ses parents, veut aussi que nous honorions ces hommes qui ont consacré leur vie à l'éducation de la jeunesse, et qui, comme de vrais soldats du Christ, l'ont servi sans jamais faiblir.

Vivez longtemps, chers Jubilaires, entourés de l'estime et du respect de tous, pour l'édification de vos Frères et le plus grand bien de votre Communauté.

C'est la grâce que je vous souhaite du fond de mon cœur avec la bénédiction de Monseigneur.

A rissue de la Messe, la Communauté se réunit dans la salle de récréation, gracieusement décorée. Après un morceau d'orchestre et une cantate en l'honneur des jubilaires, le Frère Eraste, au nom des Frères de la Province, présenta à Monseigneur Brunault et aux FF. Octavius et Justin l'adresse suivante :

A Sa Grandeur Monseigneur J.-S.-H. Brunault,

Evêque de Nicolet, Et à nos Vénérés Jubilaires,

les Chers Frères Octavius et Justin,

Monseigneur,

Votre présence au milieu de nous, en ce jour solennel de clôture de retraite et de fête jubilaire, remplit nos cœurs de la joie la plus vive et nous procure le bonheur de déposer à vos pieds l'humble hommage de notre gratitude et de notre filiale vénération.

Nous considérons votre auguste présence. Monseigneur, comme un nouveau témoignage du grand intérêt que vous portez à l'œuvre de l'éducation chrétienne et du véritable amour que vous avez pour l'Institut des Frères du Sacré-Cœur.

Comme premier Pasteur de ce diocèse, vous aimez toutes les âmes qui, pour le bien de la Société, l'honneur du pays et la joie de l'Eglise, consacrent les trésors de leurs esprits à la formation intellectuelle, morale et religieuse de la jeunesse, et préparent sans se lasser des bataillons d'élite pour soutenir les bons combats et remporter les victoires décisives. Mais la meilleure part de votre affection n'estelle pas pour le Frère éducateur " qui, au dire d'un célèbre publiciste chrétien, sème et ne voit pas la récolte qui

cultive cette fleur du jeune âge et à qui on la ravit au moment où elle allait éclore, qui recommence sur des générations sans cesse changeantes le dur métier de susciter rhomme endormi dans l'enfant ?''

Il nous semble que votre bonheur est de saisir toutes les occasions pour bénir ses œuvres, sa personne ; pour exalter le zèle qu'il déploie généreusement à la cause de la régénération sociale, et pour lui exprimer toute votre estime. Car, vous savez mieux que personne, Monseigneur, le prix et la nécessité de la bonne éducation, alors que de toutes parts on ruse pour priver l'esprit de la jeunesse de toute lumière surnaturelle, pour arracher de son cœur toute pensée chrétienne, et pour ravir à son âme cette paix qui console et qui fortifie au milieu des vicissitudes de la vie.

Les Frères du Sacré-Cœur qui, en 1.872 eurent la j ve d'établir â Arthabaska leur première maison en Canada, qui, pendant cinquante ans, ont joui de la bienveillante protection des éminents évêques de Nicolet, et qui se sont vus, durant ces vingt dernières années surtout, honorés des sollicitudes toutes paternelles de votre Grandeur, osent croire, Monseigneur, qu'ils sont les enfants privilégiés de votre grand cœur de Père et d'Evêque. Vos bienfaits â leur égard ne se comptent plus, tant ils sont nombreux. Toutefois, qu'il nous soit permis de rappeler ici. Monseigneur, une tonne parole qu'en 1912, à l'occasion des Noces d'Or de vie religieuse de nos Vénérés Jubilaires, vous prononciez en réponse à une adresse de bienvenue et devant un auditoire d'élite. Vous disiez, Monseigneur : " Nous aimons l'Institut des Frères du Sacré-Cœur fondé pour semer le

bon grain dans le cœur des enfants, pour aider les prêtres à dissiper Terreur, à enrayer le mal, à promouvoir les intérêts de la religion/'

L'an dernier, à Toccasion des fêtes du premier centenaire de notre Institut, ce fut pour nous tous un grand bonheur de vous voir présider nos pieuses solennités du 13 et 14 juillet, de bénir le monument au Sacré-Cœur qui devait en perpétuer le souvenir, et d'entendre de votre bouche autorisée des paroles d'encouragement qui résonnent encore à nos oreilles comme une harmonie qui chante la joie, l'amour et l'espérance. Si ces fêtes, préparées avec tant de soin par notre bien aimé Provincial, le très cher Frère Antoine, eurent tout le succès qu'on espérait, c'est bien à vous. Monseigneur, que nous le devons.

Veuillez croire. Monseigneur, que nous gardons dans nos cœurs la mémoire de toutes ces choses ; et qu'en retour de vos paternelles bontés, nous prions Dieu de vous conserver longtemps à notre filiale vénération.

Veuillez croire qu'en votre auguste présence il nous est particulièrement agréable aujourd'hui d'offrir à nos Vénérés Jubilaires les félicitations et les vœux que nous formons à l'occasion de leurs noces de diamant.

Vénérés Jubilaires,

Il convient qu'à l'occasion de vos noces de diamant, vous fassiez une halte ; et, qu'à l'exemple du voyageur arrivé au sommet de la montagne, vous jetiez avec satisfaction un regard sur le chemin parcouru, que vous évoquiez les détails et les péripéties de la route et que vous remerciez le Sacré-Cœur qui vous a protégés d'une manière si manifeste pendant ces soixante années de vie religieuse.

Le chemin a été rude ; et il s'est trouvé parfois sur le sentier plus d'épines que de roses, plus de souffrances que de joie, plus de déboires que de récompenses. Mais, c'est le partage de l'homme de bien ; c'est la solde du religieux éducateur qui ne sème point pour le temps.

Permettez-moi, vénérés Jubilaires, de rappeler brièvement le souvenir des gestes et faits que vous avez accomplis, d'applaudir aux magnifiques gerbes d'actions louabîes et d'oeuvres belles qui ont marqué vos pas sur la terre bénie de notre cher Canada.

Pendant soixante ans, éclairés des saintes vues de la foi, enflammés du zèle des âmes, dégagés de tous les liens terrestres, façonnés à toutes les abnégations, prêts à tous les sacrifices, vous avez passé alternativement de la prière au travail, du travail à la prière, sans bruit, sans récompense humaine. Que de pages vous avez écrites en lettres d'or dans le Grand Livre de vie ! que d'actes de vertus, que de services signalés vous avez rendus à la cause de l'éducation chrétienne ! que de bonnes paroles, de sages conseils, de prières ardentes ont marqué l'empreinte de vos pas !

L'unique mobile de votre vie toute de prière, de travail, de régularité, d'abnégation et de sacrifice a été d'opérer votre sanctification personnelle, de procurer à la jeunesse le bénéfice d'une éducation parfaite, d'édifier vos Frères, de glorifier le Sacré-Cœur, notre auguste Patron et divin Modèle.

Dans toutes les charges que la sainte obéissance vous a confiées, vous avez déployé ce dévouement, doublé de désintéressement qui est l'apanage des grandes âmes et le fond du vrai catholicisme.

Nous aimons à nous rappeler, bien cher Frère Octavius, qu'en 1887, Tobéissance vous confiait la direction de rimportante école de Sherbrooke, et Cjue, par votre zèle et votre savoir faire, vous y établissiez des habitudes d'ordre, de discipline et d'émulation que vos successeurs ont maintenues et qu'ils gardent comme une précieuse tradition.

Plus tard, en 1901, votre nomination au poste difficile de Directeur du Collège d'Arthabaska fut accueillie avec joie et saluée comme l'aurore d'une ère de prospérité. Le Collège de Victoriaville, avec sa jeunesse nombreuse et animée d'un bon esprit, demeure le plus beau monument de votre esprit d'initiative, de votre prudence consommée et de votre inlassable dévouement.

De 1912 à 1915, sous votre administration sage et vigoureuse, la Province d'Arthabaska franchit une belle étape : ses oeuvres prospérèrent et de nouveaux champs d'action s'ouvrirent au zèle des ouvriers. Sans contredit, votre longue carrière d'apostolat a été féconde en travaux et en œuvres qui ne périront pas. Nous vous en remercions de tout cœur et prions Dieu de vous en récompenser.

Vous n'avez pas moins, bien cher Frère Justin, travaillé rudement à la vigne du Seigneur et porté allègrement le poids du jour et de la chaleur.

En France, en Afrique, aux Etats-Unis et en Canada, vous avez préparé pour l'Eglise et la Société de nombreuses phalanges d'hommes de devoir et de vertu, de caractère et de principes, de sacrifices et de dévouement. Contemplez aujourd'hui avec un légitime orgueil et une douce satisfaction ces superbes floraisons de jeunes gens eue vous avez si bien façonnés et qui, devenus pères de familles,

religieux ou prêtres, perpétuent les divines semences que vous avez jetées à profusion dans leurs esprits et dans leurs cœurs.

Avec vous, bien cher Frère Justin, nous nous réjouissons de vos fructueux labeurs, et nous bénissons le Sacré- Cœur d'avoir si longtemps conservé vos forces au service de la jeunesse et de notre Institut.

Quel bel exemple de persévérance vous donnez. Vénérés Jubilaires, à ceux qui marchent à vos côtés et qui s'efforcent à leur tour de mettre de la lumière dans les intelligences, de l'énergie dans les volontés, des vertus et des principes dans les cœurs !

Puissions-nous avoir toujours la patience, l'abnégation et le dévouement que réclame notre tâche d'éducateur religieux et dont votre vie tout immolée au Sacré-Cœur €t aux âmes nous oftVe de si puissants exemples ! Puissions-nous toujours nous moquer des sourires et des illusions du monde, rester fidèles à notre idéal d'éducateur apôtre et, comme vous, lutter en braves, jusqu'au bout, sous la bannière du Sacré-Cœur.

Maintenant que vous avez consumé vos forces au service du bien, il n'est que juste, Vénérés Jubilaires, que vous aspiriez au repos d'une longue vieillesse en attendant la récompense promise par Dieu au bon et fidèle serviteur.

A l'instar de notre vénérable doyen, le cher Frère Sévérien, vivez de longues et paisibles années au milieu de vos Frères qui sont tous heureux aujourd'hui de vous adresser leurs plus sincères félicitations, de vous combler de leurs meilleurs vœux de bonheur et qui toujours sauront vénérer vos courages, consoler vos blessures du temps,

glorifier vos bons et loyaux services, charmer les dernières heures de votre vie, et marcher avec entrain sur vos nobles, traces.

Avec l'espoir que nous aurons encore l'occasion de vous donner de nouveaux gages de notre respect, de notre affection et de notre reconnaissance, et de vous répéter le vœu ardent qui s'échappe de nos cœurs en ce mémorable jour de vos noces de diamant : Ad multos annos ! nous prions Monseigneur de nous bénir et de nous croire humblement,

Ses fils soumis, respectueux et reconnaissants,

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