‹ Les Bois-Francs (volume 3)Chapitre 74 sur 127 · DE LA PROVINCE D'ARTHABASKA · texte numérisé non relu

DE LA PROVINCE D'ARTHABASKA

Monseigneur se leva ensuite et, dans son grand cœur d'évêque, d'éducateur et d'ami, trouva des accents qui tombèrent sur les âmes comme une bienfaisante rosée. " Mes chers Frères ", dit-il en substance, '' malgré le grand intérêt que je vous porte, je crois pouvoir me dispenser de vous faire un discours : ma présence signifie tout. En effet, le diocèse de Nicolet, qui vous admire et vous aime, ne pouvait vous faire de plus grand honneur que d'envoyer à vos fêtes son représentant attitré de l'Eglise. Par sa voix, en ce jour, l'Eglise vous remercie et vous bénit. Votre vie a été toute de sacrifice. Pour répondre à l'appel du Seigneur, vous avez quitté vos familles. Plus taid, vous avez dit adieu à la belle France, votre patrie bitnaimée, et vous êtes venus sur nos rives lorsque votre Communauté n'était encore qu'à ses débuts dans notre pays. Quand Dieu se prépare à bénir une grande œuvre il met

à la base des hommes selon son cœur. Vous avez été ces hommes, mes chers Frères. Vous me direz que la Providence aime à se servir de faibles instruments. Sans doute ; mais encore faut-il que ces instruments soient dociles entre ses mains, et ne reculent pas devant les sacrifices qu'exige Taccomplissement intégral du devoir connu. Ces sacrifices obscurs et quotidiens vous les avez faits généreusement. En retour, Dieu vous a gardés religieux et Frères du Sacré-Cœur. En réalisant ces deux titres glorieux vous avez bien mérité de Dieu, de l'Eglise, de la patrie et de votre Communauté. Lorsque, après une longue et paisible vieillesse, il plaira au Seigneur de vous appeler à la récompense suprême, vous ne mourrez pas tout entiers : vous vivrez longtemps dans le cœur de vos anciens élèves, dans le pieux souvenir de vos Frères ; vous vivrez toujours dans les annales de votre Institut, où vous avez écrit une si belle page. M'unissant à la joie de vos Frères, je vous bénis et du fond de mon cœur je vous fais le souhait de l'Eglise qui est bien le plus beau et le plus complet : '' Ad multos et faustissimos annos."

Au nom des deux jubilaires, le Frère Octavius répondit d'une voix tremblante d'émotion. Après avoir remercié Monseigneur et les membres du clergé, il rappela quelques étapes de sa vie, s'attachant surtout à regretter ses erreurs et ses faiblesses. L'humble religieux, une fois sa tâche remplie, se considère comme un serviteur inutile. *' le peu de bien, " dit-il, '' qu'il a plu au bon Dieu d'opérer par mes mains, est dû au zèle de nos bons aumôniers, au dévouement de mes collaborateurs, aux prières et aux

pénitences de nos pieux vieillards qui imploraient jour et nuit, du Sacré-Cœur, le succès de notre œuvre." Il termine en rappelant aux jeunes Frères le prix de la vie et l'obligation de la bien employer, car si Dieu, dans sa miséricorde, lui avait accordé de longs jours pour réparer le temps perdu, il n'avait pas promis d'en agir ainsi en faveur de tous.

Au banquet. Monseigneur Brunault, dans une aimable causerie, redit les mérites des jubilaires, et formula les leçons qui se dégageaient pour tous de cette fête. A la demande du Cher Frère Antoine, Provincial, il bénit les Frères et leurs travaux pour la prochaine année scolaire. Avant son départ. Monseigneur daigna donner lui-même, assisté de M. R. Faucher et de M. L. Morin, le salut solennel du Saint Sacrement, qui termina les exercices.

Les témoins de cette fête intime en garderont un précieux souvenir ; ils prieront Dieu de conserver les Frères Octavius et Justin, pour qu'ils voient longtemps encore fleurir et fructifier la semence que leurs mains ont jetée.

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