M. L'ABBE L.-P. GRAVEL ET LE JUGE ALPH. GRAVEL
de colonisation du Dominion. Il fonda la colonie canadienne-française de Gravelbourg qui compte aujourd'hui un^ collège commercial, classique et de théologie, un couvent pensionnat, dirigé par les religieuses de Jésus-Marie de Sillery, et un Jardin de l'Enfance, tenu par les Sœurs Missionnaires Oblates du Sacré-Cœur de Jésus et de Marie Immaculée, fondé par Monseigneur Langevin.
Gravelbourg est devenu, grâce à l'énergie et au dévouement de l'abbé Gravel, non seulement le centre éducationnel français de la Saskatchewan, mais un centre judiciaire et un des points d'expédition de blé le plus considérable de l'Ouest, avec ses dix élévateurs à grain.
Le 15 février 1922, le collège, dont l'abbé Gravel était procureur, étant passé aux mains des Oblats, Monseigneur O. E. Mathieu le nommait de nouveau missionnairecolonisateur pour le diocèse de Régina, poste qu'il occupe aujourd'hui. - . ,
Nous étions à imprimer la notice biographique de la famille Gravel, lorsque nous arriva la triste nom elle de la mort de M. l'abbé L.-J.-P. Gravel, survenue le 10 février
M. l'abbé Gravel fut toujours un ami zélé et dévoué de l'œuvre de l'Histoire des Bois-Francs.
En témoignage de notre reconnaissance, nous nous faisons un pieux devoir d'inscrire ici la magnifique lettre que Monseigneur Mathieu, archevêque de Régina, adressa à son clergé quelques jours après la mort de M. l'abbé L. J.-P. Gravel :
Archevêché de Régina, 11 février 1926.
Bien chers collaborateurs,
On Ta remarqué avec raison, la vie humaine, en se prolongeant, devient semblable à cette fameuse Voie Appienne faite pour user les siècles. Elle est bordée de tombeaux.
Une autre tombe vient de s'ouvrir dans l'Archidiocèse. M. Tabbé L.-P. Gravel s'est endormi pour l'éternité. Con sole par les secours de la religion, plein d'espoir immortel, sa mort a été le dernier rayon d'un beau jour qui présage pour le lendemain une lumineuse aurore. Il a accueilli doucement l'Ange de la mort, le messager de Dieu, et c'est avec une foi ardente, une grande résignation et une radieuse espérance qu'il donna aux siens, dont il était éloigné, rendezvous dans la patrie des amours éternels.
Vous l'avez connu ; vous savez qu'il était un prêtre dont la vie a été un long dévouement ; ce n'est pas sur sa tombe qu'on pourra graver ces mots de l'Ecriture Sainte : *' Scribe hune virum sterilem, ci-gît un homme qui n'a rien fait."
Il avait reçu cette grande grâce de naître au sein d'une famille foncièrement chrétienne ; on y vivait de prohibé, de religion et d'honneur. Le père, homme distingué, y donnait l'exemple d'une vie pure et honnête ; la mère, par sa ferveur et son zèle, excitait, soutenait, encourageait ceux qui l'entouraient dans les voies du salut.
Il fut placé au collège de Nicolet sous la direction de saints prêtres qui veillent avec une sollicitude scrupuleuse sur le cher troupeau confié à leurs soins. Après ses études théologiques faites au grand Séminaire de Montréal, le 28
août 1892, il était prêtre, il montait à Tautel, Tâme parfumée de Tonction sainte, enrichie de pouvoirs accablants pour la faiblesse humaine, avec la conscience de son infirmité personnelle, il offrait l'Agneau sans tache immolé dès l'origine des siècles. Il sentit la soif de n'être pas un sacrificateur égoïste et d'être à son tour une victime broyée et immolée pour l'amour de ses frères et pour la gloire de Dieu.
Pendant quelques années, il exerça le saint ministère à New- York, mais il avait la mémoire du cœur, il n'oubliait pas la belle Province de Québec, où ses compatriotes vivent si heureux ; il aimait tout le Canada qui a reçu du Créateur les plus admirables dons que puisse rêver un peuple, pays '' beau en toute perfection ", pour user de la pittoresque expression du grand Champlain. Il savait quel bien pouvait faire un prêtre intelligent et zélé dans nos immenses prairies de l'Ouest appelé à jouer un rôle si important dans notre histoire nationale. Accédant au désir de S. G. Mgr l'archevêque de St-Boniface, il vint ici comme missionnairecolonisateur.
Il avait l'attachement à la patrie qui est un sentiment naturel, inné, irrésistible, juste et légitime ; il voulait donner tout ce qu'il avait d'intelligence et de cœur pour la rendre prospère et heureuse. Et ce sentiment était épuré, fortifié, divinisé par le sentiment religieux. L'amour de l'Eglise et l'amour de la patrie se fondaient dans le cœur de M. l'abbé Gravel en un seul amour primant tous les autres.
Sa mission serait ardue ; elle serait laborieuse, exposée à être contredite, contrariée ; il serait aux prises avec des situations bien délicates, avec beaucoup d'incessantes diffi-
cultes ; mais il avait une âme trempée de vaillance et d'énergie ; il avait cette volonté forte et vaillante que n'émeuvent pas les obstacles, que ne rebutent pas les épreuves, que ne ralentissent pas les luttes. Il croyait ce bien réalisable, même quand il est difficile à atteindre ; son espoir grandissait en raison même des obstacles qu'il fallait rencontrer ; il savait que contenter tout le monde, il ne faut pas s'en flatter, dès que l'on fait quelque chose et que l'on est quelqu'un ; comme César, il estimait que rien n'était fait tant qu'il restait quelque chose à faire. Il travailla toujours avec le cœur de l'homme qui se rend compte de la force que lui donnent ses relations avec le Tout-Puissant et qui s'en remet avec confiance à la Providence.
Quelle contribution il a donnée au développement de la belle paroisse où il a eu sa résidence et à la fondation des œuvres si utiles qui y font tant de bien ! Quelle reconnaissance lui doivent aussi les paroisses environnantes ' Partout l'homme intelligent et honnête peut suivre le sillon qu'il a tracé dans cette belle partie de la Province comme on aperçoit encore le remous d'une puissante hélice alors que le bateau a déjà disparu dans les brumes.
En remplissant ce qu'il croyait être son devoir, que de courses fatigantes il a dû faire, que de souffrances il a endurées, que d'heures données à un travail obscur et sans gloire ! Mais il savait qu'il ne faut pas trop songer à notre faiblesse, ne pas se laisser effrayer par les difficultés de la tâche que Dieu nous impose de peur d'attirer sur nous la foudroyante apostrophe du Seigneur ''Modicae Fidei, quare dubitasti ? homme de peu de foi, pourquoi hésitez-vous ?" Pour lui il faut espérer dans la puissance de Dieu qui fait
coujours nos affaires quand nous faisons les siennes ; il faut toujours espérer dans la bonté de Dieu qui n'abandonne pas ceux qui l'aiment et veulent travailler pour lui.
Aussi, à la fin de sa vie, en jetant un regard sur cette belle partie de la Province au développement de laquelle il avait tant travaillé, il devait éprouver la joie du moissonneur qui, à l'automne, regarde avec plaisir la gerbe lourde d'épis se dresser au bout de son champ et qui oublie tout à fait les travaux de la semaille.
Et cette tâche, il l'a remplie jusqu'à la fin de sa vie. Il y a quelques semaines, avant de nous quitter pour Montréal, où il allait travailler au succès d'une bonne œuvre, il refusa de suivre le conseil qu'on lui donnait de ne pas entreprendre ce pénible voyage. Pour lui, s'il y a péril de tomber et de mourir à l'œuvre, tomber pour tomber, mieux vaut tomber victime du devoir. C'est tomber alors comme l'arbre qui a donné son fruit, qui laisse sa graine, c'est-àdire la semence de sa multiplication. Il avait fait sienne cette parole de Bossuet : " Point de travail quand nous serons dans le lieu du repos, mais de repos point tant que nous serons dans le lieu du travail ".
Nous garderons tous à jamais le souvenir du bien qu'a fait dans notre archidiocèse ce prêtre pour lequel l'admiration ira toujours croissant à mesure que les années s'éloigneront de lui. Nous prierons et nous ferons prier pour lui afin que nos prières l'aident, s'il en a besoin, à recevoir de suite la récompense d'une vie donnée tout entière au service du Divin Maître. Et placée près de Dieu, son âme deviendra encore plus large, plus affectueuse, et puisse-t-il nous obtenir les grâces d'être tous de vrais apôtres des
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âmes, nous donnant, nous dépensant, nous consumant pour Jésus qui a été si bon pour nous.
Agréez, bien chers collaborateurs, l'assurance de notre paternelle affection et de notre entier dévouement.
t OLIVIER ELZEAR,
Archevêque de Régina.
UHONORABLE JUGE ALPHONSE GRAVEL, DE GRAVELBOURG, SASK.
Le juge Alphonse Gravel naquit à Princeville le 3 décembre 1875, du mariage du Dr Louis- Joseph Gravel ei de Jessie Bettez, fille unique du Dr Joseph Bettez, de Plessisville. Il fit ses études classiques au Séminaire de Nicolet jusqu'après la rhétorique, et sa philosophie au collège des Jésuites de Fordham, à New- York (aujourd'hui l'Université Fordham). Il reçut, en 1896, le diplôme de bachelier ès-arts, et entra, la même année, à la Faculté de Droit de l'Université Laval à Montréal. Pendant ses études légales il suivit le bureau de MM. Béique et Lafontaine (aujourd'hui l'honorable sénateur Béique et l'honorable Juge en Chef Eugène Lafontaine). En 1899, il obtint le titre de bachelier en droit et fut admis au barreau de la province de Québec. Il ouvrit son bureau à Plessisville, où résidait son grand-père, le Dr Bettez, et y pratiqua sa profession jusqu'en 1904, d'abord seul, et ensuite en société avec M. Camilien Noël, qui devint plus tard l'honorable Juge Noël, d'Edmonton, Alberta. Il fit ensuite un séjour de quelques années à New- York, où il suivit les cours de la " New- York Law School ", puis il alla s'établir à Moose Jaw, Saskat-
chewan, avec son frère Emile. La paroisse canadiennefrançaise de Gravelbourg, qui venait d'être fondée par leur frère, M. Fabbé L.-P. Gravel, faisait alors partie du district de Moose Jaw. Ils formèrent ensemble la raison légale de " Gravel & Gravel '', qui exerça à Moose Jaw jusqu'en 1918, alors que fut formé le nouveau district judiciaire de Gravelbourg. Les deux frères transportèrent alors leur bureau à Gravelbourg, chef-lieu du district de ce nom. Le 22 juillet 1922, M. Alphonse Gravel fut nommé par le gouvernement fédéral juge du district judicaire de Gravelbourg.
Le juge Gravel a épousé, le 18 novembre 1912, Mademoiselle Paula Trudeau, fille de feu le Dr L.-A Trudeau, de Saint-Jean d'Iberville, et de ce mariage sont nés quatre enfants : Liliane, Armand, Alain et Thérèse. Le juge Gravel est président de l'Association Saint-Jean-Baptiste, président du Cercle de Gravelbourg, de l'Association Catholique Franco-Canadienne de la Saskatchewan, Chevalier de Colomb du quatrième degré. Il est le seul Canadienfrançais de Québec qui ait été nommé juge en Saskatchewan depuis la création de cette province en 1905.
DOCTEUR JOSEPH BETTEZ
Le docteur Joseph Bettez, né à Yamachiche le 6 octobre 1818, était le fils de Jacques Bettez, marchand et maître de poste, et de Geneviève Houle ; le petit-fils de Jean Jacob, — fils de Jacob Anthoine Bettez, de Combremont — le — Petit, Suisse, et de Marie Tapis, sa femme — baptisé le 9 août 1733, mort le 19 octobre 1808, à Yama-
chiche, et enterré dans Tancienne égHse des Récollets, à Trois-Rivières, devenue une église épiscopalienne. L'Honorable Jean Jacob Bettez avait épousé Geneviève Lappare. Elle est morte et a été inhumée à Yamachiche, le 21 avril
Le docteur Joseph Bettez étudia au collège de Nicolet et, après un cours classique complet, étudia la médecine sous les docteurs Lord et Badeaux, des Trois-Rivières, et finalement suivit les cours d'anatomie sous le docteur Marsden, de Québec. Il fut reçu médecin le 5 juillet 1841. Le 10 janvier 1842, il fut nommé par Vallières de St-Réal Greffier de la Cour de Division No 3, dans le district inférieur des Trois-Rivières. La même année, pressé par Monsieur Pierre Prince qui venait de fonder Stanfold, aujourd'hui Princeville, il vint s'établir à Somerset, aujourd'hui Plessisville. Il fut le premier médecin des Bois- Francs. Le 23 mars 1849 il fut nommé par le gouvernement président de la Cour des Commissaires. Le 12 dé cembre 1862, il fut nommé chirurgien major du deuxième régiment de Mégantic, et sa commission a été signée par de Salaberry. Il fut nommé marguillier de sa paroisse en 1868.
Il pratiqua la médecine pendant 65 ans et mourut à l'âge avancé de 89 ans, le 3 novembre 1907, le doyen des médecins de la province de Québec.
Le 31 mars 1845, il avait épousé Julie, fille de Paul Mailhot et de Marie Viens, de Gentilly.
Julie Mailhot, née en 1817, décéda le 18 août 1884. De ce mariage le docteur eut deux enfants : Hed-
widge, née en 1846, morte le 6 août 1861, et Jessie, née en 1849, épousa le docteur L.-J. Gravel en 1865 et décéda le 19 janvier 1901.
Voir la généalogie des Bettez à la page 354 de notre deuxième volume sur les Bois-Francs.
FEU LE DOCTEUR BETTEZ (L'Union des Cantons de l'Est, 8 nov. 1907.)
Une des figures les plus intéressantes et les plus dignes d'attention vient de disparaître dans la personne du docjieur Joseph Bettez. M. Bettez est décédé à l'Hôtel- Dieu de cette ville dimanche dernier, après une courte maladie. Il était âgé de 91 ans.
Il ne demeurait en notre ville que depuis un mois. M. Bettez était l'un des derniers survivants, sinon le dernier, de cette phalange de braves qui vinrent s'établir les premiers dans les Cantons de l'Est. Il habitait Plessisville depuis 1842. Il fut le témoin de la naissance et de la prospérité de cette jolie ville et même de ses deuils les plus cruels. M. Bettez demeurait à Plessisville lorsque M. le curé Bélanger et son compagnon Pépin périrent dans la savane de Stanfold, victimes de leur dévouement.
Les citoyens de Plessisville regretteront cet homme de bien ainsi que tous ceux qui habitent les Cantons de l'Est. Ils sont vraiment dignes de notre admiration ceux qui ouvrirent à notre race les portes de cette magnifique contrée que nous appelons les Bois-Francs.
M. Bettez sera inhumé à Plessisville aujourd'hui, près de sa femme qui l'avait précédé depuis longtemps dans la tombe.
Il était le père de feu Mme Gravel, épouse du regretté docteur Gravel, décédé lui aussi il y a quelques années. Nos sincères condoléances à la famille.
FRANÇOIS-XAVIER BEAUDON-LARIVIERE
François-Xavier Beaudon-Larivière, fils de Jean-Baptiste Beaudon-Larivière et de Marie Désilets, naquit à St- Grégoire de Nicolet en avril 1824. En 1844, voulant se faire cultivateur, il se dirigea, comme bon nombre de ses co-paroissiens, vers les Bois-Francs et vint se choisir une terre dans le canton d'Arthabaska, sur le territoire de la paroisse actuelle de Saint-Norbert, dans le dixième rang, sur le quatrième lot.
Le 3 février 1845, François-Xavier Beaudon-Larivière épousa, à St-Grégoire, Marie Henriette Richard, fille de Jean Noël Richard et de Madeleine Prince.
François-Xavier Larivière séjourna sur la terre qu'il avait choisie en 1844 environ 4 ans, alors qu'il abandonna la culture de la terre pour embrasser la carrière du commerce. Vers 1848, il ouvrit un magasin au village de St- Norbert, où il vécut jusqu'à sa mort, survenue le 7 juin
Les enfants issus du mariage de François-Xavier Beaudon-Larivière et de Marie Henriette Richard sont :
Zélia, mariée à Eugène Crépeau, avocat.
Amédée, marié à Oliva Crépeau.
P. Dieudonné, marié à Oliva Alie.
Céphise, mariée à Honoré Pépin, marchand.
Delphine, mariée à J. N. Gastonguay, arpenteur. Juliette, mariée à J. N. Mailhot, voyageur de commerce.
Lydia, mariée à Médard Luneau, marchand. Zelpha, mariée à J.-Bte Ouellet, marchand. Laure, mariée à Philippe Richard, cultivateur.