PRECIS HISTORIQUE DE *' L'UNION DES CANTONS DE L'EST
Du 14 décembre 1866, jusque dans le cours de l'année 1869, "L'Union des Cantons de l'Est" fut sous la direction
et le contrôle des seize fondateurs, et eut pour rédacteurs pendant la première année MM. Onésime Caron et L.-G. Houle, tous deux avocats.
Dans le cours de 1867, M. P. L. Tousignant fut chargé de la rédaction, avec quelques collaborateurs.
Le 11 mars 1868, M. Tousignant en devint l'unique rédacteur et, en 1869, il en acquit la propriété.
M. Tousignant occupa la charge de rédacteur de '' V Union'' jusqu'à sa nomination comme shérif d'Arthabaska, par le gouvernement Mercier, en 1887 Tî garda la propriété du journal jusqu'en 1890.
De 1887 à 1890, M. Arsène Picher, avocat, fut locataire et rédacteur de '' l'Union " .
En 1890, M. Tousignant vendit le tout à une compagnie composée de MM. W. Laurier, Joseph La vergue, J. L. Cannon, Ferdinand Beauchesne et Louis Lavergne.
Après quelque temps les quatre premiers vendirent leurs parts à M. le notaire Louis Lavergne, qui en resra seul le propriétaire jusqu'en 1901. A cette date, M. Renaud Lavergne, avocat, en devint le propriétaire et le fut jusqu'en février 1918, alors qu'il vendit à la compagnie actuelle : '' Imprimerie d'Arthabaska Incorporée ".
De 1890 à 1897, M. Joseph Lavergne fut le principal rédacteur. Il eut pour successeur, de 1897 à 1899, l'avocat J.-S. Doucet ; de 1899 à 1901, l'avocat J.-E. Perrault ; de 1901 à 1902, l'avocat Antonio Perrault ; de 1902 à 1906, les avocats J.-E. Perrault et Gustave Perrault ; de 1906 à 1918, M. Renaud Lavergne, avocat.
Aujourd'hui 'X'Union des Cantons de TEst" est dirigée par un comité de collaborateurs.
Les imprimeurs du journal de 1866 à nos jours furent MM. Belle-Isle, Weller, Denis Leblanc, Létourneau, Duval et Zéphirin Nault.
Parmi tous les rédacteurs qui se sont succédé à " L'Union des Cantons de TEst ", celui qui fit le plus long séjour est donc M. P.-L. Tousignant.
M. Tousignant fut un homme de lettres, un polémiste |tenace, une plume facile et féconde.
Toutes les polémiques qu'il a soutenues, tous les combats politiques qu'il a livrés sont du domaine du passé.
Pour en faire une étude adéquate il nous faudrait pouvoir lire son journal, mais hélas ! la collection de J' l'Union", pour cette époque, est introuvable. En feuilletant cette collection nous verrions M. Tousignant à l'œuvre et sa manière de procéder. Quoiqu'il en soit, les bleus et les rouges ont encore la souvenance de cet adversaire avec lequel il leur a fallu compter.
Il y avait près de trente-cinq ans que M. Tousignant avait abandonné le journalisme quand il est mort. C'est dire que bien peu de nous l'ont connu au temps qu'il rédigeait '' L'Union ". Plus rares encore sont ceux qui savent comment il est arrivé à la carrière de journalisme, sa préparation et ses débuts, les obstacles qu'il lui a fallu surmonter et vaincre.
Pierre-Ludger Tousignant était le fils de Pierre Tousignant et de Sophie Genest-Labarre. Il naquit le 22 juillet 1843, à Drummondville, où il passa les quatorze
premières années de sa vie. Ses parents, qui n'étaient pas fortunés, ne furent pas en état de l'envoyer dans un colège classique ou commercial. Où puisa-t-il donc son instruction ? Comment arriva-t-il à ce degré de connaissance qui paraîtra étonnant, si on tient compte qu'il n'a pas eu l'avantage de fréquenter les grandes écoles ?
C'est ici que l'on va toucher du doigt ce que peut faire un jeune homme studieux, énergique et persévérant.
Dès l'âge de 10 ans, le jeune Tousignant commença à servir la messe à Drummondville, afin de se ramasser quelques sous pour s'abonner à une petite bibliothèque, tenue par un nommé David surnommé le Saint David. De la sorte il pouvait satisfaire son amour de la lecture. En ces temps, les livres de lecture étaient bien rares. Il fréquenta l'école de son village natal, jusqu'à l'âge de 12 ans. De 12 ans à 14 ans, il travailla avec son père, qui était menuisier.
De 1857 à 1865, il fut commis à l'Avenir et à Wotton.
Pendant ces huit années passées près d'un comptoir, il ne
perdit pas de vue l'objet de ses désirs : s'instruire. Il em-
rployait tous ses moments de loisir, les longues veillées de
l'hiver à la lecture et à l'étude de la grammaire.
Aussi, en 1865, lorsqu'il arriva à Sherbrooke il put s'engager comme assistant régistrateur et même commencer l'étude du notariat. Tousignant était né journaliste. Il ne tarda pas à fonder, avec quelques amis, un petit journal, qu'ils intitulèrent " L'Oiseau Moqueur ". C'était une petite revue bi-mensuelle, aux allures satiriques, quelquefois mordantes. Ce petit journal humoristique était reçu
et lu à Arthabaska. C'est ainsi qu'on fit la connaissance avec le futur rédacteur de " L'Union des Cantons de l'Est".
Aussi, en 1867, lorsqu'on eut besoin d'un rédacteur pour le journal, fondé depuis un an à St-Christophe, on jeta les yeux sur le rédacteur de '' l'Oiseau Moqueur ". Monsieur Suzor, l'âme dirigeante du journal des Bois- Francs, entra en pourparlers avec Tousignant, qui accepta d'entrer à la rédaction de '' L'Union des Cantons de l'Est ". Il était alors âgé de 24 ans. A 44 ans, il devint shérif et prit sa retraite à 74 ans. Il vécut trois ans à la retraite et mourut âgé de 77 ans, le 28 juillet 1920.
•C'était un croyant et un pratiquant.
M. P. L. Tousignant avait épousé, à St-Grégoire, le 22 juillet 1868, Marie-Lucie Virginie Hébert, fille de Hilaire et de Lucie Doucet.
Madame Tousignant demeure actuellement à l'Hôtel- Dieu d'Arthabaska.
NOTICE NECROLOGIQUE DE P.-L. TOUSIGNANT
La vie nous emporte si vite, ou mieux, la mort nous prend si tôt, que la disparition de M. Tousignant n'évoque pour la plupart d'entre nous que le souvenir d'un fonctionïiaire méticuleux, de tournure ascétique et de mœurs austères, que des habitudes réglementées, puis la maladie et la retraite ont de plus en plus isolé de ses concitoyens.
Et pourtant, rien ne ressemble moins à cette paisible lin que les débuts mouvementés de sa longue carrière. Nos
aînés ont connu un autre M. Tousignant, journaliste, tribun, politicien ; il menait une existence toute projetée au dehors. Appartenant à une génération pour qui la politique eut beaucoup d'attirance, il fut entraîné par la fougue de son tempérament dans toutes les mêlées électorales de son temps. Il savait mettre en œuvre les partis, leur insuffler sa vigueur, les aiguillonner de sa plume acérée, âpre dans son éloquence et dans son écrit.
Comme toutes les volontés puissantes, il pouvait concentrer ses énergies en un solide faisceau vers le but jugé digne de sa poursuite : et Ton sait que la haîne est souvent la rançon qu'ont à payer ces caractères bien trempés ; mais la nature forte de M. Tousignant ne le laissait pas se troubler : il fallait aller de Tavant comme les meilleurs batailleurs, comme les conquérants.
Aussi bien eut-il à jouer partie contre un capricieux adversaire, la fortune, qui ne lui fut pas dès Tabord clémente. Réduit à ses propres ressources dès l'âge de quatorze ans, il déploya contre elle le même entrain que dans ses campagnes contre les hommes et les idées. Et d'elle aussi il vint à bout.
Mais, — le destin a de ses ironies, — ayant fini de lutter pour la vie, il eut à combattre contre la mort. Sa vaillance ne l'abandonna pas, même en face de l'ennemi qui finit toujours par triompher. Il ordonna tous ses moments à un de ces régimes sévères que seule la discipline chrétienne parvient à supporter : il recula jusqu'à ses soixante-dix-sept ans la fatale échéance.
Cet homme d'action, qui s'était instruit lui-même, et
que le soin de sa santé condamnait à de trop grands loisirs, se tourna dès lors vers les études d'ordre spéculatif. Il dégagea de ses lectures les idées générales, les principes qu'il n'avait qu'entrevus au hasard des livres que, de tout temps, il avait aimés. C'est ce qui, dans l'apaisement de sa vieillesse, le fit aspirer chaque jour davantage à réternelle vérité qu'il possède désormais.