‹ Les Bois-Francs (volume 4)Chapitre 127 sur 145 · SERMON DE MONSIEUR L'ABBE L.A. COTE, CURE · texte numérisé non relu

SERMON DE MONSIEUR L'ABBE L.A. COTE, CURE

Magnificat anima mea Dominum.

Monseigneur,

Lorsque dans votre diocèse, aujourd'hui l'un des plus importants du pays, les paroisses sont dans la joie ou dans le deuil, toujours vous allez prendre part à leurs deuils comme à leurs joies. Durant les vingt années de votre épiscopat, Arthabaska a eu sa large part de votre sollicitude et de vos bontés. Aujourd'hui, interrompant votre visite pastorale, vous avez daigné venir présider au jubilé de notre cher couvent de la Congrégation de Notre- Dame, remercier Dieu avec nous des grâces reçues durant les cinquante années de son existence, et célébrer un office pontifical en action de grâces pour un si grand bienfait.

Nous sommes profondément sensibles. Monseigneur, à rhonneur que vous nous faites et à la joie que vous no'.ts procurez. Que Votre Grandeur veuille bien accepter les plus sincères remerciements de nos excellentes Soeurs de la Congrégation, de leurs élèves anciennes et actuelles, du curé d'Arthabaska et de tous ses paroissiens. Ensemble, en même temps que nous offrirons à Dieu nos actions de grâces, nous lui demanderons de vous accorder une bonne santé et de vous conserver longtemps encore à votre dio-

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cèse, à vos prêtres, à vos communautés religieuses et à tous les fidèles.

Vénérée Mère Supérieure Générale, votre présence aujourd'hui au milieu de nous nous honore et nous réjouit beaucoup. \ vous qui êtes à la tête de cette glorieuse et florissante Congrégation de Notre-Dame de Montréal, nous aimons à dire notre admiration pour votre noble Institut et notre profonde reconnaissance pour tout le bien que vos chères Sœurs, les dignes filles de la Vénérable Mère Marguerite Bourgeois, ont fait ici depuis cinquante ans. Toujours fidèles à leur vocation, elles ont travaillé avec ardeur à faire connaître et aimer le bon Dieu, en même temps qu'elles enseignaient les connaissances Vumaines ; et nous sommes heureux de pouvoir vous assurer que leurs efforts ont été couronnés de succès et que toujours elles ont donné la plus entière et la plus parfaite satisfaction.

A vous toutes, chères anciennes élèves de notre couvent, nous offrons la plus cordiale bienvenue dans cette église, où vous êtes venues si souvent prier durant vos études. Il nous fait le plus grand plaisir de vous voir revenues dans votre chère Aima Mater, et avec vous, nous voulons remercier Dieu de toutes les grâces qu'il vous a accordées pendant vos études et depuis. Nous savons que vous avez été fidèles aux enseignements qui vous ont été donnés par vos bonnes et chères maîtresses et que vous vous efforcez de les transmettre aux vôtres. Vous êtes l'honneur de votre Aima Mater, et du fond de notre cœur nous en remercions Dieu.

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Je voudrais redire, en quelques mots, l'histoire de notre couvent et le bien que les Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame ont fait ici et dans notre district.

Ils étaient assez rares les couvents dans les paroisses, il y a cinquante ans, surtout dans cette partie du pays. Ce n'était pas chose facile de bâtir et d'établir un couvent, avec les ressources si restreintes qu'il y avait dans ce temps-là. La paroisse de Saint-Christiphe était à ses débuts ; elle s'était développée assez rapidement, mais elle ne possédait que peu de ressources. Aussi, est-ce un très grand mérite pour le curé fondateur de cette paroisse, le regretté et vénéré Mgr Suzor, d'avoir fondé ce couvent, au milieu de difficultés qu'il est facile de comprendre. En même temps qu'il en fut le fondateur, Mgr Suzor fut aussi le bienfaiteur du couvent.

Son humble successeur dans cette paroisse, je suis heureux de dire la profonde reconnaissance des Religieuses de la Congrégation, de toutes leurs élèves, du curé et de ses paroissiens, pour le très digne fondateur de notre couvent. Souvent, jusqu'à ces dernières années, il venait dire la messe dans la chapelle de son couvent d'Arthabaska. Les Sœurs le recevaient avec honneur et plaisir ; elles marquaient son passage dans leurs annales et toujours lui témoignaient la plus vive reconnaissance.

Ce fût le 17 août 1868 que M. le curé Suzor obtenait de Sa Grandeur Monseigneur Laflèche, alors coadjuteur du diocèse des Trois-Rivières, l'autorisation de bâtir un couvent. Il s'adressait ensuite à la communauté des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, les priant de venir tenir et diriger ce couvent. Elles voulurent bien

accepter. Au moyen de souscriptions en argent et en nature, le couvent fut bâti, en 1869 et 1870, à part Taile ajoutée depuis.

Les Religieuses de la Congrégation arrivèrent ici le 10 août 1870. Le couvent était bâti, mais il n'y avait à peu près rien à Tintérieur. Les Sœurs Mère Sainte-Dosithée, supérieure, et ses compagnes eurent à souffrir assez longtemps de cette pauvreté ; mais, elles étaient heureuses de participer aux souffrances et aux privations de leur sainte fondatrice, qui avait ouvert sa première école à Montréal, dans un réduit si pauvre et si misérable. N'estce pas, en effet, cette pauvre étable, convertie en école, que la Vénérable Mère Marguerite Bourgeois aima le plus de toutes ses maisons ? Elle en aima, nous dit son historien, chacune de ses pierres brutes et de ses pièces de bois mal équarries, parce qu'elles lui rappelaient mieux Bethléem et Nazareth.

Le dimanche, 21. aoiit, avec une joie débordante, M. le curé Suzor annonçait la bénédiction du nouveau couvent, et il disait à ses paroissients : *' Pour savoir si notre couvent réussira entre les mains de celles à qui nous l'avons confié, nous n'avons qu'à interroger les deux siècles écoulés depuis la fondation de l'Institut par l'illustre Marguerite Bourgeois ". Tous les curés de St-Christophe et toutes les élèves qui ont passé par le couvent ont constaté que les espérances du curé fondateur ont été plus que réalisées.

Le lendemain, lundi. Monseigneur Laflèche arrivait à. St-Christophe, et le 23 aoiât, avait lieu la bénédiction du couvent. Une messe solennelle fût chantée à l'Eglise par

M. le grand vicaire Thomas Caron, de sainte mémoire. Le sermon fût donné par Mgr Laflèche. Ensuite eût lieu la bénédiction de la petite cloche du couvent. Après ces cérémonies, on se rendit en procession au couvent où, avant d'entrer, Mgr Laflèche prononça Tune de ces vibrantes allocutions, dont il avait le secret. Entr'autres choses, il disait : ** Il y a des hommes qui se disent catholiques, et qui cependant osent soutenir que les maîtresses ne doivent pas enseigner le catéchisme aux élèves dans les écoles. Il n'en sera certainement pas ainsi dans cette Maison. La religion est la première science que Ton doit communiquer aux enfants : et ici le catéchisme sera toujours enseigné et expliqué ; car, la Vénérable Sœur Bourgeois, fondatrice de cet Institut, n'a pas traversé les mers pour venir enseigner aux petites filles du Canada seulement la grammaire, l'histoire, la géographie, mais surtout pour faire aimer la religion à tous ces jeunes cœurs ; et cet esprit, elle l'a transmis à ses filles, qui le garderont comme un précieux héritage ".

Il me serait bien impossible de parler de tout le bien qu'ont fait ici les Religieuses de la Congrégation, mais je veux signaler leur respect pour l'autorité religieuse. Marguerite Bourgeois avait fréquemment recommandé à ses filles le respect à l'autorité religieuse et toujours elle leur en donna l'exemple. En faudrait-il d'autre preuve que ce voyage qu'elle fit à pieds de Montréal à Québec, au printemps de 1689, à l'âge de soixante-neuf ans afin d'aller s'entendre avec Mgr de St-Vallier, sur le projet d'un hôpital à Québec ? Quel courage, quelle force, et quel bel exemple d'humilité et de soumission ! Les filles de Marguerite Bourgeois à Arthabaska ont suivi l'exemple de leur

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sainte fondatrice. Toujours elles ont eu le plus profond respect et la plus parfaite obéissance envers l'autorité diocésaine. Toujours elles ont enseigné et pratiqué le respect envers le prêtre.

Dans la pensée de Marguerite Bourgeois, ses filles ne devaient être une charge à personne. Nos religieuses de la Congrégation à Arthabaska ont réalisé cet idéal. Elles n'ont jamais été une charge pour la population ; et, il est vrai de dire qu'elles nous ont donné plus qu'elles n'ont reçu.

Le Père Charlevoix a écrit : '' Lorsque Marguerite Bourgeois conduisait en classe ses petites élèves, elle essayait à former leurs esprits et leurs coeurs ; elle voyait en elles non-seulement des enfants à instruire, mais encore les générations futures que ces enfants étaient destinées à influencer directement ou indirectement. Son but était de préparer de bonnes familles chrétiennes, et par là, une société vraiment chrétienne et finalement un grand pays chrétien ". C'est le but qu'ont poursuivi depuis, les Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, partout dans leurs missions, à Arthabaska, comme ailleurs; et si le peuple canadien-français est le peuple le plus chrétien du monde, cela est dû pour une bonne partie au travail de l'Institut de la Vénérable Mère Marguerite Bourgeois. Le travail des Soeurs de la Congrégation n'a pas été infructueux ici, je dois le déclarer aujourd'hui. Elles ont contribué largement à faire une paroisse où toutes les familles sont foncièrement chrétiennes, où il n'y a pas un seul paroissien qui omette le devoir pascal, où les dévotions à l'Eucharistie et à la Sainte Vierge sont en honneur, où l'esprit de foi se manifeste tous les jours par une gêné-

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rosité admirable pour le soutien des œuvres d'éducation et de charité.

Nos religieuses ont enseigné la piété à leurs jeunes élèves ; elles leur ont appris à aimer la sainte Eucharistie, à aimer la très sainte Vierge, elles leur ont inspiré les vertus chrétiennes ; mais elles n'ont pas négligé d'enseigner les connaissances humaines.

Au point de vue de l'instruction, notre couvent a toujours été l'égal des meilleurs couvents. Toujours on nous a donné les religieuses-missionnaires les plus qualifiées pour l'instruction et la direction des jeunes filles. Les élèves qui ont suivi les cours dans notre couvent ont pu y puiser une instruction étendue et solide, une éducation des plus distinguées et parfaitement chrétienne. C'est le témoignage que je suis capable de rendre, après mes vingt-trois ans de séjour ici. Les Sœurs de la Congrégation peuvent avoir des égales, elles n'ont pas de supérieures comme éducatrices.

Elles n'ont jamais compté avec leurs travaux, leurs peines, et je dirai aussi avec leurs privations. Elles ont travaillé uniquement en vue de plaire à Dieu pour le plus grand bien des jeunes filles qui leur étaient confiées. Leur œuvre a été une œuvre d'apostolat le plus désintéressé. C'est le témoignage que je dois leur rendre aujourd'hui, en ce jubilé, en les remerciant, du fond du cœur, de tout ce qu'elles ont fait au milieu de nous. C'est mon bonheur aujourd'hui de leur exprimer mon entière satisfaction ; et je sais que cette appréciation est partagée par tous les paroissiens.

Avant de partir pour le Canada, il en coûtait à Mar-

guérite Bourgeois de quitter son beau pays de France et de s'en aller dans un pays si lointain et encore sauvage. Un jour, en prière devant une statue de la Ste-Vierge, elle ^entendit la douce Vierge lui dire : " Va au Canada ; je ne Vabandonnerai jamais ; je serai toujours avec toi !" La sainte-Vierge a tenu sa parole, elle a toujours été avec Marguerite Bourgeois et ses filles ; le bien accompli par leur Institut en est un garant certain.

Aujourd'hui, ensemble, nous demanderons à la sainte- Vierge de combler ses faveurs, en obtenant la béatification et la canonisation de la Vénérable Marguerite Bourgeois.

A la fin de sa vie, Marguerite Bourgeois demandait tous les jours la grâce du salut, pour elle et ses filles :

" Très sainte Vierge, ô ma bonne mère, ne permettez pas que notre ennemi puisse dire qu'il a fait une brèche en notre petite compagnie. Si vous priez pour une de vos servantes et pour cette petite troupe à laquelle je suis liée pour votre service, je suis sûre que vous serez exaucée ; je demande pour elles que toutes soient du nombre des élus ".

C'est la prière que nous adresserons aujourd'hui, du fond de notre cœur, en faveur de la fervente et nombreuse communauté de la Vénérable Mère Marguerite Bourgeois, de toutes les élèves de cette Congrégation et de tous ceux qui lui veulent du bien.

C'est la grâce que je demande à Dieu, avec la bénédiction de Monseigneur.

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