ORIGINE DU MOUVEMENT DES ZOUAVES PONTIFICAUX CANADIENS
Les événements mémorables de Bagnora de Subiaco, de Monte-Libretti ; la capitulation de Monte-Rotondo et la victoire décisive de Mentana, le 3 novembre 1867 ; la part honorable prise dans ce combat par les deux seuls canadiens alors dans l'armée pontificale, MM. Hugh Murray et Alfred LaRocque qui, tous deux, furent blessés ; l'appel fait au monde catholique par le St-Père afin de réorganiser et augmenter son armée, en vue de l'agitation qui se préparait : toutes ces circonstances produisirent une commotion profonde dans la jeunesse canadienne et excitèrent chez
(1) 505 eurent le bonheur de voir leurs vœux exaucés.
un grand nombre de jeunes gens un vif désir de répondre à la voix du St. Père et de s'enrôler dans son armée.
Ce désir, d'abord vague et indéterminé, par le manque de direction, se manifestait partout auprès de ceux que l'on pensait capables de les favoriser. Les curés recevaient tme fouie de demandes; les évêques étaient assiégés d'offres de services; les journaux catholiques,même,ne pouvaient se dispenser de signaler cet admirable empressement, et déjà l'on pouvait prévoir que le mouvement bien régularisé et sagement conduit ne manquerait pas de devenir sérieux et de produire d'admirables résultats. Mgr Bourget, évéque de Montréal, comprit bien la situation et, sans sortir de son caractère épiscopal, il fit ce que le public et tous ces jeunes gens qui avaient les yeux tournés vers lui, attendaient de son zèle et de son amour pour Rome.
1 Le 17 novembre 1867, en recommandant aux prières ties fidèles le zouave pontifical Alfred LaRocque ([ui avait été gravement blessé à l'affaire de Mentana, Sa Grandeur s'exprimait ainsi :
" On recommande à vos prières M. Alfred LaRocque, fils, qu'un télégramme reçu hier de Rome nous apprend avoir été gravement blessé, en combattant parmi les zouaves pontificaux, pour la défense du Saint Siège.
" Tous les bons catholiques comprendront sans peine que c'est pour notre ville et pour tout notre pays un grand bonheur d'avoir, dans la personne de ce jeune compatriote, combattu sous l'étendard pontifical pour le soutien de l'Eglise, avec tant de jeunes héros qui ont, par des prodiges de valeur, empêché l'invasion du Patrimoine de St-Pierre,
en repoussant les hommes impies qui voulaient s'en emparer.
" Il y a, nous le savons, dans cette ville et dans toute rétendue du pays, beaucoup de jeunes gens qui brûlent du désir d'aller, aussi eux, s'immoler pour la défense de notre Père commun, de l'immortel Pie IX. Nous devons prier pour qu'il plaise à la divine Providence de leur ménager les ressources nécessaires pour les frais d'une expédition si glorieuse. Car il est à croire que, malgré le malheur des temps, il y a dans notre jeune Canada, aussi bien que dans les vieux pays, assez de richesses pour équiper un bataillon canadien qui prouverait, en combattant sous le drapeau de la foi, que le courage que nous ont légué nos pères n'est point éteint dans le cœur de leurs enfants ".
Le 8 décembre 1867, Mgr Bourget publiait l'Encyclique de N. S. Père le Pape Pie IX, en date du 19 octobre précédent, attirant l'attention des fidèles sur le passage suivant :
*' Nous ne pouvons nous empêcher, vénérables Frères, dit Pie IX,de dénoncer, à vous d'abord, et à tous les fidèles confiés à vos soins, la situation extrêmement triste et les dangers graves, où nous nous trouvons aujourd'hui, par le fait du gouvernement Piémontais particulièrement. En effet, quoique nous soyons défendu par la bravoure et le dévouement de notre fidèle armée, qui, par ses exploits, a. fait preuve d'un courage que nous pouvons appeler héroïque, il est évident néanmoins qu'elle ne résistera plus longtemps au nombre plus considérable de ses très iniques
agresseurs. Et bien que Nous ressentons une grande consolation par suite de la piété filiale que Nous témoigne le reste de nos sujets, réduits à un petit nombre, pas les criminels usurpateurs, toutefois, Nous sommes réduit à gémir profondément de ce qu'eux-mêmes ressentent nécessairement les très graves dangers dont viennent les assiéger ces bataillons farouches d'hommes criminels, qui les épouvantent continuellement par toutes sortes de menaces, les dépouillent et les tourmentent de toutes manières ".
L'appel fait au monde catholique par le souverain Pontife, la peinture de ses souffrances, le tableau de ses craintes et des dangers auxquels était exposée la Ville Eternelle, furent comme un choc électrique sur toute la population catholique du Bas-Canada. De toutes parts on s'agita ; les villes et les campagnes s'unirent dans une même pensée de dévouement. L'enthousiasme gagna de proche en proche. 11 se répandit de paroisse en paroisse, et bientôt il n'y eut plus un cri, une aspiration, un désir : celui d'aller combattre pour le Saint-Père, ou d'aider ceux qui voulaient bien s'imposer cette glorieuse tache.