LE 18 FEVRIER
Le 18 février 1868 ! voici une date digne d'entrer dans les éphémérides de notre histoire ; c'est une époque pour l'église du Canada. C'est ce jour-là que le Canada saluait et fêtait ses cent-trente-cinq enfants (|ui. remplis d'esprit de foi et excités par l'amour de l'église, partaient librement et gaiement pour Rome, faisant à l'avance le sacrifice de leur vie.
'' Le Souverain Pontife, avaient-ils dit, le meilleur des pères, le plus dévoué des rois, est menacé. Volons à son secours, et donnons pour lui notre sang !
C'est la vaste église de Notre-Dame de Montréal qui ^fut choisie pour le lieu de la cérémonie.
Plus de quinze mille personnes se pressaient déjà dans la nef et les galeries, lorsqu'à huit heures du soir, les zouaves firent leur entrée dans l'église.
Mgr Ignace Bourget, archevêque de Montréal, Mgr L.-F. Laflèche, évêque d'Anthédon, coadjuteur de Mgr T. Cooke, évêque des Trois-Rivières, montèrent au sanctuaire, accompagnés de plus de deux cents prêtres venus de tous les diocèses de la province.
Le discours de circonstance fut donné par Mgr Laflèche, un de nos plus grands orateurs sacrés. Sa Grandeur sut trouver dans son cœur de missionnaire et d'évêque, dans son patriotisme si bien connu, dans son grand amour pour l'église, un morceau d'éloquence qui sera à jamais comme un chef d'œuvre dans les annales de la tribune sacrée canadienne. " L'Eglise est une société militante, tout chrétien est un soldat : tel fut le thème que Sa Grandeur développa en déroulant l'histoire des luttes de l'Eglise.
A mon grand regret, il faut me borner à en signaler seulement les grandes lignes.
Comment l'Eglise catholique fait la guerre et quel est le champ de bataille du chrétien. Les luttes de l'Eglise jcontre le paganisme, l'arianisme, le mahométisme, le pro-
158 LES BOIS-FPANCS
testantisme, le voltairisme, le libéralisme, la mission providentielle du peuple canadien.
L'heure la plus solennelle, la plus empoignante fut bien celle oii Mgr Laflèche, s'adressant spécialement aux croisés canadiens, les félicita et leur fit ses souhaits d'heureux voyage.
Ici, je ne puis résumer, je dois citer textuellement.
" Partez maintenant, soldats du Christ et de la vérité, partez. Allez jusqu'à Rome, sur ce théâtre des grands événements de l'histoire, sur ce sol arrosé du sang des Saints, dans cette ville dont le nom rappelle l'éternité. Allez-y défendre notre Père attaqué, notre Mère outragée, nos frères dépouillés et trahis. Allez prendre, dans la milice sacrée du ï'ontife, la place que le Can/ida doit revendiquer au milieu des nations. Allez porter aux Italiens Tccho de la voix de Pierre et de Paul parvenue jusqu'ici : " Et in fines orbis terrae verha corum ", et leur demander ce (qu'ils veulent faire de la Foi Catholique.
Dites-leur que les confins de l'univers se soulèvent d'indignation à la vue de leur ingratitude et qu'ils réclament impérieusement, au centre du monde, le petit coin de lerre donné au Vicaire de Jésus-Christ pour faire rayonner de là sur eux la lumière et la vie. Dites aussi à la vieille Europe, par vos actes encore plus que par vos paroles, que si, par impossible, elle n'a pas de place pour l'Eglise de Jésus-Christ qui l'a formée, nourrie et élevée, il y en a en ces lieux ; dites combien nous serions heureux de recevoir {sur nos bords son auguste Chef et de lui donner sur le sol
hospitalier du Nouveau-Monde, l'air, l'espace et la liberté ! O saintes Eglise de Dieu, il est pénible et cruel pour vous d'être méconnue et attaquée par des fils ingrats et barbares, mais qu'il est doux pour nous d'avoir à vous défendre ! Vous nous avez doimé la croix que nous adorons, vos missionnaires nous l'ont apportée pour notre salut, à travers les mers et les dangers. Nous envoyons avec bonheur aujourd'hui notre épée pour votre soutien : î'épée du soldat des Chaudières, de Carillon et de Châteauguay. Cette épée est inconnue du vieux Monde, qui ne l'a jamais rencontrée, mais vous. Eglise de Dieu, qui voyez au fond des forêts et jusqu'aux extrémités du monde, vou^ la connaissez ; d'ailleurs, c'est vous qui lui donniez sa force et la dirigez. Puissiez-vous la soutenir encore ! Quelle qu'en soit la valeur, elle est néanmoins sans souillure et digne de servir votre cause sacrée. Nos fils vous la porteront telle que nous l'ont léguée nos pères, ils vous la porteront aussi au milieu des mers et des dangers.
Quel est celui d'entre vous, jeunes canadiens, qui, dans cette noble mission, ne fut heureux de verser son sang? En vous rappelant combien l'Eglise en a répandu pour nous sur cette terre, il n'y en a pas un seul, j'en suis persuadé, qui ne regardât comme une faveur insigne de répandre, là-bas, le sien, afin d'acquitter au moins l'intérêt de notre dette.
O soldats Chrétiens ! fut-il jamais une cause plus belle, plus grande, plus sainte !
On a tiré I'épée pour soutenir l'injustice et propager l'erreur, vous la tirerez pour défendre le droit et la vérité :
l6o LES BOIS-FRANCS
on Ta fait par avarice et par orgueil, vous connaissance et par abnégation ; on s'est pour pervertir et renverser, vous vous ( guérir et conserver ; enfin, on a constar pour des intérêts vils ou terrestres, vous < des intérêts spirituels et célestes. La caus( c'est la cause du faible, c'est la cause de cause de la justice, la cause de la prospérité du pouvoir et de la vraie liberté ; la cauî temps et des lieux, la cause de la société, ( de Dieu même, enfin la cause de tous et fortes in bello et pugnate cuni antiquo s pietis regnum aeternum. Soyez forts et ce guerre, combattez avec l'ancien serpent et un royaume éternel ".
Le vénérable archevêque de Montre Bourget, fit ensuite la bénédiction du draj canadiens.
Voici les paroles qu'il prononça en le
" Braves jeunes gens.
Voici l'étendard allez vous rendre à Rome, pour offrir vos saint Père le Pape. Il vient d'être béni pc dans ses livres liturgiques une belle et 1
«-V/-M1»- r»/^t-icir*
TEglise de son Auguste Mère, la glorieuse V dont le nom est saint et terrible dans les comi bénit à la demande du peuple canadien reprc comité des zouaves afin que vous ayez un si pour vous rallier et vous reconnaître, en toi terre et sur mer. Il a été bénit pour que, par 1 chée à ce glorieux étendard, vous soyez toujou dignes de porter le nom canadien auquel sont foi et la bravoure de nos pères.
Voulez-vous, braves enfants de la religior trie, prendre l'engagement d'honneur de ne faire, pendant la noble excursion que vous al cer, qui puisse imprimer quelques taches à cett gion et à cette aimable patrie, dont vous êtei faire l'ornement et la gloire aux yeux ( étrangères ?
A cet appel, les zouaves, ensemble et en le droite vers le drapeau, répondirent à haute vo: jurons !"
En recevant des mains de Mgr Bourgel qu'il venait de bénir, M. Joseph Taillefer, com fouaves pour la circonstance, prononça ces jparoles :
"Ce drapeau. Messieurs, dont vous vei