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ORAISON FUNEBRE

Et sustitabo mihi sacerdotem fidelem, qui juxta cor meum et animam meam faciet. — Et je me susciterai un prêtre fidèle, qui agira selon mon cœur et selon mon âme. (1 Reg., 11, 35), —

Monseigneur,

Mes biens chers frères,

L'impressionnante cérémonie de ce jour fait naître en moi un sentiment d'émotion profonde, dont je puis difficilement me défendre. En présence de ce cercueil me rappelant une triste et douloureuse réalité ; en présence de deux aumôniers militaires revenus couverts de gloire des tranchées françaises, et que nous sommes heureux de saluer et de féliciter dans la personne de monsieur le chanoine Sylvestre et dans celle de monsieur Tabbé Edmond Chartier ; à la vue du premier Pasteur de ce diocèse officiant avec toute la pompe des cérémonies pontificales, je me demande s'il n'eût pas été préférable de garder le silence et de laisser à une voix plus autorisée le soin de glorifier le héros qui vient de tomber au champ d'honneur. Je n'ai à vous offrir que l'hommage ému d'un cœur fidèle, blessé dans ses amitiés les plus chères.

Quand Mgr l'évêque de Nicolet me transmit, avec l'expression de ses plus vifs regrets, le cablogramme annonçant que le révérend Messire Rosaire Crochetière avait été tué à l'action, je compris, avec Sa Grandeur, que l'Eglise nicolétaine venait de perdre un ouvrier précieux et dévoué. Puis je me suis rappelé la parole de la Sagesse : '' Consummatus in brevi, explevit tempora multa. — Quoi

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qu'il ait peu vécu, il a cependant fourni une carrière bien remplie". (Sap. IV, 13)—

Oui, mes frères, Tabbé Rosaire Crochetière a fourni une carrière qui lui donne droit à la reconnaissance de la patrie et de l'Eglise canadienne. — Aussi, si vous êtes venus en aussi grand nombre prendre part à cette touchante cérémonie funèbre, au milieu d'un grand concours de prêtres et d'amis, ce n'est pas seulement pour répondre à un appel vibrant de votre dévoué curé — se faisant en cela l'écho fidèle de la pensée et des sentiments de Sa Grandeur — mais c'est aussi pour vous associer à la douleur commune et déposer sur la tombe de celui que nous pleurons un tribut de reconnaissance et d'amour. — Je croirais ne pas répondre à votre attente, ainsi qu'à celle de tout le clergé ici réuni, si je ne m'efforçais de faire ressortir ce qu'il y a de particulièrement édifiant dans cette vie sacerdotale, qui vient de s'éteindre d'une manière à la fois tragique et glorieuse.

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