LEÇON DE PATRIOTISME
Mes chers frères, il y a dans cette immolation volontaire dont je viens de vous parler une belle leçon de fidélité à Dieu, en même temps qu'une grande leçon de patriotisme. L'abbé Crochetière a aimé Dieu, il a aimé son pays ; il a accompli cette forme supérieure de la charité qui consiste à donner sa vie pour ceux que l'on aime et il l'a accomplie en ministre de Jésus-Christ. Au mois de janvier dernier encore, il se rendait au sanctuaire de Lourdes pour se mettre de nouveau sous la protection de la Reine du ciel et abandonner son sort aux mains de la divine Providence. Dieu l'a jugé mûr pour le suprême sacrifice.
Devant cette tombe, il convenait que le peuple qui a pris pour devise : " Je me souviens ", fît entendre une parole de regret avec une promesse de reconnaissance éternelle. Aussi, cet hommage du cœur n'a pas manqué. Aujourd'hui même, si nous sommes réunis dans ce superbe temple religieux, c'est ])arce que Sa Grandeur a voulu don-
ner à ce héros un témoignage public de son admiration, à ce prêtre modèle une preuve manifeste de sa paternelle amitié. Sachons glorifier le fils en suivant l'exemple qui nous vient du Père spirituel.
Et toi, cher confrère et ami, couché dans cette terre française où dorment tant de vaillants cœurs, accepte ce témoignage ému de notre admiration commune avec l'assurance d'un souvenir impérissable. Et, du haut du ciel où tu goûtes la plénitude du bonheur, n'oublie pas les pauvres exilés de ce monde ; pardonne aux nations coupables qui t'ont arraché au ciel de ton beau pays ; prie pour elles, prie qu'elles sortent victorieuses de leurs épreuves présentes ; prie pour la patrie canadienne afin qu'elle ne s'écarte jamais des droits sentiers de la justice et de la vérité, en attendant que tous ses enfants aillent s'abreuver avec toi à la source de la vraie vie, de la vraie félicité. Ainsi soit-il. Nicolet, 18 avril 1918.
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