ESQUISSE DE LA CARRIERE DE EUGENE CREPEAU, AVOCAT, C.R
Arthabaska joue de malheur car il perd successivement ses citoyens les plus distingués. A la longue liste de ceux dont nous avons pleuré le décès s'ajoute aujourd'hui un nom bien connu et qui a pour une grande part aidé à la bonne renommée de notre ville. M. Eugène Crépeau, avocat, conseil du Roi et membre du Conseil de l'Instruction Publique est décédé lundi dernier, le 22 juin, après une longue maladie qu'il a soufferte avec un courage et une résignation qui ont fait l'édification de toute sa
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famille. Pendant vingt-cinq ans M. Crépeau eut à lutter contre un mal persistant,le rhumatisme; mais, d'une énergie indomptable, il réussissait chaque fois à repousser ces attaques. Ce combat pour ainsi dire corps à corps avec le mal qui s'acharnait à lui n'avait pu néanmoins nuire à ses facultés intellectuelles et ne l'empêchait pas de tenir au barreau d'Arthabaska une des premières places. Possédant un grand sens légal, d'une habileté de procédurier peu commune, il joignait à ces deux qualités maîtresses de l'avocat un tempérament d'une vigueur que n'avait point diminué le mal qui le minait. Homme de principes solides, il ne sacrifiait pas à certaines idées modernes de scepticisme et d'indifférence en matière de religion. Sincère et droit dans sa conduite publique ou privée, ceux qui ne le connaissaient point pouvaient prendre pour une raideur étudiée ce qui n'était chez lui que la résultante de ses notions rigides de l'honnêteté dans les transactions.
Aux réunions du conseil de l'Instruction Publique, on a toujours vu M. Crépeau sur la brèche, lorsqu'il s'agissait de combattre des résolutions qui lui paraissaient contraires aux véritables intérêts de notre religion et de notre race.
D'une énergie indomptable, il poursuivait une cause entreprise avec une vigueur et une maîtrise qui faisaient l'admiration de ses confrères. 11 s'était acquis, de ce fait, une réputation qui lui a valu une clientèle de choix.
Cet homme qui dans la lutte déployait une somme de combativité surprenante était dans la vie privée d'une gaieté toujours de bon aloi. Il était d'un abord très agréable et était un très plaisant causeur. C'est donc en
somme un homme remarquable qui disparait de la scène, aussi le vide que sa mort va causer sera difficilement rempli. Les hommes de cette trempe deviennent de plus en plus rares de nos jours.
M. Crépeau est mort en croyant, comme il a vécu. Chrétien sans ostentation, il s'est éteint sans frayeur de l'au-delà, faisant généreusement le sacrifice d'une vie qu'il espérait légitimement se voir prolonger encore, car il était dans sa soixante-cinquième année. Un cortège imposant a témoigné de l'estime et de la considération dont il jouissait. L'église paroissiale d'Arthabaska regorgeait d'une foule empressée de rendre les derniers devoirs à l'homme de bien dont la mémoire va être chère à toute la génération qui Ta connu.